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LA PLUME ET LE ROULEAU

LA PLUME ET LE ROULEAU

200 chroniques éclairent le Présent à la lumière de l'Histoire


1961 : Le putsch d'"UN QUARTERON DE GENERAUX EN RETRAITE"

Publié par La Plume et le Rouleau sur 23 Avril 2001, 17:04pm

Catégories : #Civilisation - vie politique - société

Mes Chers Amis,
 
Cest à l’évocation d’un épisode passionnant mais dramatique de l’histoire de la république que je vous invite aujourd’hui. Un épisode d’autant plus intéressant qu’il n’est pas si lointain. 
Il est 20 h 30, ce dimanche 23 avril 1961, il y a tout juste 40 ans aujourd’hui. La France entière est inquiète et a allumé sa télévision. Nos parents s’en souviennent. Ce qui est en train de se passer va en effet rester gravé dans les mémoires et s’inscrire dans les manuels scolaires.
 
Le général De Gaulle, président de la république en exercice, a décidé de faire une allocution télévisée.

Il est en uniforme militaire, caractéristique tout-à-fait inhabituelle pour le chef de l’Etat français. Une fois de plus, l’inimitable Charles De Gaulle va devoir « monter au créneau » pour redonner un peu d’énergie à une France désemparée par le coup d’état militaire que 4 généraux rebelles viennent de commettre en Algérie, alors département français, entraînant à leur suite les meilleurs régiments de l’époque et notamment le 1er régiment de la Légion Etrangère.

Face à un putsch dont les conséquences sont imprévisibles, l’heure est grave en effet. A ce stade, je ne crois pas inutile de revenir brièvement sur les années qui ont précédé pour rappeler quelques éléments.
 
La fin de la Seconde Guerre Mondiale a coïncidé avec le réveil véritable des peuples colonisés. Pour la France, le signal est donné dès août 1945 avec le soulèvement de l’ « Indochine » qui aboutit en 1954 à la défaite militaire de Dien Bien Phu et aux accords de Genève. En 1956, la Tunisie et le Maroc deviennent indépendants. D’une façon générale, l’Afrique noire commence à accèder à l’indépendance dans les années 50. A la Toussaint 54, le FLN lance l’insurrection en Algérie. Au départ simple « maintien de l’ordre », la situation va dégénérer et il faudra faire appel au contingent (les soldats appelés) pour mener ce que l’on n’appellera plus que la « guerre d’Algérie ».
 
Et l’armée française dans tout cela ? Malgré la participation de celle-ci aux débarquements de Provence et de Normandie, à la libération du territoire français (avec Leclerc, Juin, de Lattre de Tassigny) et à la reddition allemande à Berlin le 8 mai 1945, l’armée française reste affectée moralement par la déroute de 1940 et la défaite de 1954 en Indochine. La guerre d’Algérie va lui donner l’occasion de retrouver une certaine puissance sinon un certain prestige. 
 
Dans un contexte institutionnel instable (les gouvernements de la IVème république avaient une durée de vie de 8 mois en moyenne), les militaires vont être amenés à prendre progressivement, entre 1954 et 1958 la quasi-totalité de l’autorité et des responsabilités administratives à l’échelon local algérien. Outre les pouvoirs de police qui lui seront confiés, l’armée assurera dans les villes et les villages d’Algérie les tâches d’instituteurs, d’infirmiers, de moniteurs agricoles...

En 1958, elle est devenue une force politique à part entière avec, sur place, 500 000 hommes et 55 000 officiers.
 
Dans ce contexte de démission de fait des autorités politiques de l’époque, la crise du 13 mai 1958 ramène démocratiquement au pouvoir le général De Gaulle, qui entend maintenir dans un premier temps le statu quo (« Je vous ai compris », « Vive l’Algérie française »). Sur le terrain, l’avantage tourne dès 1959 en faveur de l’armée qui reprend le contrôle du pays et a affaibli le potentiel militaire du FLN.
 
C’est dans ce contexte que De Gaulle infléchit sa politique. Avec la mise au point de l’arme atomique par les soviétiques, sa priorité devient la bombe A. Dans un contexte de décolonisation générale, fort de sa légitimité démocratique et du soutien du peuple sur la question (75 % de « oui » au référendum de début 1961 sur l’autodétermination en Algérie), il est conduit à rechercher une solution négociée au conflit algérien, par l’ « autodétermination », l’« association » voire l’indépendance. Des tractations secrètes s’engagent même avec les leaders du FLN.
 
Un certain nombre de militaires s’estiment alors trahis par De Gaulle qu’ils accusent d’avoir fait volte-face dans ses engagements pour en tirer un bénéfice politique personnel, tandis qu’eux se sont sali les mains sur le terrain tout en assurant la victoire sur le plan militaire. 
En février 1961, une organisation terroriste secrète, l’Organisation Armée Secrète, est fondée. Certains officiers de l’armée, jusque là restés légalistes, décident alors une insurrection en Algérie pour en prendre le contrôle à la place du pouvoir politique. Celle-ci a lieu dans la nuit du vendredi 21 au samedi 22 avril 1961 et est menée par le 1er REP (l’un des 2 régiments de la Légion Etrangère) et divers unités parachutistes. En quelques heures, ces unités s’emparent des principaux centres d’Alger, arrêtent les autorités civiles et les officiers militaires qui refusent le putsch. L’ensemble de l’opération est sous la supervision de 4 généraux :
 
- Edmond Jouhaud : un Pied-noir général d’aviation (à ne pas confondre avec le syndicaliste Léon Jouhaux, comme l'un d'entre vous me l'a fait remarquer avec pertinence) 
- Raoul Salan : un officier des troupes coloniales, ancien d’Indochine
- Adrien Zeller : le seul des 4 à avoir combattu pendant la Première Guerre Mondiale
- Maurice Challe : à l’origine de la stratégie militaire qui a permis de prendre l’avantage sur le FLN à partir de 1959.
 
Tous ont peu ou prou déjà pris leurs distances avec l’armée d’active (retraite anticipée, démission, congé) mais y sont restés très influents.Dès la matinée du 22 avril, en métropole, la police procède à Paris à des arrestations de militants de l’Algérie française, proches des putschistes et qui étaient censés faire basculer l’armée de Métropole en faveur des insurgés.
 
Le flottement, pourtant, s’installe et la situation est incertaine. De Gaulle hésite sur la conduite à tenir. Il ne se passe rien durant près de 48 heures. L’Elysée est muette tandis que les insurgés occupent le terrain médiatique. Les parachutistes vont-ils sauter sur la métropole ? L’armée se rangera-t-elle aux côtés des insurgés ? Le dimanche 23 avril, sous l’impulsion de Jacques Chaban-Delmas, partisan d’une riposte énergique, le général De Gaulle se décide à intervenir à la télévision.
 
Nous y voilà, il y a 40 ans tout juste.

Dans son style bien à lui, tour à tour solennel, moqueur, grave, surprenant, De Gaulle s’adresse non pas à la France mais aux français, à chaque français, droit dans les yeux. Il stigmatise un « quarteron de généraux en retraite » avant d’enjoindre les français de « refuser l’aventure » et d’ « interdire d’exécuter aucun des ordres de ces hommes ». Après avoir annoncé qu’il recourait aux pleins pouvoirs que lui confère l’article 16 de la constitution, il termine de façon inattendue en disant « Français, aidez-moi ! ».
 
Cette spectaculaire reprise en main fait de l’effet. Le reste de l’armée, en effet, est réticente devant le coup de force et ne se rallie pas aux insurgés. Quand aux appelés d’Algérie, ils commencent à entamer des formes de résistance passive. Le temps travaille alors contre les rebelles. Le mouvement s’effrite progressivement malgré un appel général des chefs à l’insurrection générale, le désaccord gagne les rangs. De perspectives, de projet politique cohérent : point. Mardi 25 au soir, la rupture est consommée entre les quatre hommes.
 
Mercredi 26 au matin, tout est fini. L’insurrection a pris fin. Les officiers loyalistes ont repris le contrôle des unités. Zeller et Challe sont arrêtés. Jouhaud et Salan ont déjà fui, rejoignant la clandestinité. L’ « aventure » dénoncée par De Gaulle continuera pour eux sous une autre forme.
 
Voilà, cela se passait il y a 40 ans aujourd’hui. Peut-être les journaux TV en parleront-ils aujourd’hui ? Mais seul cette chronique vous fera remarquer la faute de syntaxe gaullienne désormais entrée dans l’Histoire. Car un « quarteron », ce n’est pas « quatre ». C’est un « quart ». Quatre, c’est en effet un « quatuor ». De Gaulle, pétri de culture classique, ne l’ignorait pas, mais il voulut semble-t-il marquer davantage son mépris à l’égard des insurgés par ce terme à la consonance très péjorative quoique inappropriée.
 
Une faute de français que les généraux rebelles n’ont même jamais relevé. De la langue française et de la syntaxe, ceux-ci ne devaient sans doute connaître que trois lettres. O, A et S.
 
Bonne journée à toutes et à tous.

Ceux qui haïssent De Gaulle ne s'arrêteront pas là....

La Plume et le Rouleau (c) 2001
 
Et pour d'autres secrets, d'autres mystères, d'autres coups de feu et d'autres passions, lisez La cinquième nouvelle...

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