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LA PLUME ET LE ROULEAU

LA PLUME ET LE ROULEAU

200 chroniques éclairent le Présent à la lumière de l'Histoire


1956 : Ca chauffe à SUEZ...

Publié par La Plume et le Rouleau sur 17 Octobre 2005, 16:49pm

Catégories : #Relations internationales & conflits

Cher(e)s Ami(e)s et abonné(e)s des Chroniques de la Plume et du Rouleau,
 
Aujourd’hui, place à la « grande » histoire. Ainsi que le général De Gaulle le disait dans ses « Mémoires de guerre » en soulignant sa propre naïveté, je me propose de vous inviter à « voler vers l’orient compliqué, avec des idées simples »…
 
Voici d’abord quelques indices…
 
Le lieu ? Le proche-orient.

Les protagonistes principaux ?
 
- D’un côté, un dictateur arrivé au pouvoir par la force et qui multiplie les provocations à l’encontre de l’Occident.  
- De l’autre, une puissance occidentale qui l’accuse de soutien aux groupes terroristes qui frappent sur son sol et s’alerte de sa volonté de destruction de l’état d’Israël : elle entend procéder à sa destitution par la force, passant éventuellement outre à l’opposition de l’ONU et à celle de ses alliés traditionnels.
- Enfin, une autre puissance occidentale soucieuse de sa « politique arabe » : elle stigmatise l’impérialisme de la première et va tenter par tous les moyens diplomatiques de s’opposer à un coup de force qu’elle réprouve.
 
Les protagonistes secondaires ?
 
- Il y a d’abord l’Angleterre et sa politique étrangère de suivisme, dont les « Tommies » (les soldats britanniques) vont se trouver embarqués dans une opération calamiteuse.
- Il y a Israël, ensuite, spectateur attentif et concerné au premier chef par ce qui se passe au Proche-Orient, qui tente de louvoyer entre ses alliances diplomatiques traditionnelles, ses intérêts bien compris et sa volonté de ne pas participer à une escalade de provocations.
- Il y a enfin l’Union Soviétique : celle-ci a peu à gagner dans la foire d’empoigne qui menace mais ne peut pas manquer l’occasion de contribuer à la désunion des principaux membres de l’OTAN.
 
Vous avez trouvé ?
 
Bravo ! Vous savez, comme Karl Marx, que « l’Histoire ne repasse pas les plats ». Les évènements étonnants que je vais vous conter par le menu n’ont rien à voir avec la brutale et illégale équipée yankee au royaume du sanguinaire Saddam Hussein de 2003. Ils se situent bien antérieurement, au siècle dernier (le XXème), en Egypte, en octobre 1956. Et vous allez voir que, si j’ai volontairement entretenu la confusion dans cette introduction, c’est que les différents pays impliqués dans ces évènements maintenant anciens y ont joué à l’époque un rôle à contre-emploi de ceux qu’il tiennent dans l’actualité de 2005. Remontons donc une brève chronologie permettant de mieux saisir la genèse des évènements.
Le 17 novembre 1869 : le français Ferdinand de Lesseps achève le percement du Canal de Suez. Pour la première fois, des bateaux partis de l’Europe peuvent rallier la Mer Rouge sans faire le tour par le cap de Bonne Espérance. La concession en est donnée pour 99 ans à une compagnie franco-anglaise qui va exploiter le canal en assurant sa maintenance et en percevant les péages.
 
Le 2 août 1882, suite à des émeutes populaires dont elle craint qu’elles ne compromettent le trafic maritime à travers le canal et le commerce avec les Indes, l'armée anglaise débarque à Alexandrie. La France ayant hésité à accompagner l'Angleterre dans cette expédition militaire, cette dernière place le gouvernement du khédive d'Égypte sous sa seule « protection » : en clair, la réalité du pouvoir est désormais exercée par le consul général de la reine Victoria. La France est évincée d’Egypte.
 
Le 2 novembre 1917, en pleine guerre mondiale, le ministre britannique des Affaires étrangères, le comte de Balfour, publie une lettre où il indique que son gouvernement est disposé à créer en Palestine un « foyer national juif » : on va appeler cela la « déclaration Balfour ».
 
1920 : Deux ans après la fin de la Première Guerre Mondiale, la SDN (Société Des Nations, ancêtre de l’ONU) accorde un « mandat » (l’autorisation d’administrer des territoires) à la France sur le Liban et la Syrie-Nord ainsi qu’à l’Angleterre sur la Palestine, la Jordanie et la Syrie-Sud. C'est le démantèlement effectif de l'empire ottoman, lequel s'était engagé aux côtés de l'Allemagne. A cette date, les Ottomans (qui vont devenir simplement les "Turcs" à partir de 1923) ne contrôlent donc plus la Palestine. 

Des Israélites issus de l’immense diaspora convergent vers la Palestine pour s’y établir.

Ils s'y établissent en y achetant légalement des terres aux Arabes de Palestine, grâce à des financements octroyés notamment par des banques juives américaines. Pour les Palestiniens, qui se sont contentés d'y faire paître leurs troupeaux depuis des siècles sans jamais mettre ces terres en valeur, c'est une aubaine. Les rivalités tribales entre Arabes palestiniens renforcent d'ailleurs les ventes, chaque clan tentant de prendre l'avantage sur les autres grâce à l'argent tiré de l'arrivée des Juifs.

Contrairement aux Arabes, dont la culture est essentiellement pastorale voire nomade, les Juifs ont une culture agricole, artisanale et industrielle. Ils s'assemblent en communautés villageoises (kibboutz) et mettent leurs efforts en commun pour mettre leurs rares terres en valeur : culture, drainage, vergers, irrigation.
 
L'implantation ne se passe pas forcément bien : dans son récit "Le puits de Jacob", l'écrivain Pierre Benoit rappelle combien les petites colonies juives sont l'objet de rapines et d'attaques sporadiques de la part des tribus de bédouins arabes. Mais c'est encore gérable : il n'y a qu'environ 250 000 Juifs pour autour de 800 000 Arabes.
 
1922 : La Grande-Bretagne donne officiellement son indépendance à l’Egypte. Ce qui change ? Rien. Le pouvoir, dans les faits, est aux mains des Anglais qui contrôlent le pays militairement et administrativement. Le roi Fouad 1er, en pratique, ne règne que par le bon vouloir de l’occupant et en est la marionnette.
 
1945 : La fin du Second Conflit Mondial ouvre la porte à la décolonisation et à une recomposition politique du Proche-Orient. La France quitte le Liban. Jusqu’ici, l’idée d’une terre (la Palestine) pour les Juifs avait été du seul ressort de l’initiative britannique. Mais la tragédie du génocide juif a changé la donne : l’idée de donner une terre aux Juifs est maintenant reprise au niveau international. Et tout le monde s’en mêle, à commencer par la toute jeune ONU.
 
C'est à cette époque que la démographie s'inverse en Palestine au bénéfice des Juifs : ils sont plus de 900 000 (à comparer à envrion 800 000 Arabes) et, du fait de la migration des juifs d'Europe vers le Moyen-orient, leur nombre ne cesse de croître.
 
Pour peser sur le cours des négociations et pousser à la création d’un état juif spécifique en Palestine, les organisations nationalistes juives (Irgoun, Stern) provoquent des attentats contre l’occupant anglais. Le plus sanglant a lieu le 22 juillet 1946 contre l'hôtel King David, quartier général britannique, qui fait 91 morts britanniques, arabes et juifs. On l’imagine : ainsi attaqués, les Anglais ne portent pas les Juifs dans leur cœur. Cela ne sera pas sans conséquence par la suite.

Mais patientons. Pendant ce temps, les tension inter-communautaires entre les Juifs immigrants et les Arabes de Palestine se font jour. L’ONU cherche activement une solution.
Le 29 novembre 1947, un plan de partage de la Palestine, élaboré par l'ONU, est approuvé par son Assemblée Générale. Ce plan consiste à partager équitablement le territoire palestinien entre deux états, l'un Juif, l'autre Arabe, qui auront pareillement un débouché sur les deux mers (Méditerranée et Rouge) : voir carte. Les diplomates sont assez fiers de ce plan qui ressemble à un jugement de Salomon (forcément !) mais qui repose sur un ensemble de postulats qui mêlent naïveté, pragmatisme ou cynisme selon la vision qu’on en aura :
 
- Israël est la terre historique incontestable des Juifs : il est normal que les Arabes qui y sont installés fassent de la place à ce peuple marqué par une tragédie sans égal dans l’histoire de l’humanité
 
- Cela passe par la création d’un nouvel état, spécifiquement juif.
 
- Les Arabes palestiniens peuvent de toutes façons émigrer s’ils le désirent encore plus à l’est, vers la Jordanie (ancienne « Transjordanie »). Ce pays est en effet un royaume sans consistance historique réelle, créé de toutes pièces par les Anglais en 1921 et à la tête duquel ils avaient placé Abdallah 1er, petit-fils d’un ancien gouverneur de La Mecque qu’ils avaient d’ailleurs contribué à chasser au profit des bédouins d’Ibn Séoud
 
- Jérusalem est la ville sainte des 3 religions locales : nul ne peut la revendiquer à son profit exclusif, un statut international de neutralité s’impose donc naturellement
 
Et hop ! Simple, pour un esprit raisonnablement cartésien, non ?
 
A la surprise des brillants (?) diplomates occidentaux, le plan est immédiatement rejeté par les populations arabes de Palestine. Dans cette affaire, elles s’estiment honteusement spoliées et négligées : le pays où elles habitent depuis 2000 ans est coupé arbitrairement en deux par une instance multinationale (l’ONU) où elles ne sont pas représentées (puisque la Palestine est à l’époque une colonie britannique), on y crée une partition au profit d’une population venue de l’étranger… Quel peuple accepterait un tel traitement ? Pour les « Palestiniens », ce plan de partage est une nouvelle manifestation de l’impérialisme occidental : hier colonisés par les Anglais, ils le sont aujourd’hui par les Juifs.
 
Quoiqu’il en soit, à partir de décembre 1947, la Palestine voit s’accélérer le flux des immigrants israélites. Le nombre total des immigrants qui se sont installés dépasse la population locale d’origine (900 000 habitants environ). La tension monte. Dans le même temps, on s’achemine vers le retrait des troupes anglaises. Comme ce sera le cas dans toutes les colonies britanniques (Inde, Ghana, Nigeria, Maurice…), le retrait anlais sera rapide et brutal et laissera le pays livré à lui-même en quelques heures. L’Angleterre se retire, après elle : le Déluge…
 
Le 14 mai 1948, l’Etat d’Israël est proclamé officiellement.
Le lendemain 15 mai 1948, sans préavis et par solidarité avec les Arabes de Palestine, les pays arabes voisins attaquent le tout jeune état juif. Les combats font rage et, surprise, les Israéliens résistent vaillamment.

Dans une grande confusion, la majeure partie des Palestiniens (entre 750 000 à 800 000), quitte alors les villages dans un gigantesque exode. Ils y sont parfois incités par leurs chefs qui leur présentent cet exil comme temporaire. Ils sont aussi chassés par l’armée israélienne qui débaptise certains villages et en rase carrément d’autres. Pour les Arabes, c’est la « Nakba » (la « catastrophe ») : ils émigrent en masse vers l’est, vers la Cisjordanie et la Jordanie.
 
Après plusieurs mois de combats, c’est, pour les pays Arabes engagés, l’humiliation inattendue : ils sont battus partout par des troupes israéliennes mieux organisées et équipées. La surprise devait être totale, c’est la défaite qui l’est. Pire : l’état juif, ne se contentant pas d’une simple guerre défensive, en profite même pour conquérir des territoires que le plan de l’ONU de 1947 ne lui avait pas donné : la Bande de Gaza et le désert du Néguev (sud). Pour les Arabes, la défaite avive le ressentiment vis-à-vis d’Israël et de l’Occident qui l’a soutenu, alors qu’ils estimaient agir en un simple réflexe d’autodéfense.
 
Mais cette défaite générale n’est pas exempte d’exploits individuels : un jeune officier égyptien, par exemple, s’est distingué par sa pugnacité. Le 20 octobre 1948, lors de la bataille de Fallouga, ce jeune lieutenant de 30 ans s’est rendu à l'ennemi avec son unité mais a bénéficié des honneurs militaires de la part des officiers israéliens qui se sont émus de son courage. Son nom : Gamal Abdel Nasser. Il est égyptien.
 
L’Egypte : c’est là que les choses vont bouger. En 1952, le Caire est en proie à des troubles violents, tandis que le gouvernement du roi Farouk 1er joue un jeu dangereux. Miné par la corruption qui ronge son administration et affaibli par la défaite militaire de 1948 / 49 face aux Israéliens, Farouk tente en effet de regagner la faveur d’une population excédée en favorisant sa révolte contre l’occupant anglais. Or, c’est précisément celui-ci qui l’a jusqu’à présent maintenu au pouvoir…
 
Les attentats anti-britanniques se multiplient en Egypte. Le 25 janvier 1952, la révolte des Boulouks (auxiliaires de police) à Ismaïlia fait ainsi 49 morts (dont 3 Britanniques). Le lendemain, des émeutes secouent le Caire. Des immeubles, des bars, des cafés et des cinémas sont incendiés. Des ressortissants britanniques sont même lynchés par la foule. Farouk laisse le soin aux Anglais de réprimer les manifestations. La police égyptienne n’intervient pas tandis le roi offre un banquet de 600 couverts à ses officiers…
Farouk croit les avoir de son côté : ils oeuvrent en réalité contre lui. Tandis que le mouvement des Frères musulmans (islamiste) fomente complot sur complot, une faction laïque et moderniste s’est au contraire formée autour d’un groupe qui s’intitule lui-même les « officiers libres ». L’un des principaux animateurs de ce groupe n’est autre que… Gamal Abdel Nasser.
 
Né en 1918, petit-fils de paysans du Haut Nil et fils d’un modeste fonctionnaire des Postes, Nasser s’engage jeune dans l’armée où la prestance naturelle de ce grand gaillard et son nationalisme ardent rassemblent vite autour de lui de jeunes officiers brillants et ambitieux, parmi lesquels un dénommé… Anouar El Sadate. Nasser est un idéologue mais pas un intellectuel : il est proche du peuple grâce à ses origines modestes. Ainsi que le définit l’historien Jean Lacouture : « c’est un fils de pauvres qui n’a pas purgé en lui les ressentiments de la jeunesse, (…) c’est un officier, féru de discipline, d’efficacité, d’un certain moralisme, dégoûté par ses chefs obèses et incapables, (…) c’est un Egyptien, enfin, issu de la terre du Nil. » Pour lui, l’ennemi c’est avant tout l’occupant : l’Anglais. Et, par construction, tous ceux qui bénéficient de son soutien en Egypte, à commencer par l’administration du roi Farouk.
 
Il a subi dans sa jeunesse une triple influence : celle des « Frères Musulmans » dont les commandos attaquent l’ennemi anglais le long du Canal de Suez (Nasser admire leur pugnacité mais n’adhère pas à leur idéologie théocratique), celle du parti nationaliste historique « Wafd » et celle du mouvement marxiste « Hadeto » (peu influent sur l’opinion mais qui va marquer ses idées économiques). Fondamentalement, Nasser est un laïc et n'entend laisser aucune place au pouvoir des religieux (Sadate, Moubarak et Al-Sissi se situeront clairement, par la sutie, dans cette idéologie).
 
Nasser, qui a donc 34 ans en 1952, joue cependant davantage un rôle d’émise grise que de leader au sein des « officiers libres ».
 
Ceux-ci décident de passer à l’action dans la nuit du 22 au 23 juilllet 1952. Le putsch sera exemplaire. En quelques heures et sans effusion de sang (un mort seulement), les grands chefs de l’armée sont capturés et tous les points névralgiques de la capitale occupés par les insurgés. Farouk 1er est renversé. Le commandement est remis au général Mohamed Néguib (41 ans), un des aînés du groupe des factieux, parmi les plus connus et les plus prestigieux : un homme intègre et sympathique qui reçoit cette responsabilité presque malgré lui.
Le pouvoir change donc de main et Farouk quitte le pays pour Monaco (il mourra à Rome en 1965). Le 18 juin 1953, la République Egyptienne est proclamée. Néguib en devient à la fois le Président et le Premier ministre. Mais il doit bientôt faire une place de Premier ministre adjoint à Nasser, lequel devient petit à petit l’homme fort du régime. Nasser mène une lutte sans merci pour écraser toute opposition tant l’Egypte menace de sombrer dans l’anarchie. Les partis sont interdits et dissous, leurs militants emprisonnés et parfois condamnés à mort, la presse censurée. Le 21 octobre 1954, le colonel Nasser signe avec les Anglais un accord prévoyant le retrait de leurs troupes. Le 14 novembre 1954, Néguib démissionne et Nasser devient le « Raïs » : le « patron ».
 
Sa popularité ne cesse de croître, l’homme incarne la fierté nationale. Après 25 siècles de domination perse, puis grecque, puis romaine, puis caucasienne puis albanaise (1), le pays est, enfin, dirigé par un vrai égyptien.
 
(1) Farouk descendait d’une dynastie royale albanaise et, à ce titre, l’Egypte abrita jusqu’en 1952 le roi déchu d’Albanie Zog 1er
 
Le régime que Nasser instaure n’est pas à proprement parler un fascisme ni un militarisme ni même un paternalisme autoritaire et encore moins un socialisme. C’est un autoritarisme autocratique fondé sur une idéologie nationaliste, tiers-mondiste et « neutraliste ». Nasser, en effet, après son voyage en 1955 à la conférence des non-alignés de Bandoeng (Indonésie) où il retrouve l’indien Nehru et le chinois Zou Enlaï, devient l’un des hérauts des pays pauvres qui refusent le néocolonialisme incarné par l’alignement sur les deux superpuissances, les Etats-Unis ou l’Union Soviétique.
 
Mais pour être respecté, il faut être fort militairement. Nasser n’oublie pas l’humiliation de la défaite contre Israël en 1948-49. Il fait le tour des pays riches pour se procurer des armes modernes. Washington, Londres ou Paris renâclent… Mais ils expliquent qu’ils pourraient accepter sous condition que l’Egypte signe avec eux un traité. Pour Nasser, cette inféodation serait inacceptable. Il reste dans sa logique de non-alignement : ni OTAN ni Pacte de Varsovie. C’est alors que, pour ce qui est des armes, les Soviétiques lui font une proposition subtile : pourquoi ne chercherait-il pas l’aide d’un pays tiers, même ouvertement situé dans l’orbite d’un des « Grands » ?… Le 21 septembre 1955, Nasser annonce triomphalement à son peuple un accord de livraison d’armes par la Tchécoslovaquie. Il y aura des blindés, de l’artillerie et même des avions de chasse MIG-15, d’une technologie qu’aucun pays de la région ne possède ! Une technologie soviétique évidemment. Cette fois, c’est Moscou qui a poussé habilement ses pions. Nasser fait monter l’inquiétude dans le camp occidental.
 
Le Raïs décide alors de lancer un projet (forcément) pharaonique : la construction d’un barrage sur le Haut Nil, à Assouan. Il s’agit de réguler les crues du fleuve, irriguer les terres pour accroître la production agricole et gagner l’indépendance énergétique par la production d’électricité. Mais pour cela il faut des dollars. Nasser ne les a évidemment pas et, comme tout un chacun, désire emprunter. Il sollicite la Banque Mondiale, laquelle est, on le sait, dominée par les Américains. Ceux-ci ne sont pas encore hostiles à Nasser. Ils ne le perçoivent pas comme un fauteur de trouble ni comme un voyou. Ils s’inquiètent au contraire du risque qu’il puisse basculer dans le camp soviétique, notamment par dépit ainsi que l’a montré l’affaire des blindés pseudo-tchécoslovaques.
 
Aussi les Américains voient-ils d’un œil plutôt favorable (en tout cas pragmatique) le fait de financer le développement de l’Egypte, ce qui leur permettrait de consolider leur présence dans la région (ils ne sont réellement présents qu’en Arabie Saoudite).
 
Mais Nasser est un malin. Soucieux de ne pas s’inféoder à qui que ce soit et d’avoir les meilleures conditions de taux, il va également voir les Soviétiques. Informés, les diplomates américains sont furieux : comment !? Ce sont habituellement les riches et non les pauvres qui font jouer la concurrence entre les banquiers !
 
En juillet 1955, Nasser informe Washington qu’il accepte les conditions du prêt de la Banque Mondiale. Coup de théâtre : arguant de « l’instabilité de l’économie égyptienne », les Américains lui refusent le crédit le 19 juillet 1956 ! Na ! 
Pour Nasser, c’est une humiliation intolérable. Le 26 juillet 1956, il fait alors à la radio ce que l’on appellera le « discours d’Alexandrie » : sur le ton de la plaisanterie gouailleuse de l’égyptien de la rue, il annonce, avec une audace incroyable, la… nationalisation du Canal de Suez ! Puisqu’on lui a refusé son prêt, ce sont les produits des péages du canal qui serviront à payer les travaux du barrage d’Assouan… « Je prends le canal ! » conclut-il avec un grand éclat de rire !
 
En Egypte, c‘est le délire. Nasser est acclamé comme un héros, celui qui ne se soumet pas à la loi de l’argent des puissances coloniales. Dès le lendemain, les fonctionnaires égyptiens investissent les bureaux de la compagnie du Canal de Suez, à Alexandrie.
 
Dans le camp occidental, c’est l’incrédulité et l’indignation devant le coup de force d’un dictateur du Tiers-Monde au détriment des intérêts économiques de pays civilisés et au mépris de toute légalité internationale.
 
Contre toute attente, les Américains vont pourtant jouer l’apaisement : le secrétaire d’Etat John Foster Dulles veut poursuivre sa « politique arabe » et conserver de bonnes relations avec les états modérés du Proche-Orient (Turquie, Iran, Irak) qui ont signé avec les Etats-Unis le « Pacte de Bagdad » (une alliance militaire qui prolonge l’OTAN) à la fin 1955. De plus, pense-t-il, il faut éviter à tout prix que Nasser ne bascule dans le camp de Moscou : on doit donc négocier avec lui pour l’isoler. Bref, il faut calmer le jeu. Pas question d’une riposte militaire. Les Etasuniens l’indiquent clairement à leurs alliés : il faut privilégier la di-plo-ma-tie…
 
Ce n’est pas l’avis des Anglais ni des Français qui proposent au contraire d’employer des méthodes plus musclées : sur ce point, socialistes français et conservateurs anglais se rejoignent.
 
Pourquoi ?
 
Pour le socialiste français Guy Mollet (chef du gouvernement depuis janvier 1956, ci-dessous), il faut au plus vite mettre un terme aux agissements de celui qu’il considère comme le « Hitler égyptien ». Il y a deux raisons à la position intransigeante de Guy Mollet…
 
La première, c’est que l’Egypte soutient ouvertement les troubles en Algérie à laquelle la France fait face depuis novembre 1954 : le FLN algérien a installé son bureau politique au Caire et y dispose d’un appui logistique et technique. Le gouvernement français en est convaincu : sans l’Egypte, le FLN algérien perdrait l’essentiel de ses soutiens et serait vite liquidé par la répression française. La guerre d’Algérie est donc au premier rang des préoccupations du gouvernement français.
La seconde, c’est que Guy Mollet est animé d’une grande compassion vis-à-vis des Juifs et donc d’une grande compréhension quant à la question d’un état pour ce peuple. Pour lui, Israël est un symbole de justice et de socialisme, une forme de rêve utopique enfin atteint après tant d’horreurs. Il est persuadé qu’Israël va réussir là où l’Union Soviétique a échoué : édifier une société égalitaire et libre. Or, Guy Mollet a ressenti un véritable choc à la lecture du livre de Nasser : « La philosophie de la révolution ». Pour lui, « la politique de Nasser est contenue dans ce livre comme celle de Hitler l’était dans Mein Kampf ! ».
 
Scandalisée par son soutien au terrorisme du FLN, la classe politique française est majoritairement favorable à une action dure visant à mettre fin aux menées de Nasser. Dans son ensemble, l’opinion est également hostile à Nasser, perçu comme un dangereux agitateur. La presse française le surnomme « le Führer arabe ». De tout cela, Guy Mollet s’ouvre auprès de son homologue et ami Anthony Eden, premier Ministre britannique.
 
Anthony Eden et l’Angleterre offrent un profil différent. Eden est un conservateur, au pouvoir depuis avril 1955, date à laquelle il a succédé à Winston Churchill. Surtout, il a été diplomate avant la Seconde Guerre Mondiale, dans le gouvernement de Neville Chamberlain dont il a démissionné en 1938 en raison de son désaccord avec la politique d’ « apaisement » des démocraties vis-à-vis de Hitler. Sa hantise est de voir l’occident recommencer les erreurs de 1938 / 39 : reculer de nouveau face à un dictateur audacieux.
 
L’avenir des Israéliens, en revanche, ne le préoccupe guère. Comme la majorité de ses concitoyens, il n’a pas de sympathie particulière pour ceux que les diplomates britanniques, dans certaines dépêches, traitent de « bêtes nuisibles » ou de « délinquants primaires ». Les relations entre l’Angleterre et Israël restent lourdement marquées par l’attentat de l’hôtel King David survenu il y a seulement dix ans à l’époque (1946) et qui couronnaient des actions terroristes à leur encontre, alors même que c’était l’Angleterre qui avait, en 1917, pris l’initiative de la création d’un état juif : une ingratitude terriblement shocking !
 
Eden est fortement impressionné par les arguments de Mollet qui est par ailleurs un ami personnel. Dès le 28 juillet 1956, il décide de le suivre dans ses initiatives : la France et l’Angleterre envisagent conjointement une riposte militaire.
 
Egypte, automne 1956 : les armes vont-elles parler ? Rien n’est moins sûr car les projets musclés français et britanniques de réaction à la nationalisation par Nasser du Canal de Suez se heurtent à deux types de difficultés : l’opposition des Etats-Unis et la mise en œuvre pratique de la riposte.
 
Les Etats-Unis sont les porte-étendards de la liberté et de la lutte contre l’oppression ainsi que chacun le sait... : ils ne peuvent évidemment que se déclarer opposés à des mesures coercitives irrespectueuses du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Ainsi que le dit l’historienne Georgette Elgey : « Les Américains tiennent à cette époque un discours résolument anticolonialiste. Pour eux, tout conflit avec les nations arabes est une victoire de Moscou. L’entente avec les dirigeants arabes leur semble une nécessité qui ne souffre pas de discussions. Ils reprochent aux Anglais de ne pas le comprendre. Ils les accusent de colonialisme et jugent indispensable de prendre le leadership dans cette partie du monde qui, jusque-là (à l’exception de l’Arabie Saoudite) était le fief incontesté de Londres ».
 
Ces vues rencontrent un certain écho en Angleterre où l’atmosphère est moins vindicative qu’en France. Si la presse anglaise est unanime dans son hostilité au dictateur égyptien, la classe politique est au contraire divisée, et cela jusque dans les rangs de la majorité conservatrice. Les Travaillistes le disent officiellement le 7 août 1956 : ils sont opposés à toute intervention militaire contre l’Egypte. Au sein de la majorité conservatrice, les tendances s’affrontent entre les « faucons » d’Eden et les « colombes ». Le Commonwealth est réticent et les militaires britanniques eux-mêmes multiplient les réserves face à une opération lointaine qu’ils jugent hasardeuse.
Les Français mettent la pression sur Eden (par ailleurs très malade et plusieurs fois hospitalisé à l’été), lequel force à son tour la main des plus réticents des membres de son gouvernement. Des plans militaires commencent à être échafaudés. Mais les Anglais mettent manifestement de la mauvaise volonté. Sept, huit plans sont montés. A chaque fois, les Anglais les jugent insuffisants.
 
Parallèlement a lieu un balai diplomatique sous l’égide des Américains, fait d’amicales pressions, de tentatives de conciliation et de menaces voilées. Du 16 au 22 août 1956 a lieu une conférence internationale des usagers du canal de Suez. Elle propose deux projets où il est question de transférer l’administration du canal à un « bureau » constitué des usagers et de l’administration égyptienne. Nasser refuse tout en bloc.
 
Septembre passe sans que rien ne se concrétise dans un sens comme dans l’autre. Les Français piaffent d’impatience de déclencher l’opération militaire. Ils en ont même prévu une issue possible : le renversement de Nasser et la restauration de Néguib, « exilé » en Haute-Egypte, qu’ils contactent discrètement. Les Anglais, eux, traînent les pieds. Les Américains, pour leur part, n’imaginent pas un seul instant que l’Angleterre pourrait agir militairement sans leur en référer : ils préfèrent jouer les bons offices diplomatiques. Les Soviétiques, eux, ont d’autres chats à fouetter : en Hongrie, la révolte gronde et le soulèvement menace (nous en avons parlé dans une autre chronique).
 
Alors les Français ont une idée inattendue : puisque les Anglais ne veulent pas s’engager, pourquoi ne pas faire appel aux Israéliens qui, eux, n’ont pas froid aux yeux ? Pour David Ben Gourion, chef du jeune état juif, qu’ils contactent, cette reconnaissance diplomatique est une vraie victoire. Mais Ben Gourion reste méfiant : il ne veut en aucun cas servir de faire-valoir au profit des intérêts économiques et coloniaux franco-anglais. Il pose clairement la question : qu’a-t-il à gagner dans la bagarre ?
 
L’idée française, en elle-même particulièrement vexante pour les Britanniques, est, contre toute attente, plutôt bien accueillie par Anthony Eden. Quoique réticent, il accepte le principe de discuter avec Ben Gourion d’une intervention tripartite franco-anglo-israélienne. Ces rencontres ultra-secrètes vont avoir lieu en France, à Sèvres (à côté de Boulogne-Billancourt) à partir du 22 octobre 1956 : il y a 49 ans aujourd’hui même.
 
Elles se déroulent d’abord dans un climat tendu, Israéliens et Britanniques se vouant une méfiance réciproque tenace. En deux jours, toutefois, les Français emportent l’adhésion de leurs alliés de circonstance. Peut-être faut-il y voir là la conséquence de l’acceptation par les Français d’entreprendre une collaboration entre le CEA (Commissariat à l’Energie Atomique) et les scientifiques israéliens ?
 
Peu importe. Le 24 octobre : le plan est arrêté. Il n’y a plus qu’à l’exécuter. Mais attention ! Ultime subtilité : l’intervention d’Israël ne doit pas apparaître comme une action coordonnée mais comme une manœuvre purement individuelle. Guy Mollet ne veut pas qu’on l’accuse d’avoir vendu des secrets militaires français et Eden, de son côté, n’a qu’une peur, c’est que sa majorité politique apprenne qu’il a sacrifié l’alliance historique avec les Etats-Unis à un coup de main illégal digne de vulgaires mercenaires aux côtés des "Froggies" et des "Yids". Comme la confiance règne manifestement, le gouvernement de Ben Gourion a obtenu la rédaction d’un accord secret, signé par les trois compères. Les trois pays respecteront par la suite toujours l’omerta. Moi ? Avoir signé quelques chose ? Jamais de la vie !

En France, l’on s’en moquera :  personne ne sera dupe du mensonge. L’acte en poche (au grand dam, du reste, des Britanniques) jamais l’Etat juif ne le rendra public. Quand à Eden, il jurera mordicus par la suite n’avoir non plus jamais rien signé avec les Israéliens… avant que ce mensonge ne soit révélé en 1976, après sa mort, dans les mémoires du diplomates Selwyn Lloyd. Shocking ! Si l’on ne peut plus faire confiance à ceux qui nous dirigent, where are we going then ?
 
Pour l’heure, les trois larrons se séparent et fourbissent leurs armes. Pendant ce temps, à l’est, il y a du nouveau : depuis la veille, 23 octobre 1956, Budapest, capitale de la Hongrie, est quasiment en état d’insurrection. Une manifestation monstre a eu lieu aux abords de la radio d’état et la police a tiré dans la foule. Gerö, le Premier Secrétaire du Parti Communiste, a demandé officiellement l’intervention des blindés soviétiques pour rétablir l’ordre. Paris et Londres s’indignent officiellement : comment un pays peut-il s’ingérer dans les affaires intérieures d’un autre en y déclenchant une intervention armée ?…
 
La situation est délicate à gérer pour l’Union Soviétique qui concentre son attention sur l’Europe centrale. Pour la France et l’Angleterre, il y a donc une « fenêtre » pour intervenir. On déclenche les opérations. Les évènements vont s’enchaîner à toute vitesse. Le 29 octobre 1956, Israël lance ses blindés dans le désert du Sinaï en direction de la frontière égyptienne et du Canal de Suez. L’armée égyptienne se mobilise contre cette agression inattendue. Les combats s’engagent.
 
Dès le lendemain 30 octobre, la France et l’Angleterre réagissent immédiatement. Dans le cadre de cette intrigue cousue de fil blanc, les deux pays lancent un ultimatum aux belligérants : « Cessez-le-feu immédiatement et retirez-vous de part et d’autres du canal de Suez sur une distance égale de 16 kilomètres, ou sinon, ça va chier !… » leur disent-ils (en substance).
 
Disciplinée, Israël, comme prévu, se conforme à cet ultimatum et retire immédiatement ses troupes. Comme prévu encore par les habiles stratèges franco-anglais, l’Egypte refuse. Alors paf ! L’opération aéroportée conjointe est déclenchée dès le 31 octobre : des bombardements détruisent au sol l’aviation égyptienne prise au dépourvu. Dans les jours qui suivent, les troupes aéroportées anglaises et françaises, préalablement concentrées à Chypre (alors sous domination anglaise) sautent sur Port-Saïd et Port-Fouad (les Britanniques utilisent même des barges de débarquement de 1944 pour accoster sur les plages !) Elles prennent le contrôle des installations portuaires en dépit des combats sporadiques qui se poursuivent. Militairement, en trois jours, le succès est complet.
 
Début novembre, la stupéfaction a donc changé de camp. La France et l’Angleterre peuvent pavoiser : leur guerre-éclair audacieuse et au mépris de l’avis de leurs alliés leur a permis de rencontrer un succès rapide. Le dictateur égyptien est fou de rage mais impuissant. Israël a joué les bons élèves et montré son souci de préserver la paix. Les Américains sont stupéfaits : que ces colonialistes de Frenchies soient incontrôlables, admettons. Mais ils sont furieux de voir que les Britanniques eux-mêmes ont agi sans leur en référer, et même en passant outre à leur opposition déclarée ! Ils en appellent à l’ONU. C’est aussi le cas des Soviétiques, soucieux de détourner l’attention de la sauvage répression qu’ils viennent de mener Hongrie, grâce à un légalisme onusien pointilleux.
 
Dans cette affaire, tout le monde joue à contre-emploi !
 
L’union Soviétique invite le Conseil de sécurité à sommer la France, la Grande-Bretagne et Israël de mettre fin à leur intervention, faute de quoi un corps expéditionnaire international, composé entre autres de troupes américaines et soviétiques ( ! ) devrait porter assistance à l'Egypte : c’est la résolution 377 du 4 novembre 1956 (je ne crois pas qu’il y ait jamais eu dans l’histoire une résolution pareille). Mais l’URSS va plus loin encore. Elle franchit un nouveau degré dans l’escalade : dans la nuit du 5 au 6 novembre 1956, par un bluff invraisemblable, le camarade maréchal Boulganine menace la France et l’Angleterre de représailles… nucléaires ! « Retirrrrer trrrroupes, sinon... boum !!! »
 
Les Etats-Unis, eux, choisissent un autre angle d’attaque. Leur riposte va cibler leur allié traditionnel, désormais traître à la cause yankee. Certes Eisenhower ne croit pas à la réalité de la menace soviétique : on ne va tout de même pas déchaîner le feu nucléaire pour une escarmouche dans un coin de désert. Mais il est déterminé à mettre rapidement fin à l'opération. Les Etats-Unis attaquent alors massivement la livre sterling qui s’effondre sur le marché des changes. Eden annonce alors qu’il arrête les frais et Guy Mollet, dans ces conditions, ne peut que suivre.
 
Le cessez-le-feu est donc décrété le 6 novembre. Les Casques Bleus vont se déployer.
 
Et voici le résultat :
 
Il n’y a désormais plus que deux « Grands » dans le monde : les Etats-Unis et l’Union Soviétique. Les autres ne sont, au mieux, que des puissances « moyennes » condamnées à s’aligner sur les premières. Pour la France comme pour l’Angleterre, le rêve de grandeur a définitivement vécu.
 
La Grande-Bretagne perd son hégémonie au Proche-Orient au profit des Etats-Unis. Elle se contentera désormais d’une politique étrangère de suivisme vis-à-vis de ceux-ci.
 
La France, par son initiative malheureuse, perd les bénéfices (si elle en eut jamais) de sa « politique arabe ». Pour se consoler et maintenir péniblement son rang au plan international, elle va se concentrer sur la mise en œuvre de la Bombe A, laquelle explosera le 13 janvier 1960. Au plan interne, elle aura, sans le savoir, semé la déception et la rancœur au sein son armée, frustrée de sa victoire en Egypte et qui fera plus tard, en Algérie, payer chèrement aux hommes politiques leurs impérities stratégiques et leur lâcheté politique.
 
Nasser, lui, transforme sa défaite militaire en victoire politique et économique. L’intervention américano-soviétique en sa faveur valide l’expropriation du Canal de Suez : plus personne ne contestera le fait que l’administration de celui-ci appartient à l’Egypte et à elle seule. Avec l’aide russe, il va construire le barrage d’Assouan. Pour le monde arabe, c’est plus que jamais un héros.
 
Israël a su habilement manœuvrer. André Fontaine (directeur du journal Le Monde), l’analysera en 1976 : « en négociant le retrait de ses troupes, l’état juif obtiendra que des « casques bleus » stationnent en permanence tant dans la bande de Gaza, repaire de fedayin, qu'à Charm-El-Cheikh, où, pendant dix ans, les bateaux israéliens jouiront en fait du droit de tranquille passage ». C'est à partir de cette date qu'Israèl montrera aux Etats-Unis qu'il est une puissance militaire locale fiable et passera désormais dans son orbite. 
 
Depuis lors, les Palestiniens restent toujours "réfugiés" quelque part (Liban, Egypte, Jordanie) et leurs extrémistes sont excités par les dictateurs locaux.

Les Israéliens restent assiégés dans leur propre pays.

Et les Occidentaux, cartésiens et pressés, ne comprennent toujours rien à
cet Orient décidément trop compliqué.

La Plume et le Rouleau (c) 2004
 
Pour percer d'autres secrets, découvrez La cinquième nouvelle...
 

Archives INA

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non-violent 18/01/2009 17:29

Permettez moi de reagir au sujet de la vente des terres palestiennes au juifs arrivant au debut du 20 ieme siecle. Ces terrains ont ete achetes a des proprietaires ottomans car la region etait sous leur domination.Ils ont alors confisque ces terrains aux locaux palestiniens et les ont pousse a l'exil. Donc les paysans qui selon vos dires ne faisaient que paitre le betail sur leur terres cultivaient leur terres fertiles depuis des siecles. Ils revendaient leur produits sur les marches de jerusalem etc...Imaginons un instant les envahisseurs nazis revendant l'or juif confisque en europe a l'epoque de hitler. Serait il legitime d'en etre proprietaire apres l'avoir acheter aux nazis ou devrait on rendre l'or confisque par souci de justice?
Je ne cherche surment pas la confrontation mais le debat.Je crois que seul le debat peut faire evoluer nos prejuges vers un dialogue critique de part et d'autre.
En vous remerciant, que la paix soit avec vous
Al salamou alikoum

Hervé 26/02/2009 14:49


Merci. Vos remarques sont justifiées. Disons que l'occupation ottomane ne s'est pas toujours faite au mieux des intérêts des Palestiniens d'origine... Peut-être peut-on y voir la raison
de la si faible présence de la Turquie dans une recherche de stabilisation de cette zone...


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