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LA PLUME ET LE ROULEAU

LA PLUME ET LE ROULEAU

200 chroniques éclairent le Présent à la lumière de l'Histoire


1963 : KENNEDY, controverse pour un assassinat (2)

Publié par La Plume et le Rouleau sur 2 Janvier 2005, 11:23am

Catégories : #Histoires extraordinaires & énigmes

Cher(e)s Ami(e)s et abonné(e)s des Chroniques de la Plume et du Rouleau,
 
Nous sommes en 1975 et, après l’affaire du Watergate (1974) et le retrait humiliant du Vietnam (1975), rien ne va plus au pays de l’Oncle Sam. Afin de rassurer le citoyen, une nouvelle commission parlementaire se met donc dare-dare en place. Elle est présidée par Louis Stokes, élu démocrate de l’Ohio, afin de reprendre les éléments de l’enquête. Elle va toutefois innover en opérant, en plus, l’analyse acoustique de l’enregistrement des coups de feu par le talkie-walkie d’un des policiers motocyclistes de l’escorte.
 
Elle rend un rapport de 7 000 pages, confectionné à l’issue de 3 ans de recherches pour une dépense de 6 millions de USD . Elle conclut d’abord que les éléments en présence confirment que les balles mortelles ont été tirées depuis le 5ème étage du Dépôt des livres scolaires, où se trouvait Oswald, lequel était propriétaire d’un fusil que l’on y a retrouvé et dont on peut affirmer qu’il a effectivement tiré les projectiles. Elle réaffirme que Ruby avait des liens avec la Mafia, dont il était l’ « homme » à Dallas, et elle retient que Oswald a bien tiré 3 coups de feu dont un mortel. Mais le reste de ses conclusions est spectaculaire : pour la Commission Stokes, on entend bien 4 et non 3 détonations ! Le rapport Stokes confirme toutefois que, si il a eu un quatrième tir, celui-ci n’a pas atteint le président…
 
Pourtant, curieusement, la commission, dans son rapport du 2 janvier 1979, ne va pas au bout de sa logique et se contente d’évoquer seulement la « probabilité » d’une conspiration ! Aveuglement ? Pressions ? Quoiqu’il en soit, ses conclusions sont vite l’objet d’un tir de barrage : l’analyse acoustique initiale, refaite quatre ans plus tard, en 1982 par l’Académie Nationale des Sciences, est finalement… invalidée par celle-ci ! L’espace entre la quatrième détonation supposée et les bruits ambiants identifiées (sirènes, accélération des moteurs) n’est en effet pas compatible avec le déroulement des faits.
 
Résumons : le rapport Stokes confirme le rapport Warren dans ses grandes lignes mais laisse dans l’ombre quelques points obscurs.
 
Alors, DEPUIS 40 ANS, LES HYPOTHESES LES PLUS FOLLES (ET PARFOIS LES MOINS ETAYEES !) SONT AVANCEES. La crédibilité qu’on peut leur accorder est inégale. J’en ai retenu quelques unes.
 
La plupart des auteurs entendent s’intéresser aux modalités du meurtre, lesquelles, selon eux, conduisent naturellement à la thèse d’un complot ourdi contre JFK. Charles A. Creenshaw, l’un des médecins du Parkland Memorial Hospital, affirme dans son livre « JFK : la conspiration du silence » que l’orifice qu’il a constaté à la base du cou du cadavre ne pouvait pas provenir d’un tir situé derrière mais bien d’un tir situé devant. Il y a donc, pour lui, deux tireurs, ce qui accrédite la thèse de la machination.
 
C’est aussi ce que démontre David Lifton, un homme qui a sacrifié 25 ans de sa vie pour mener une enquête personnelle qui a commencé en 1966 et s’est achevé en 1981 par le livre rocambolesque « La meilleure preuve ». Pour lui, Kennedy a été assassiné par des tireurs postés non pas derrière mais devant le cortège. Le complot est l’œuvre des Services secrets eux-mêmes (responsables de la sécurité présidentielle) qui ont maquillé la dépouille mortelle pendant son transport à l’hôpital en dissimulant des blessures, extrayant des balles et en en introduisant d’autres afin de tromper les experts. Le corps, du reste, n’était pas dans le cercueil accompagné par Jacqueline Kennedy lors de son transport à Bethesda et n’y fut apporté que bien plus tard.
 
La thèse du lobby militaro-industriel US, quant à elle, n’est pas neuve et ne date pas, loin de là, des attentats du 11 septembre 2001. Elle est déjà évoquée à propos de Kennedy par Craig I. Zirbel qui, dans « Texas Connection », met en accusation les liens de Lyndon B. Johnson avec les pétroliers texans et stigmatise, comme éléments probants, le comportement du nouveau président : buveur, menteur, tricheur et carriériste…
 
Bêtises, répondent le filleul et le frère du parrain de la mafia américaine Sam Giancana (avec lequel Kennedy "partagea" comme maîtresse une nommée Judith Campbell) dans leur ouvrage « Notre homme à la Maison Blanche ». L’assassinat a bien été l’œuvre du « Syndicat du Crime » qui avait largement financé la campagne électorale de Kennedy avant de voir JFK et son frère Robert (Attorney Genéral = Ministre de la Justice) se retourner ingratement contre ceux qui les avaient aidés dans leur ascension. 116 mafieux avaient ainsi été inculpés en 3 ans ! La Mafia a manipulé Oswald, auquel elle a adjoint un de ses propres tueurs, plus fiable, avant de le faire supprimer par Ruby, qu’elle contrôlait. La Mafia n’aime pas les ingrats : la conclusion sonne comme un avertissement.
 
C’est aussi l’avis l’avis de David Scheim qui nous affirme, en 1988, que « La Mafia a tué le président Kennedy » en approfondissant la thèse. Pour lui, les liens de Ruby avec la Mafia sont avérés, ainsi que le pressentait déjà la Commission Stokes dans son rapport de 1979. Manipulant Oswald et jetant le discrédit sur lui en raison de ses sympathies pro-communistes, la Mafia lui aurait adjoint l’un de ses tireurs qui aurait fait le coup de feu avec lui, d’où la précision des tirs, œuvre d’un véritable professionnel. Décidée à supprimer ce témoin gênant, elle aurait ensuite utilisé Ruby, dont elle tolérait les activités à Dallas en échange de services, pour l’abattre. Quel est son mobile ? il est simple : l’argent. Car il faut savoir que l’arrivée de Castro au pouvoir à Cuba en 1959 avait porté un coup dur aux activités criminelles locales : les parrains locaux ont été jetés en prison, les tripots fermés, les réseaux de prostitution confisqués et les trafics récupérés au profit de la nouvelle junte militaire. Castro a fait le ménage pour s’assurer un pouvoir sans compromis. La Mafia a donc tout à gagner à un renversement de Castro par les Américains et, à de nombreuses reprises, la CIA utilise les services de ses tueurs locaux pour fomenter des attentats. Cette dernière le confirmera. Ces opérations sont naturellement couvertes par Kennedy qui, dans ce cas encore, est redevable au Syndicat du Crime de son effort. Mais Kennedy n’est pas un allié fiable. Non seulement il durcit la lutte contre la Mafia aux Etats-Unis, sans doute pour s’affranchir de sa pression, mais, à partir de 1962, il entame une politique de détente avec l’URSS qui se traduit par un statu quo tacite sur Cuba : les Soviétiques n’y installent pas de missiles tandis que les Américains ne tentent plus de renverser le régime castriste. Ce marchandage qui conclut en effet la « Crise des fusées » de 1962 repousse donc les espoirs mafieux de reprise en main de ses activités sur l’île. La Mafia décide donc de supprimer Kennedy, de mettre la police sur la piste d’Oswald en raison de ses sympathies pro-communistes puis de liquider rapidement celui-ci. Avec ce coup spectaculaire, la Mafia entend bien voir la politique américaine envers Cuba s’inverser.
 
La revue Remparts, elle, dresse la liste de 70 témoins de l’événement dont 13 (nombre fatidique) auraient ensuite été froidement abattus ou seraient morts dans des conditions suspectes. Elle va même jusqu’à citer le nom de cet ancien militaire appointé pour supprimer ces témoins gênants.
 
Le français Armand Moss (1980), lui, n'est pas d'accord avec ces élucubrations et s’intéresse plutôt au profil psychologique et à la personnalité d’Oswald grâce aux témoignages de ceux qui l’ont connu et à son journal personnel (que ceux, partisans de la thèse du complot, considèrent naturellement comme un faux monté de toutes pièces). Pour lui, le fait qu'Oswald ait été marxiste et marine peut parfaitement s'expliquer sans nécessairement qu'il ait été nécessairement un agent de la CIA ou du KGB. Autodidacte dans l'âme, il voulait simplement passer des diplômes gratuitement en URSS et arriver à percer dans un pays égalitaire. S'il en revint précipitamment, c'est parce qu'il était terriblement déçu par le régime soviétique, qui ne lui a offert qu'un poste d'ouvrier dans une usine de province.
 
Oswald est un individualiste prudent qui n'appartient à aucun parti et ne se livre qu'en privé. Ayant soif de reconnaissance, il se rêve en futur Castro, en grand libérateur des peuples et refait le monde à coup de citations puisées dans le Manifeste du Parti Communiste. Dyslexique, asocial, mais intelligent, relativement cultivé et orgueilleux, Oswald pense en fait que c'est lui qui manipule les autres. Pas si mauvais tireur qu'on le pense, comme le montrent les résultats des concours qu'il a passés, il n'avait en aucun cas accès au programme secret U2 et, après avoir tenté sans succès d’assassiner le général Edwin Walker, avait planifié de détourner un avion ! Oswald, quoiqu’on en dise, possède bien le profil-type du tueur solitaire imaginatif et organisé. Quant aux témoins gênants supposés abattus, Armand Moss démontre que sur les 13 " témoins assassinés ", aucun n'avait été témoin de quoi que se soit et que seulement deux d'entre eux ont réellement péri de façon non naturelle
James Reston livre quant à lui une version originale dans « Le grand espoir de John Connally » en 1989. Selon lui, les tirs d’Oswald ne visaient pas Kennedy mais… Connaly, lequel avait, par le passé et lorsqu’il était secrétaire à la Marine, refusé à Oswald un certificat de bonne conduite : Kennedy aurait en fait tout bonnement été tué par erreur !
 
Mais Mark North, en 1991, réfute cette thèse. Pour lui (« Acte de trahison »), c’est Edgar Hoover, le patron du FBI qui est derrière tout cela et qui, sans jamais apparaître, a été l’instigateur du crime en raison de sa haine envers JFK.
 
Le cinéaste Oliver Stone, lui, en 1991, nous offre un film (« JFK ») qui déchaîne l’enthousiasme du grand public en faisant, en grande partie, la synthèse des différentes versions. Le cinéaste se garde bien de préciser aux spectateurs qu’il a, habilement et sans prévenir, mélangé des scènes authentiques et d’autres filmées pour l’occasion. Il évite de dire aussi qu’il a inventé des personnages majeurs de l’intrigue du film et que la thèse du procureur Jim Garrison (exposée dans le livre « Sur la pistes des assassins »), qu’il reprend à son compte, a toujours été jugée fantaisiste par la justice américaine. Les hypothèses techniques reposent quant à elles largement sur le livre « tirs croisés » de Jim Marrs où l’accumulation de clichés photographique n’a pourtant jamais su emporter l’adhésion (on va même jusqu’à suspecter un homme qui utilise un parapluie comme ombrelle de dissimuler une arme dans la pointe !). Il omet enfin de mentionner que son conseiller technique, un ancien colonel de l’armée US, est un hurluberlu paranoïaque, défenseur de thèses négationnistes et pourfendeur d’une hypothétique conspiration judéo-britannique ! Quoiqu’il en soit, la conclusion de ce film-choc ne manque pas d’ampleur : le Pentagone, la CIA et le lobby militaro-industriel sont à l’origine de ce complot couvert par des sympathisants infiltrés à la Maison Blanche, dans les Services Secrets et au sein même de la police de Dallas ! Rien de moins. La raison de cette haine ? L’ambition prêtée à Kennedy de retirer dès cette époque les troupes US du Vietnam. Mais Oliver Stone a-t-il voulu faire œuvre d’historien ? Il le dit lui-même lors d’une conférence de presse à Paris en 1993 : « J’ai trouvé que ce thème ferait un excellent thriller » !
 
Absurdité rétorque le juriste américain Gerald Posner dans on livre « Affaire classée » qui sort deux ans plus tard, en 1993, et démolit la thèse d’Oliver Stone, Garrison et Marrs dans le cadre d’une analyse serrée des faits et de leur chronologie. Pour lui, la thèse du tireur solitaire est la seule qui, confrontée aux faits, tienne debout. La Commission Warren a correctement travaillé, le reste n’est que spéculation intellectuellement frauduleuses.
Oswald a eu tout loisir de tirer dans un local déserté pour le déjeuner. Le fait qu'il ait rapidement repris son souffle après la descente de 4 étages en une minute, comme l'a constaté l'agent Baker ne doit pas être considéré comme un miracle, hors de toute norme physique. Certes il y a sans doute eut de graves négligences dans l’organisation de la police de Dallas ? Mais rien n’indique qu’elle ait en aucune manière couvert, approuvé et encore moindre fomenté l’assassinat de Kennedy.
L’attitude de la CIA n’a rien de surprenant. S’attendrait-on à ce que des Service Secrets étalent publiquement leurs liens avec la Mafia, leurs turpitudes et leur manipulation d’extrémistes divers ? Il est certain qu’elle n'a guère collaboré aux enquêtes non officielles et qu’elle a même tenté de nuire à celle de Garrison (au reste fort agressif à son encontre) mais cela ne prouve pas qu'elle voulait cacher la vérité sur l'assassinat de Kennedy et encore moins qu’elle l’avait commandité. 
Les conclusions des hôpitaux ne sont pas remises en cause : les photos de l'autopsie furent examinées par des experts indépendants et confirmèrent les conclusions des légistes de Bethesda (= un impact situé derrière et un projectile sortie par la pomme d’Adam et non l’inverse). Elle sont d’ailleurs conservées, ainsi que les radiographies, aux Archives nationales, sont accessibles à tous depuis 1988 et ne peuvent être suspectées de truquage. 
Quant aux coups de feu que quelques rares témoins croient avoir entendu derrière le talus, ne peut-il s’agir tout simplement de l’écho ? Quant à la fumée d’un fusil sur le talus, elle n'a été vue que par un seul témoin, ce qui est vraiment trop peu pour l'authentifier. 
Pour ce qui est des tirs, toutes les investigations menées depuis les années 70 ont confirmé sur ce point celles de la commission Warren et donc renforcé, la thèse du tireur solitaire. Pour Gérald Posner, le film d'Abe Zapruder a été incorrectement exploité : ce ne sont pas 5,6 secondes mais 9 secondes qu’il faut compter, soit 4 secondes entre le 1er et de deuxième tir et 5 secondes entre les suivants : un temps largement suffisant à Oswald pour réarmer.. 
 
L'incroyable trajet de la « Balle magique » mérite d’être explicité. Mais c’est bien elle qui a frappé Connaly : en 1978, les analyses par activation de neutrons ont prouvé que les fragments de plomb recueillis dans les blessures du gouverneur étaient bien ceux qui avaient été expulsés du projectile retrouvé à ses côtés. Quant à l'analyse balistique du projectile, elle a montré qu'il avait bien été tiré par la carabine Mannlicher Carcano d'Oswald. La Commission Stokes avait du reste entériné ces résultats.
Le mouvement de tête de Kennedy "vers l'arrière et à gauche" est parfaitement explicable. La reconstitution sur mannequin montre qu’elle provient de l'éjection de la substance cérébrale et de morceaux de crâne, provoquée par l'explosion à l'avant droit de la balle entrée à l'arrière du crâne : les photos de l'autopsie montrent clairement cette plaie. Ces interprétations sont confirmées par le premier enquêteur médical indépendant autorisé à réétudier le dossier d'autopsie, le Dr John Lattimer, de la Faculté de médecine de Columbia. Pour Posner, il n’y a plus de « mystère Kennedy ».
 
Il n’a, à regarder Internet, pourtant pas encore emporté pleinement l’adhésion. Aujourd’hui, par exemple, un site Internet très riche mais un peu désordonnée (JFK-assassinat.com) nous explique que Ruby aurait donné à Oswald l’arme avec laquelle il aurait tenté de se défendre contre la police lors de son arrestation dans le cinéma puis qu’un tireur aurait fait le coup de feu à la place d’Oswald depuis le Dépôt des Livres tandis qu’un autre tirait depuis le talus. La conspiration aurait étendu ses tentacules jusqu’aux services de la sécurité présidentielle (ayant changé d’itinéraire au dernier moment) et à la police de Dallas : le policier Tippit aurait été, lui-même, un complice d’Oswald. Il aurait en revanche été assassiné par un tueur qui, semant des pièces à conviction (le blouson d’Oswald) aurait conduit délibérément la police sur les traces de celui-ci. Quand à Ruby, comment ne pas penser qu’il aurait bénéficié de complicités parmi la police locale pour parvenir à supprimer Oswald, désormais témoin gênant, avant d’être lui-même empoisonné dans sa prison par la suite…
 
Mais Bonar Merringer, lui, (« Erreur mortelle ») fait encore plus fort : oui il n’y a eu qu’un seul tueur ! Mais ce n’est pas Oswald, qui a peut-être tiré mais a manqué sa cible. La mort du président est due à un malencontreux accident ! C’est un membre de l’escorte présidentielle qui aurait déchargé par erreur son AR-15 sur Kennedy !
 
En 1998, William Reymond, dans son livre “JFK, autopsie d’un crime d’Etat” opère une synthèse bigrement spectaculaire : l’assassinat de JFK fut une opération militaire d’anciens tueurs de l’OAS, de Cubains en exil et de membres de la CIA en rupture de ban. Des milliardaires texans l’avaient financée avec l’assentiment du vice-président Lyndon Baines Johnson !!! Ce sont quatre équipes de professionnels qui ont agi tandis qu’Oswald était simplement chargé de faire le guet ! Un Oswald disposant d’ailleurs d’un sosie, afin de mieux embrouiller les enquêteurs (et les lecteurs !) Une étonnante version concoctée après des années de recherches et les confidences de la maîtresse de Johnson, Madeleine Brown… C’est dire la qualité des sources.
 
Pour Serge Raffy (« Castro l’infidèle », 2004), on apprend que c’est Ruby qui dirigeait l’équipe des tueurs du talus : des témoins l’ont vu et l’on croit le reconnaître sur certains clichés bien que Ruby (suprême félonie) ait été, au moment du crime, reconnu formellement par des témoins au Dallas Morning News où il rédigeait une petite annonce.
 
Mais pour Caroline Lebeau dans « Les nouvelles preuves de l’assassinat de Kennedy » (2004), le complot fut en réalité l’œuvre des maîtres de la manipulation, de la désinformation, du mensonge et de la brutalité que nous connaissons bien : le clan Bush ! La génération de l’époque était (déjà !) composée d’individus sans scrupules et décidés à employer tous les moyens contre les Démocrates.
 
B.S. Estes, quant à lui, qui fut le fournisseur en pots de vin et l'homme des basses oeuvres de Lyndon B. Johnson nous dit (enfin) la vérité dans un récent livre (« JFK : le dernier témoin ») : « Je sais qui a tué Kennedy ». Le suspense nous taraude.
 
Ouf. Quoi d’autre ?
 
Ah ! Dans tout cela, il manquait… le sexe. J’ai cru voir, il y a quelque temps, un ouvrage faisant le lien incontestable entre l’assassinat de JFK et la mort de Marylin Monroe (6 août 1962, soit plus d’un an auparavant). J’en ai hélas oublié le titre. Il fallait nécessairement évoquer cette hypothèse pleine de séduction.
 
Résumons un peu les hypothèses en présence. On dira au final que plus personne ne croit aujourd’hui à la thèse du tireur isolé, laquelle a pourtant en sa faveur un ensemble d’indices objectifs et concordants qui, même contestables, ont au moins le mérite d’exister formellement. Dans ce domaine, contrairement à d’autres : le prêt-à-penser n’est pas la thèse officielle. On l’a vu, beaucoup de questions restent ouvertes et trop d’incohérences subsistent pour que l’on ne puisse mettre raisonnablement en doute la version officielle. Mais au profit de laquelle ? L’opinion dominante est maintenant celle d’un complot fomenté contre JFK. Or, si personne n’apporte de preuves matérielles incontestables sur le mode opératoire, le doute a pourtant rongé les esprits.
 
Les « conspirationnistes se divisent en deux camps inégaux : les uns pensent qu’il s’agit d’une conspiration d’origine extérieure (c’est plus basique), les autres d’une conspiration intérieure (c’est plus inquiétant).
 
Les uns pensent ainsi que l’assassinat de Kennedy est l’œuvre de l’Union Soviétique, vexée du camouflet infligée par celui-ci à Khrouchtchev lors de la « crise des fusées de Cuba » de 1962. Ils évoquent aussi, dans la même veine, une machination ourdie par Fidel Castro lui-même, ripostant ainsi aux tentatives d’assassinat que Kennedy et la CIA avaient plusieurs fois fomenté envers lui.
 
L’opinion majoritaire, toutefois, envisagent cinq types de comploteurs (seuls ou ensemble) :
- le lobby militaro-industriel, inquiet d’une politique de détente de Kennedy qui aurait conduit les troupes US à se retirer du Vietnam, réduit les investissement militaires au profit de la course scientifique à l’espace et acculé à la ruine la petite entreprise des honnêtes industriels du canon
- les anti-castristes : des forcenés de l’anticommunisme primaire inquiets de l’attitude de détente vis-à-vis de l’URSS et de Cuba, désirant renverser Castro en faisant porter le chapeau à Oswald
- l’extrême droite américaine : des partisans de la ségrégation raciale, indignés des lois Kennedy sur l’enseignement et les transports publics favorisant l’intégration des Noirs américains
- la CIA, le FBI et, d’une façon générale, les Pouvoirs Publics américains, mobilisés par Johnson pour mettre un terme à la carrière d’un Kennedy gênant car à la fois trop populaire et trop vulnérable aux scandales (Mafia, maîtresses, corruption, etc…)
- la Mafia, excédée par l’ingratitude de Kennedy, décidément encore plus immoral qu’elle, et décidée à préserver coûte que coûte ses intérêts financiers en Floride et à Cuba
 
Alors pourquoi ne pas rejoindre la position des « conspirationnistes » ? Si aucune preuve formelle n’est apportée, beaucoup d’éléments disparates ou plausibles y conduisent ou, du moins, rendent l’hypothèse crédible.
Une remarque simple, toutefois, s’impose : une conspiration énorme, impliquant tout à la fois les hommes politiques de la Commission Warren puis de la Commission Stokes, les témoins, les experts indépendants, des policiers fédéraux (FBI) et locaux, les Services Secrets, la CIA, les médecins et jusqu’au « clan » Kennedy (puisque Robert Kennedy a co-signé le rapport Warren) constituerait une mécanique d’une ampleur telle qu’elle en serait extrêmement fragile et plus du tout secrète ! Elle aurait été à la merci de la moindre erreur humaine, de la moindre trahison, de la moindre infiltration de la police. Sa réussite aurait reposé sur l’enchaînement extraordinaire de circonstances à la probabilité de réussite faible, et tout cela sans avoir pu être complètement éventée, 40 ans encore plus tard ?
 
Autant dire que, même si elle est romanesque et séduisante, la thèse du complot, au jour d’aujourd’hui n’a reçu aucun élément irréfutable susceptible de la démontrer formellement. Au contraire, de façon objective et rationnelle, tous les éléments clairement identifiés conduisent à conforter, dans ses grandes lignes, la thèse du rapport Warren, que la Commission Stokes a, peu ou prou, validé : un tireur unique pour 3 coups de feu dont 1 seulement fut mortel (un ratio indiquant par là combien les chances de succès de l’attentat avait été faibles). L’historien français André Kaspi a ainsi souvent avancé que le refus des Américains à croire à l’implication d’un tireur unique dans l’assassinat de John Kennedy venait du fait que l’être humain a du mal à accepter une vérité simple lorsqu’elle touche à un événement exceptionnel.
 
Un peu, donc, comme à l’issue des attentats de New York du 11 septembre 2001, on constate à propos de l’assassinat de JFK les mêmes caractéristiques et les mêmes tares dans les réactions américaines : stupéfaction et consternation d’un pays qui ne comprend pas pourquoi c’est aux « good guys » (eux, évidemment !) que l’on s’en prend, contournement des services de sécurité qui font la preuve inquiétante de leur inefficacité (ce qui laisse incrédule l’américain moyen) en dépit d’un déploiement de forces impressionnant, obsession récurrente de l’existence d’un complot, besoin d’identifier au plus vite l’ennemi à abattre, omniprésence de la presse et déluge d’images mais, au final, peu d’éléments vérifiables et qui, en tout cas, émanent tous des sources officielles, héroïsation des victimes qui permet de passer sous silence leurs turpitudes et celles de ceux à qui le crime a profité.
 
Bref, beaucoup de forme et peu de fond…
 
Cette chronique ne prétend pas vous apporter ici une quelconque conclusion tant, elle vous l’a montré, les éléments vraiment incontestables manquent cruellement. Tout au plus peut-elle formuler une constatation qui lui semble de bon sens : même difficile, la réussite d’un tel attentat par un seul homme reste possible et, faute de preuve, reste à ce jour la seule version réellement défendable. Il est toutefois regrettable que les commissions Warren et Stokes aient peu exploré les relations entre la pègre, la Mafia, Ruby et Oswald. Car la réussite de cet assassinat représente tout de même beaucoup pour un individu isolé, aux moyens forcément réduits et à l’instabilité aussi avérée qu’Oswald. L’hypothèse d’un tireur supplémentaire dans l’immeuble ou encore ayant tiré à sa place est donc plausible même si elle n’est fondée sur aucun élément matériel découvert à ce jour.

Car un complot reste toujours possible. A preuve : votre serviteur n’a-t-il pas, dans la rédaction de cet opus électronique, été confronté à un PC qui plantait, une imprimante en rade, un réseau encombré, une messagerie défaillante, un manque de temps chronique, un stylo en panne, une photocopieuse étrangement dépourvue de papier ? Bref, une véritable conspiration de forces mystérieuses semble s’être acharnée contre cette chronique. Comme si on voulait l’empêcher de paraître à tout prix. D’ailleurs, j’ai arrêté de l’écrire en tournant le dos à la fenêtre et je suis sorti par la sortie de secours. Méfiez-vous ! La menace rôde…
 
Bonne journée à toutes et à tous.
 
La Plume et le Rouleau © 2004

Assassiner les gens célèbres : voilà une activité qui demande de l'énergie et assure la renommée : Henri IV, Louis XIVNapoléon, Sadi Carnot, François-Ferdinand d'Autriche, JaurèsHeydrich, Darlan, De Gaulle, Gandhi, Staline, Martin Luther King, Jean-Paul II, Indira Gandhi en ont fait les frais.
Et pour d'autres mystères, plongez-vous dans La cinquième nouvelle...
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quine 30/06/2017 18:41

Bonjour,
Existe t-il une traduction de ce livre?
Svp,merci?

Sho dan 30/06/2017 21:14

De quel livre parlez-vous ?

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