Partager l'article ! 1942 : DARLAN, un amiral bien encombrant: Mes Chers Amis, C’est Noël : fête placé sous le s ...
Mes Chers Amis,
Le 25 décembre 1942, par exemple, le général De Gaulle, alors en
exil en Angleterre, passe Noël en compagnie de Winston Churchill et du général d’Astier, dans la résidence des Chequers appartenant au Premier Ministre britannique... Quoi de
plus normal entre personnes qui s’apprécient, Mmh ?
C’est là que les trois hommes apprennent une drôle de nouvelle. Une nouvelle qui va donner un tour nouveau aux relations entre les Etats-Unis, l’Angleterre et la Résistance française : ce 25 décembre 1942, l’amiral Darlan vient d’être assassiné à Alger.
Je vous remets les faits brièvement en mémoire.
La France est à l’époque divisée en une zone occupée et une « zone libre ».
Malgré sa défaite en 1940, la France
de Vichy n’a pas directement livré à l’Allemagne ses colonies d’Afrique du Nord. Elle en garde le contrôle grâce à une administration qui entretient l’ambiguïté tant face à l’Angleterre
que face au Reich, en affichant une pseudo neutralité. Le Reich, du reste, a d’autres priorités que de mobiliser des troupes d’occupation : la bataille fait rage à
l’Est où les troupes allemandes progressent péniblement face à l’armée soviétique. L’Allemagne n’est cependant pas totalement absente d’Afrique car elle craint que les Alliés et la
résistance française ne s’appuient sur les colonies anglaises ou françaises pour opérer une contre-offensive.
Elle n’a pas tort. 1942 marque, souvenez-vous en, un tournant dans l’histoire de la seconde guerre mondiale. Sans que le Reich le sache encore, ses jours sont maintenant comptés car pour la première fois, les Alliés vont prendre l’avantage. Rommel, à bout de carburant se rend au général Montgomery en Egypte le 3 novembre 1942 : c’est la fin de la bataille d’El-Alamein. 5 jours plus tard, les anglo-américains déclenchent l’opération Torch : ils débarquent en Afrique du Nord.
Darlan est furieusement anglophobe et entretient une hostilité (réciproque) vis-à-vis de De Gaulle
mais a curieusement noué avec des américains des liens de confiance. Il entretient une neutralité qui lui permet de ne s’engager aux côtés d’aucun protagoniste (Vichy, la
Résistance, les Alliés, les Allemands) tout en faisant croire à tout le monde que cette inaction joue en leur faveur. Il joue un « quadruple-jeu » dont il espère tirer un profit
personnel mais qui laisse beaucoup de gens perplexes.
Le gouvernement de Pétain voit en Darlan celui qui empêche l’Afrique du Nord de tomber aux mains des américains. Eisenhower, pour sa part, croit pouvoir utiliser Darlan pour représenter l’autorité légale du gouvernement français tout en amenant les armées françaises d’Afrique du Nord à rejoindre les troupes anglo-américaines dans la campagne de Tunisie.
Mais les Anglais, eux, ont choisi clairement depuis longtemps le camp de De Gaulle et de la résistance française et n’ont aucune confiance en Darlan compte tenu de ses relations avec le gouvernement de Vichy. Traiter avec lui décrédibilise l’Angleterre vis-à-vis de la Résistance française. Darlan n’est qu’un gêneur : d’ailleurs, Darlan n’a pas donné l’ordre à la flotte française de Tunisie de se rallier aux Anglais qui y combattent les Italiens.
Quant aux Allemands, ils ne font pas tant de détours ni de spéculations hasardeuses : le 11 novembre 1942, ils envahissent la zone libre. Darlan, de son côté, parvient, le 17 novembre 1942, à être officiellement reconnu par les américains comme « chef politique de la France Libre », et ce malgré les protestations des Anglais.
Parallèlement, les fonctionnaires vichystes d’Alger et de Tunis continuent d’afficher leur mauvaise humeur vis-à-vis des troupes alliés qui sont amplement dénigrées par les stations de radio locales.
Le 18 novembre, quatre jeunes soldats français des « Corps francs d’Afrique » ont une discussion passionnée : outrés par cette nomination qu’ils considèrent comme une traîtrise, ils décident d’assassiner Darlan. Ils tirent à la courte paille celui qui sera l’exécuteur : ce sera le jeune Fernand Bonnier de la Chapelle, une vingtaine d’années, des sentiments royalistes, un patriotisme exalté et... un entraînement reçu dans le camp algérien du cap Matifou appartenant au « Special Operations Exécutive » britannique (une sorte de branche « action » des services secrets militaires de sa Très Gracieuse Majesté).
Reconnaissons-le : tout cela est un peu confus.
Dès le lendemain 26 décembre, Bonnier comparait devant le tribunal militaire. Au terme d’un procès expéditif, il est condamné, sa grâce éventuelle refusée puis est passé par les armes le jour même !
Désormais privés de
leur chef, les vichystes sont désemparés. Trois mois plus tard, De Gaulle arrivera à Alger, il supplantera rapidement Giraud : l’armée
locale s’engagera alors résolument aux côtés des Alliés.
Alors, qui a tué Darlan ?
Bonnier, jeune homme exalté prêt au martyr, certes. Mais derrière lui, qui ?
Les royalistes furent accusés, sans preuve.
Les agents de Hitler et de Mussolini : un peu au hasard.
Les gaullistes aussi, bien sûr : De Gaulle nia toujours farouchement ce meurtre qui aurait risqué de le compromettre aux yeux des français d’Algérie de l’époque mais qui, au
final, servit diablement ses intérêts.
Les Britanniques, surtout, furent sérieusement mis en cause, spécialement à l’ouverture des archives du « SOE » à la fin des années 80. Churchill y apparaît excédé par
les atermoiements de Darlan et le risque qu’il fait courir à la Résistance incarnée par De Gaulle. Mais les preuves formelles manquent.
Au vrai, si la politique de Darlan avait longtemps servi les intérêts de tous, sa mort les servait encore davantage.
Pour Darlan, Noël 1942 fut donc aussi placé sous le signe du sapin.
Mais un sapin découpé en six planches décorées d’une couronne...
Bon Noël à tous.
La Plume et le Rouleau © 2001
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