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LA PLUME ET LE ROULEAU

LA PLUME ET LE ROULEAU

200 chroniques éclairent le Présent à la lumière de l'Histoire


1953 : Complot contre STALINE

Publié par La Plume et le Rouleau sur 5 Mars 2002, 17:31pm

Catégories : #Histoires extraordinaires & énigmes

Mes Chers Amis,
 
Voici encore un petit épisode historique oublié.
 
Le 5/3/53 (moyen mnémotechnique pour potaches astucieux), Staline mourrait. Vous le savez. 
Avec sa mort, tout une époque s’éteignait : une époque de terreur quotidienne entretenue dans tous les milieux et à tous les niveaux de la société par le « petit père des peuples » qui faisait procéder à rythmes aléatoires, imprévisibles mais néanmoins soutenus à des emprisonnements, tortures, déportations, exécutions et toute sorte de vilenies issues de l’imagination de celui que la propagande soviétique avait pourtant qualifié, sans rigoler (surtout pas !) de « plus grand génie de tous les temps et de tous les peuples ».
 
Mais jusqu’au bout, Staline, dans sa folie paranoïaque, aura continué ses méfaits. Sa mort est en effet venue interrompre une vaste « purge » qui se préparait dans les milieux juifs soviétiques et connue sous le nom de « complot des blouses blanches » (les blouses blanches des médecins), un complot « dénoncé » en janvier 1953, date à laquelle la majeure partie des « comploteurs » avaient de toutes façons déjà été exécutés.
 
Car la technique de Staline était assez bien rodée : des accusations sans preuve, une campagne de presse tonitruante, des motifs grotesques, un procès expéditif et truqué : en quelques semaines, les cibles désignées par la vindicte stalinienne étaient éliminées physiquement et moralement. L’ubuesque se mêlait au tragique pour former la terreur stalinienne.
 
Ces médecins, pourtant, avaient-ils oui ou non résolu d’assassiner Staline ? Le « complot » était-il monté de toutes pièces ou reposait-il sur des faits plausibles ?

Nous l'allons voir.
 
Il faut dire préalablement qu’en matière d’intrigues tordues et de complot médical, Staline était précisément un maître. En 1922, Lénine étant gravement malade, Staline avait lui-même incité le chef de la police politique de l’époque, Dzerjinski, à révélé au malade la conduite brutale de Staline à l’égard des communistes géorgiens : des informations qui avaient provoqué un tel énervement chez Lénine que celui-ci en avait fait trois attaques cérébrales !
 
Lénine affaibli, Staline s’était ensuite fait confier par le Bureau Politique du PC la responsabilité personnelle du régime médical du malade. Alors que Lénine aurait dû bénéficier d’une activité intellectuelle régulière mais modérée, Staline lui avait au contraire imposé une inactivité quasi-totale : 10 minutes par jour pour dicter ses notes, pas de rendez-vous, aucune nouvelle de l’extérieur, des réponses à ses questions systématiquement repoussées dans le temps. Ce régime d’isolement avait accéléré, les médecins l’avaient ensuite reconnu, la fin de Lénine (21/1/1924).
 
Staline, donc, se méfiait particulièrement des médecins. Il avait déjà eu l’occasion de s’en prendre à l’un d’eux : en 1937, le professeur Pletnev, célèbre à l’époque, était accusé par la Pravda d’avoir sauvagement mordu au sein ( ! ) l’une de ses patientes, provoquant une infection. Sur la base de cette accusation absurde, Pletnev et d’autres « sadiques meurtriers » avaient été arrêtés et accusés d’avoir assassiné certains membres du PC puis avaient été qualifiés de « droitiers et trotskistes » avant d’être fusillés ou déportés au goulag. 
En 1951, Staline décide un jour de faire arrêter un certain nombre de médecins éminents qui soignent la nomenklatura soviétique : histoire de faire une purge préventive. Mais quand, en 1952, son propre médecin personnel, Vinogradov constate une dégradation de l’état de santé de Staline et les progrès de l’artériosclérose du cerveau, Staline s’inquiète : Vinogradov ne conseille-t-il pas en effet au malade de... « cesser toute activité » ?
 
C’est sûr, pour Staline, il y a là un début de machination. Vinogradov est arrêté. Qui se cache derrière lui pour le manipuler et abattre le glorieux leader du prolétariat ?
 
L’ « enquête » est confié à un dénommé Ignatiev, vieux fonctionnaire du Parti discipliné mais peu versé dans les méthodes policières musclées. « Aucun médecin n’avoue » explique-t-il piteusement à Staline qui (selon Khrouchtchev) lui répond de trouver des preuves au plus vite sous peine d’avoir la tête  tranchée !
 
Fortement « sollicités », certains médecins « avouent » et on crie au complot « judéo-terroriste » : la population se met à se méfier des médecins, on va même jusqu’à fermer des pharmacies, telle celle de la rue du 25-Octobre (qui débouche sur la Place Rouge). La Pravda dénonce le complot « juif-nationaliste-bourgeois-international lié à une organisation créée par la CIA » (comme cela, il y en a pour tout le monde).
 
On emprisonne diverses personnes fin 1952 et début 1953. Mais l’instruction traîne en longueur. Parallèlement, la santé du Petit Père des Peuples décline, l’opération manque de suivi dans ses impulsions.
 
Le 5 mars 1953, Staline meurt. Le 4 avril suivant, un communiqué du Ministère de l’Intérieur annonce la réhabilitation de tous les médecins arrêtés.
 
Sauf ceux qui sont morts entre temps. Morts pour avoir participé à un complot qui n’avait jamais existé que dans le cerveau dérangé du guide suprême du prolétariat.
 
Bonne journée à tous.

D'autres complots vous intéressent ? Intéressez-vous à ceux du règne de Louis XIV ou encore aux tentatives d'assassinat perpétrées à l'Opéra de Paris !


La Plume et le Rouleau © 2002

 

Poutr d'autres mystères et secrets à percer, lisez La cinquième nouvelle...

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