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LA PLUME ET LE ROULEAU

LA PLUME ET LE ROULEAU

200 chroniques éclairent le Présent à la lumière de l'Histoire


1951 : Drôle d'atmosphère à l'HOTEL DU NORD

Publié par La Plume et le Rouleau sur 16 Août 2002, 16:00pm

Catégories : #Littérature & divers

Mes Chers Ami(e)s,
 
L’Histoire fait-elle des pauses ? Non. Alors en ce 16 août 2002 non plus, les Chroniques de la Plume et du Rouleau ne feront pas non plus le « pont ». Ce sera l’occasion de feuilleter notre éphéméride pour constater que, le 16 aout 1951, il y a 51 ans tout juste aujourd’hui, celui qui avait incarné « Monsieur Edmond » (mais pas seulement) disparaissait.
 
De qui s’agissait-il ?
Les cinéphiles les plus férus d’entre vous auront reconnu celui qui, dans un film de 1938 (que c’est loin !), lança à sa partenaire « Mon atmosphère c’est toi, et j’ai besoin d’changer d’atmosphère ! » : une phrase qui entraînerait une réplique qui allait s’inscrire dans la mémoire du cinéma français et que vous connaissez tous.
 
C’est donc l’occasion pour cette chronique de revenir, non sur l’homme (Louis Jouvet, inégalable, vous l’avez reconnu), non sur la femme (Arletty, inimitable) ni même encore sur le film (« Hôtel du Nord », culte) mais sur le bâtiment en lui-même, situé 102 quai de Jemmapes (Paris Xème) en bordure du canal Saint-Martin.
 
Curieuse histoire dans l’Histoire, en effet, que celle de cet hôtel pouilleux.
 
L’hôtel du Nord est d’abord un endroit où vécu Eugène Dabit, écrivain populiste dont les parents avaient acheté l’établissement en 1923 pour l’exploiter. Eugène Dabit a un jour l’idée d’écrire un roman éponyme, « Hôtel du Nord » : l’intrigue consiste en un drame sentimental et social mettant en scène deux amoureux qui ne peuvent s’épouser, tentent de se suicider et sont sauvés in extremis par un proxénète qui, en compagnie de sa prostituée, loge dans l’hôtel. Si l’histoire finit bien pour les tourtereaux, elle se termine mal pour le souteneur (« Monsieur Edmond »), hélas épris de celle qu’il a sauvée, trahi par la prostituée jalouse (Raymonde) qui le livre à d’anciens ennemis et, au final, convaincu de ne plus pouvoir sortir de son statut de délinquant. Rédemption de l’âme mais fatalité de la condition sociale, sentiments et drame : le livre n’a qu’un succès modéré.
 
Une quinzaine d’année plus tard, le cinéaste Marcel Carné rachète les droits du livre et entend en tourner l’adaptation cinématographique. Les deux amoureux (Renée et Pierre) seront joués par Annabella et Jean-Pierre Aumont tandis que Louis Jouvet et Arletty incarneront Monsieur Edmond et Raymonde.
 
Les dialogues du film sont brillants (« En bas, ils ne manquent jamais une occasion de me faire sentir qu’ils ne peuvent pas me sentir… »), un jeu dramatique mais tout en finesse, une atmosphère délicatement désuète, un Paris d’une époque (heureusement ?) révolue, quoi : le film va devenir un monument du cinéma français et du 7ème art tout court. Progressivement, les touristes viennent contempler l’Hôtel du Nord, le long de leurs promenades du canal Saint-Martin : un pèlerinage sur les lieux mythiques d’un film mythique.
 
Mais « Hôtel du Nord » fut-il réellement tourné à l’Hôtel du Nord ?
 
Eh bien non, jamais ! Car la préfecture n’accorda pas à Marcel Carné le droit de faire cesser la circulation sur les quais afin de tourner en extérieur les scènes qui se situaient devant le bâtiment. Tout au plus l’artiste put-il réaliser quelques plans, le plus souvent à l’aube, et, pour le reste, se rabattit sur un terrain situé entre les studios de Billancourt et… le cimetière !
 
Il fallait y creuser un canal pour figurer le canal Saint-Martin et installer des décors sur une profondeur de 70 mètres. Le producteur Lucacevitch allait-il « suivre » financièrement ?
 
Oui. Prêt à prendre le pari de la réussite, l’homme accepta un financement très au-delà des montants habituels de l’époque. Et il donna même de la publicité à ce défi financier en tirant un parti commercial de l’installation : il organisa une soirée pour le Tout-Paris pour admirer le plateau, y invita des artistes connus aussi bien que les parents d’Eugène Dabit ou encore Picasso, bref, fit du décor une vedette à part entière.
Et le vrai hôtel ? De plus en plus pouilleux et insalubre, l’authentique bâtiment de trois étages, lui, n’intéressera progressivement plus personne. Il va se dégrader lentement au sein d’un quartier laissé à l’écart des restaurations de la capitale.
 
A la fin des années 80, un programme immobilier est cependant décidé à cet endroit et l’architecte propose d’y intégrer la façade au nouvel ensemble. La préfecture, elle, en exige au contraire la démolition pour des raisons de salubrité. Une association de riverains, menée par un maire communiste protestant contre l’affairisme immobilier, réclame quant à elle le classement du site. Mais la Ville de Paris, sollicitée pour mettre la main au porte-monnaie, refuse d’acquérir le terrain…
 
Au terme de péripéties juridico-politico-administratives qui vont durer près de quinze ans et dont je vous fais grâce, l’hôtel est finalement classé monument historique au milieu des années 90. Il a été restauré depuis.
 
Il est donc amusant de voir que ce pour quoi l’on s’empoigna et qui fut sauvé n’était en fait que le lieu d’inspiration et non celui du tournage de l’oeuvre artistique : une sorte de « lieu de mémoire » finalement, un mythe, une image. Sans doute aussi une part d’émotion pour tous les cinéphiles qui n’ont pu rester indifférent devant une façade derrière laquelle « M. Edmond » est tué tandis que la fête bat son plein au dehors….
 
Bonne journée à tous.


La Plume et le Rouleau © 2002

 

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Bande-annonce du film (1938)

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Paul 21/09/2016 17:17

Lisez dans un dictionnaire la définition du mot "éponyme", relisez au passage la définition du mot "homonyme", et modifiez votre article...

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