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LA PLUME ET LE ROULEAU

LA PLUME ET LE ROULEAU

200 chroniques éclairent le Présent à la lumière de l'Histoire


1962 : "C'était tangent" au PETIT CLAMART

Publié par La Plume et le Rouleau sur 22 Août 2001, 09:46am

Catégories : #Histoires extraordinaires & énigmes

Mes Chers Amis,
 
C’est la saint Fabrice aujourd’hui.
Dans une vie antérieure, je vous parlai un jour de Fabrice del Dongo, héros de la Chartreuse de Parme, incarné au cinéma par Gérard Philippe et qui, au début du film, se trouvait attaqué en pleine forêt par un bandit de grand chemin, Véranté Palla, plus pittoresque que réellement agressif.
 
Ce côté pittoresque ne caractérise certes pas les hommes que je vais évoquer aujourd’hui : des individus animés, eux, d’une intention véritablement homicide, et qui se réunirent le mercredi 22 août 1962, pour procéder à l’assassinat d’un homme.
Nul besoin d’aller inventer quoi que ce soit : la réalité historique dépasse souvent de très loin l’imagination la plus débordante du romancier. En voici un nouvel exemple.
 
Actionnons la machine à remonter le temps et laissons-nous captiver par l’action.
Moteur !
 
Nous sommes en début de soirée ce mercredi 22 août 1962, le temps est maussade et une pluie fine tombe sur la région parisienne. 
Des hommes ont résolu d’en assassiner un autre. Pour cela, ils ont monté un traquenard et calculé quasi scientifiquement tous les paramètres de l’opération. Et pour cause : le « cerveau » de l’opération est un polytechnicien de 35 ans, ingénieur militaire de l’armée de l’air.
La situation est la suivante : une longue avenue urbaine rectiligne par laquelle doit forcément passer la voiture de la « cible ».
Au bout : un rond-point qui va obliger le véhicule à ralentir. Vitesse prévue à cet endroit : 65 km/h. Un peu avant le rond-point : une rue perpendiculaire. 
Le plan est simple : dès que la voiture s’engagera dans l’avenue, le « cerveau », posté négligemment comme un simple piéton, dépliera son journal.
 
Ce sera le signal, observé à la jumelle par un guetteur.
De la rue perpendiculaire débouchera alors brusquement une autre voiture qui obligera celle de la « cible » à s’arrêter.
D’une estafette postée de l’autre côté le long de l’avenue, les assaillants ouvriront le feu au fusil-mitrailleur sur la « cible », située à ce moment dans l’axe de tir. Les occupants de la première voiture seront eux aussi armés. Ils mitrailleront de côté le véhicule attaqué, pris entre deux feux et dans l’impossibilité d’avancer.
 
L’exécution achevée, les deux véhicules repartiront en se dirigeant vers le rond-point. L’estafette sera ensuite bourrée d’explosifs et incendiée dans la campagne alentour.
 
Tout est prêt. 
Il est un peu plus de 20 heures. La voiture de la « cible » débouche sur l’avenue de la Libération, au Petit Clamart. C’est une DS noire.
 
Dès qu’elle le dépasse, l’homme abaisse son journal. Il s’appelle Jean Bastien-Thiry. L’exécution de l’attentat commence.
 
Dans quelques instants, le général De Gaulle, qui est assis en compagnie de son épouse à l’arrière de la voiture officielle, devra être mort.
 
A ce stade, il n’est pas inutile de revenir brièvement sur le contexte de l’époque et sur les diverses tentatives d’attentat contre le président de la République : flash-back !
 
L’année 1960 voit la création de l’OAS, « Organisation Armée Secrète », constituée de partisans de l’Algérie française désireux de faire obstacle au processus devant conduire à l’indépendance du pays. Nombre de ses membres sont des militaires en rupture de ban avec l’armée régulière. Utilisant les mêmes méthodes terroristes que le FLN, l’OAS va alors être à l’origine de nombreuses actions violentes (attentats à la bombe, fusillades, exécutions) à partir de 1960 et jusqu’en 1964. Mais parmi tous les objectifs de l’OAS, l’objectif n°1 est évidemment de tuer le général De Gaulle.
 
Et là, l’imagination des conjurés ne va pas connaître de limite.
 
Jugez-en.
 
Le vendredi 8 septembre 1961, De Gaulle part passer le week-end à Colombey. Un convoi de 5 voitures (De Gaulle et Madame occupent la première) s’ébranle à partir de l’Elysée. Le chauffeur de la voiture du général s’appelle Francis Marroux. C’est un gendarme aux nerfs d’acier qui a pour habitude de rouler vite. Juste après Nogent-sur-Seine, une bouteille de gaz remplie de 40 Kgs de plastic et jointe à un jerrycan d’essence et d’huile explose sur le bord de la chaussée. La voiture est secouée et un mur de flamme s’élève. Mais le conducteur franchit l’obstacle. L’engin explosif était défectueux et le plastic n’a pas entièrement explosé. Le véhicule présidentiel n’est que légèrement endommagé. De Gaulle constate simplement : « quels maladroits ! » puis change de véhicule et repart.
 
L’année 1962 est encore plus fertile en tentatives. Entre mars et septembre 1962, la police aura connaissance d’un complot par semaine en moyenne !
 
Le 21 mai 1962, par exemple, elle arrête in extremis un commando qui avait conçu un plan diabolique et imparable : après avoir pris discrètement le contrôle d’un appartement situé au 86 rue de faubourg Saint-Honoré et dont la fenêtre du salon donnait sur la cour de l’Elysée, les tueurs envisageaient d’abattre De Gaulle au fusil à lunette lorsqu’il sortirait sur le perron pour accueillir le président de Mauritanie Ould Daddah, en visite officielle deux jours plus tard.
 
En juin 1962, la visite de De Gaulle dans l’est de la France provoque une recrudescence des projets d’assassinats.
 
A Vesoul, les conjurés avaient acheté des chiens dressés qui devaient convoyer vers le général des explosifs qui seraient télécommandés à distance.
Sur la route de Montbéliard, une attaque au fusil mitrailleur était prévue ainsi qu’un dynamitage sur la route de Pontarlier.
 
A Montbéliard même, un tireur d’élite devait abattre le général au fusil de précision.
Sur la route de Besançon, il était prévu de miner la route à un passage à niveau. A Besançon, ce devait être des grenades qu’on lancerait sur le cortège présidentiel.
A chaque fois, les conjurés jouèrent de malchance et la police arrêta de justesse les protagonistes dans les heures précédant l’attaque.
Mais revenons à cette date du 22 août 1962.
 
En ce jour, le complot n’a pas été éventé. La police n’est avertie de rien. Ce sera l’effet de surprise total. La voiture du général De Gaulle arrive donc sur ce qui s'apeelle encore à l'époque l’avenue... de la Libération (cocasse, non ?) en direction du Petit Clamart. Elle est conduite par le même chauffeur que lors de l’attentat de Nogent-sur-Seine : le gendarme Marroux, au sang-froid et aux réflexes de premier ordre.
 
Bastien-Thiry donne le signal. Le véhicule des conjurés s’élance de la rue adjacente pour barrer la route à celui du général. Les tireurs de l’estafette ouvrent le hayon arrière et déclenchent le tir.
 
Mais....
Mais la voiture présidentielle arrive trop vite. Elle roule à plus de 100 km/h en ville au lieu des 65 km/h prévus. Elle dépasse donc le croisement avant que la voiture des conjurés n’ait le temps de déboucher. Les tireurs de l’estafette ouvrent le feu mais la cible est déjà à leur hauteur. Ils mitraillent de côté le véhicule qui passe à leur hauteur à toute allure. De Gaulle pousse son épouse sur la banquette tandis que les rafales trouent les portières et que les balles sifflent au-dessus des têtes.
 
Le chauffeur fonce pour franchir la zone de tir et s’engage dans le rond-point. Les assaillants continuent de tirer. Les pneus arrière de la DS éclatent. La voiture des conjurés, sortant de sa rue, prend maintenant en chasse celle du général, qui roule sur les jantes ! Dans les rues du Petit Clamart elle mitraille abondamment la voiture présidentielle ! 
Après de longues minutes, désespérant de rattraper son retard sur sa cible, la voiture des tueurs abandonne pourtant la poursuite. La DS arrive, cahotante, à l’aéroport militaire de Villacoublay où les soldats de l'entrée rendent les honneurs, médusés du spectacle qui s'offre à eux.
Plus de 100 impacts seront relevés. De Gaulle s'est redressé sur la banquette : "Personne n'a rien ," dit-il.
Aucun des occupants n’aura été touché.
 
Lui et son épouse viennent d’échapper à la mort. Il lui dira sobrement : « Yvonne, vous avez été brave » et à son gendre, Alain de Boissieu : « Eh bien, c’était tangent ! ».
 
Ouf ! Plutôt « chaud », l’été 1962, non ?
 
Et une démonstration irréfutable : rouler à 100 km/h en ville peut parfois vous sauver la vie.
 
Mais dans des circonstances vraiment très exceptionnelles. Alors prudence sur la route, et bonne journée à tous.
 
D'autres assassinat célèbres, ratés ou réussis ? Découvrez ceux tentés à l'Opéra de Paris, contre Gandhi, l'amiral Darlan ou le président Kennedy !

La Plume et le Rouleau © 2001
 
Et pour des mystères, des secrets et de l'action, lisez La cinquième nouvelle...

Archives INA - Les Actualités Françaises de 1962

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