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LA PLUME ET LE ROULEAU

LA PLUME ET LE ROULEAU

200 chroniques éclairent le Présent à la lumière de l'Histoire


1965 : La saga de l'ELECTION PRESIDENTIELLE (3)

Publié par Hervé sur 5 Décembre 2006, 01:00am

Catégories : #Civilisation - vie politique - société

Archives INA : les résultats du 1er tour de l'élection présidentielle de 1965

Cher(e)s Ami(e)s de la plume et du rouleau,
 
La campagne électorale de 1965 va être pour François Mitterrand l’occasion d’acquérir une véritable stature nationale en se montrant incisif et convaincant et de rallier au passage le soutien de personnalités nombreuses et diverses, tel le philosophe Jean-Paul Sartre ou encore le chanoine Kir (doyen d’âge des députés et inventeur du mélange crème de cassis – vin blanc que nous connaissons bien) ! Mitterrand se veut par ailleurs moderne et européen.
 
La dynamique de l’union de la gauche ne va toutefois pas être aussi efficace qu’espérée. Au final, Mitterrand ne récolte que 32 % des suffrages. C’est pourtant (par défaut, encore) une grande victoire pour lui car, arithmétiquement, il se retrouve au 2nd tour…
 
Le général DE GAULLE, lui, a observé tout ce petit monde avec dédain. 
 
Fort de sa stature historique et du pouvoir sans partage que lui donnent tout à la fois et depuis 7 ans :
·         une constitution taillée sur mesure,
·         une Assemblée législative où l’UNR (le parti gaulliste) dispose d’une écrasante majorité,
·         une pratique largement personnelle des affaires publiques,
·         et un contrôle tout-puissant des médias,
estimant par ailleurs disposé d’un bilan suffisamment flatteur pour ne mériter aucune contestation,
·         décolonisation sans heurt en Afrique noire (1960)
·         mise au point de l’armement qui permet à la France d’accéder au rang de puissance nucléaire (1960)
·         paix en Algérie (1962)
·         début de la réconciliation franco-allemande (1962)
·         politique étrangère de non-alignement sur l’USA ou l’URSS et de soutien aux Tiers-monde (1964)
·         amélioration générale du niveau de vie
 
le général De Gaulle a négligé de descendre dans l’arène politicienne. De Gaulle, c’est « De Gaulle », quoi ! Ce n’est pas un vulgaire prétendant au pouvoir suprême (qu’il détient déjà, du reste). Pendant que les candidats grouillent et s’adressent au peuple depuis le 19 novembre, le Commandeur de l’Elysée les ignore superbement. « Vous ne voulez tout de même pas que je proclame devant les caméras : « Je m’appelle Charles De Gaulle… » ? dit-il à son ministre Alain Peyrefitte le 24 novembre 1965 en faisant un tour d’horizon des candidats en privé avec lui.
degaulle1965.jpg
« Ca ne vole pas haut ! Comme tout cela est médiocre. (…) Tixier-Vignancourt, c’est Vichy, la collaboration fière d’elle-même, la Milice, l’OAS. Marcilhacy, c’est le notable sûr de lui (…) et qui regarde les Français de haut. (…) Lecanuet c’est l’enfant de chœur qui a bu le vin (…) et qui s’en est enivré. Mitterrand (…) est prêt à soutenir toutes les thèses, à renier tout le monde et à se renier lui-même pour s’emparer du pouvoir. En réalité, il n’y en a qu’un qui soit sympathique, c’est Barbu. C’est un brave couillon. (…) Il m’en veut parce qu’il est écrasé par la vie et qu’il se demande comment faire. » (« C’était De Gaulle » d’Alain Peyrefitte, paru en 1994).
 
Grave erreur tactique qui inquiète l’état-major élyséen. En septembre, De Gaulle rassemble 66 % des intentions de vote des électeurs sondés. Mais en octobre, il n’est plus « qu‘à 52 % ». Pendant que De Gaulle se tait, ses adversaires politiques abreuvent les auditeurs et les téléspectateurs de leurs critiques, « la désacralisation du chef est en cours » nous dit l’historien Michel Winock.
Il faut réagir.
 
A partir du 24 novembre (soit seulement 10 jours avant le 1er tour), le général descend (enfin) sur le terrain. Ill enchaîne les meetings et, le 30 novembre, apparaît pour la première fois à la télévision où il pourfend les autres candidats avec verve. Il souligne également les mérites de son action et, avertissant solennellement les Français que leur choix « engagera sans doute pour toujours le sort de notre pays », il réclame d’eux une « adhésion franche et massive » au régime qui est le sien… Trop tard.
 
Le 5 décembre 1965, De Gaulle obtient 43 % des voix : un score décevant pour lui mais que l’on peut aussi interpréter comme un signe de maturité de l’opinion publique française. Désormais placés devant un choix pluraliste et non devant une alternative référendaire comme précédemment (« oui » ou « non »), les électeurs français ont pesé chaque candidat selon ses idées.
 
Pour l’heure, le général-président constate qu’il n’a pas obtenu la majorité absolue dès le premier tour et qu’il est donc « en ballottage »… Contrairement aux critiques et inquiétudes des Cassandre anti-« scrutin universel direct », cette élection n’a donc pas renforcé l’autocratie gaullienne, elle a, au contraire, renforcé le pluralisme. En elle-même, elle a manifestement suscité les passions : avec 15 % seulement d’abstention, il apparaît désormais que le peuple à largement adhéré à son principe. La portée de cet événement n’apparaît pas immédiatement, elle va pourtant être immense pour la suite.
 
Contre toute attente, en ce 5 décembre 1965 et à l’issue du 1er tour de la première élection présidentielle au suffrage universel direct, le général De Gaulle, président en exercice, n’obtient pas la majorité absolue des voix. Avec 43 %, il se retrouve « en ballottage » face au candidat de la gauche, François Mitterrand qui obtient, lui, 32 %.
 
La faute à qui ? On peut citer pêle-mêle la versatilité électorale (historique) des Français ? Leur ingratitude vis-à-vis de celui qui les a, par deux fois pourtant, tiré du bourbier dans lequel le pays pataugeait lamentablement ? Une manifestation d’humeur et de mécontentement ? Mais aussi une forme d’usure du pouvoir du (déjà vieux) général ? La lassitude de la forme de gouvernement qui est la sienne et où les média sont largement inféodés au pouvoir ?
 
Quoiqu’il en soit, à court terme, il semble bien que ce soient les voix de droite modérée apportées à Jean Lecanuet qui aient fait défaut au général et qui (parce qu’elles étaient néanmoins en nombre insuffisant) aient provoqué le duel De Gaulle – Mitterrand qui attend désormais les électeurs… Pour la gauche, cette division de la droite apparaît providentielle et accrédite l’idée, pas encore tout-à-fait exacte, que la France est entrée dans une ère de « bipolarisation » politique qu’elle n’avait pas véritablement connu depuis la fin de la Première Guerre Mondiale.
 
Désavoué par l’opinion, il semble que De Gaulle ait eu un instant d’abattement, songeant un instant à démissionner directement. Pas longtemps. Regonflé par ses conseillers, De Gaulle confirme sa candidature le 8 décembre 1965. Il affrontera donc François Mitterrand au second tour. Mais pas en débat télévisé : le « général-président » n’entend pas se commettre avec l’« aventurier » socialiste. Il rechigne également à pratiquer envers son adversaire la « politique des boules puantes » qu’aurait constitué le rappel aux électeurs de certains épisodes peu glorieux de celui qu’il nomme « l’arsouille » : amitiés suspectes avec les lignes antisémites d’extrême-droite dans les années 30, participation au gouvernement de Vichy et décoration de la francisque par le maréchal Pétain lui-même (1942), faux attentat manigancé contre lui-même avenue de l’Observatoire à Paris (1959)…

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Il préfère jouer sur le terrain sur lequel il excelle : une série d’apparitions télévisées en tête-à-tête avec un journaliste sélectionné (Michel Droit). Tour à tour sérieux, moqueur, cinglant et pittoresque, maniant l’humour et la solennité, De Gaulle s’engage sur tous les terrains où il est critiqué et notamment sur l’Europe, où Mitterrand avance des propositions, espérant récupérer les voix de centre-droit de Jean Lecanuet. « Il ne suffit pas de sauter sur sa chaise comme un cabri en criant l’Europe ! l’Europe ! l’Europe ! Il faut la faire, l’Europe ! » lance-t-il ainsi en gesticulant dans une tirade restée célèbre.

 
Mitterrand, lui, reçoit les soutiens les plus divers et notamment ceux, appuyés de l’extrême-droite, décidée à faire chuter le « lâcheur » de l’Algérie : Maître Isorni (l’avocat de Philippe Pétain à son procès) et Jean-Louis Tixier-Vignancour (candidat au premier tour) appellent à voter Mitterrand !
 
Le 19 décembre 1965, le verdict des urnes confirme la prédominance (toutefois relativement modeste) du vote gaulliste : le général De Gaulle obtient 54,5 % contre 45,5 % à son adversaire.
 
Si De Gaulle se réjouit évidemment de sa réélection, il en est de même pour ses adversaires (du reste, à la fin d’un scrutin, chacun s’auto-congratule vigoureusement : on en a l’habitude). La vraie victoire, toutefois, est ailleurs. Le vainqueur réel de l’élection est immatériel : c’est le principe du scrutin universel direct lui-même. Le taux de participation (85 %) y a été le plus élevé de tous ceux de la Cinquième république, referendums et élections confondues. L’élection du président au suffrage direct s’est d’emblée solidement ancré dans l’histoire. Ceux qui étaient ses adversaires les plus acharnés ne le remettront jamais plus en cause. François Mitterrand, dans les « 110 propositions » qui structureront les promesses de sa campagne électorale pour l’élection de 1981, se contentera ainsi de la proposition du « quinquennat » et / ou « 7 ans non renouvelables », reniant ses convictions passées (signalons que, reniant à nouveau ces mêmes propositions, Mitterrand ne les mettra pas davantage en œuvre et se fera réélire – un comble – une nouvelle fois en 1988…)
 
Mieux, ainsi que le dit l’historien Michel Winock (2005), « le suffrage universel direct, instrumentalisé jadis par les Bonaparte, aurait pu, en 1965, refonder la monocratie gaullienne ; il redonnait au contraire un élan à la démocratie pluraliste. Le paradoxe à effet durable fut que cette procédure de désignation (…) contribua à ce que le général De Gaulle n’avait certes pas voulu : la bipolarisation de la vie politique. »
 
1969 : le général De Gaulle provoque un nouveau referendum (c’est une manie gaullienne). Il s’agit de réformer le Sénat et d’accroître la décentralisation. Pour faire passer cette réforme, il met son poste dans la balance et applique la logique référendaire jusqu’au bout. Désavoué par le vote populaire, De Gaulle quitte le pouvoir.
 
Passons rapidement sur les cinq élections présidentielles suivantes, bien que celles-ci ne manquent pourtant pas de pittoresque : l’essentiel est de voir les grandes étapes de la vie démocratique française qu’elles incarnent. Et de comprendre que, contrairement à la vision académique que l’on peut en avoir, ce moment réserve systématiquement des surprises et, à chaque fois, engage l’avenir. Qu’on se le dise.
 
1969 : S’il est une élection présidentielle qui n’a laissé aucun souvenir, c’est bien celle-ci. Qui se souvient en effet que Georges Pompidou l’emporta par 58 % contre Alain Poher ? Et que, pourtant, il y eut une participation de 78 % ? Dans ce scrutin, la gauche non-communiste est au tapis : 8 % des voix. Il lui faudra le retour de François Mitterrand sur le devant de la scène pour la faire progresser dans l’opinion et lui donner un rôle d’opposition structurée véritable.
1974 : Nous l’avons vu : cette élection présidentielle est fondatrice et inattendue à plusieurs égard. C’est la première fois que deux candidats débattent en direct à la télévision à la veille du second tour. « Monsieur Mitterrand, vous n’avez pas le monopole du cœur ! » Et paf ! Le peuple envoie à l’Elysée le plus jeune président de la république (Valéry Giscard d’Estaing) de son histoire, lequel va profondément renouveler le personnel politique, les pratiques, introduire de multiples innovations gouvernementales et législatives.
 
1981 : « Monsieur Mitterrand, vous êtes le candidat du passé… » « Et vous, Monsieur Giscard d’Estaing, vous êtes le candidat du passif ! » Re-paf ! La France, lasse d’une inflation à 10 % et de deux millions de chômeurs, a soif de changement : c’est l’alternance, la première depuis 1958 ! Le socialiste François Mitterrand est (enfin) élu à l’Elysée. Ce que l’on ne sait pas encore c’est qu’il se succédera à lui-même en 1988 (14 ans de mandat : record à battre) et qu’il assumera, fait nouveau, deux périodes de « cohabitation » en 1986 – 1988 et 1993 – 1995.
 
Dans cette configuration, inédite, le président n’a plus les assemblées comme courroies de transmission de sa politique. Le pouvoir législatif joue pleinement son rôle de contre-pouvoir, et pour cause : la majorité parlementaire y est dominée par l’opposition ! Cette situation inhabituelle provoquera une inquiétude sans précédent dans les esprits français cartésiens et jacobins : qu’elle soit habituelle outre-Atlantique, passe encore… L’on peut attendre n’importe quelle élucubrations de la part des Yankees. Mais en France ? En France, quoi !… Dans les faits, en réalité, les choses se passeront relativement bien. Et puis, de toutes façons, le président, quoiqu’il arrive, détient toujours le pouvoir de dissoudre l’Assemblée Nationale en usant de l’article 12 de la constitution.
La dissolution : voilà une idée qui va paraître géniale au successeur élyséen de François Mitterrand : Jacques Chirac, élu en 1995. Le législatif le soutient trop mollement ? Il convoque des élections pour avoir une majorité plus franche, plus imposante : à sa botte, quoi ! Patatras ! Le Français (versatile) lui octroie une majorité… de gauche « plurielle ». Joli coup, Jacques ! Bah, la cohabitation, maintenant, on commence à en avoir l’habitude et plus personne ne s’en émeut.
 
Personne ne s’émeut également (hélas) de la réforme, pourtant importante, de la durée du mandat présidentielle. Il faut dire que le président en exercice, Jacques Chirac, lance le processus du referendum en juin 2001 pour un vote en septembre suivant : une façon d’escamoter le débat afin de procéder à une réforme hâtive, bâclée et, disons-le, sournoise. Et pourtant ! La république et les institutions auraient mérité mieux et les Français auraient sans doute progressé à réfléchir sur l’équilibre des pouvoirs et l’organisation de l’exécutif. Cette réforme fut « vendue » à l’électeur sur deux idées simplistes :
·         5 ans ce n’est pas trop long et permet de changer relativement rapidement de président (chouette, non ?)
·         les risques de cohabitation sont faibles puisque le mandat présidentiel coïncide avec les élections législatives (pratique, hein ?)
 
Grave méprise, pour ne pas dire tromperie délibérée car :
·         Puisqu’il n’y avait toujours pas de limitation de mandat, le président restait à ce moment bien rééligible potentiellement ad vitam aeternam (cela sera limité en 2008 par Nicolas Sarkozy)
·         Le président conservant toujours la prérogative de la dissolution (art. 12), rien ne l’empêche de provoquer à tout instant de nouvelles élections législatives, donc de décaler de nouveau le rythme des mandats et donc de se retrouver avec, à nouveau, une majorité d’opposition…
 
Mais pour s’en rendre compte, les Français auraient dû y réfléchir Et pendant les vacances, c’est tellement dur de réfléchir, on le sait bien…
 
Passons.
 
C’est en avril 2002 que se noue un nouveau psychodrame dont seul l’Hexagone a le secret. Alors que les sondages prévoient un duel entre Lionel Jospin (Parti Socialiste) et Jacques Chirac (président sortant à la popularité affaiblie), un concours de circonstances cumule à la fois un abstentionnisme inattendu (surtout à gauche) et une forte mobilisation à l’extrême-droite. Le taux de participation est le plus faible à une élection présidentielle : 72 % seulement. Et, le 21 avril 2002, c’est le leader borgne du Front National, Jean-Marie Le Pen qui arrive en seconde position au premier tour, derrière Jacques Chirac (19,88 %) ! Il devance d’une courte tête (avec 16,9 %) le socialiste Jospin seulement crédité de 16,2 % des suffrages. Pour la seconde fois (après 1969), il n’y a pas de candidat de gauche au second tour…
 
La stupeur et le tremblement frappent les média avant que, au second tour, l’increvable Jacques Chirac ne rafle, grâce au report de l’ensemble des voix de gauche, une seconde fois l’Elysée avec un score à faire pâlir d’envie un dictateur de république bananière : 82,2 % Ah ! ah !
 
On ne se répandra pas en analyse politique de café du commerce : vous en avez été submergés en son temps. Rappelons simplement que la sur-médiatisation de la campagne présidentielle de 2002 et sa centralisation excessive sur deux candidats monopolisant les ondes a probablement créé un sentiment de saturation chez l’électeur de base, tenté tout à la fois de s’abstenir et / ou de voter délibérément pour un candidat « secondaire ».
 
Or, ainsi que le dit le professeur à Sc.Po. Paris Dominique Reynié (Le Monde du 15/9/2006) : « L’élection présidentielle est un drame dont les électeurs veulent être les auteurs. S’ils ont le sentiment qu’on les prive de cette dramaturgie, qu’on tente de leur dicter la pièce, il chercheront à reprendre leur place ». Paf !
 
Que personne ne s’y trompe : c’est bien au peuple que doit revenir la place centrale de ce happening politique quinquennal, unique occasion de choisir (éventuellement par défaut) celui ou celle qui dirigera le pays dans les cinq ans à venir.
 
Plus que jamais aujourd’hui, en effet, le (la) citoyenne supporte mal le fossé entre lui et le personnel politique censé le représenter. Désabusé par les chamailleries politiciennes, les ambitions personnelles et l’accumulation des promesses non tenues, inquiet de son propre devenir, le citoyen (quand il décide d’aller voter) fait sur lui-même un effort méritoire d’optimisme pour ne pas tomber dans le panneau du trop facile « tous pourris… » et pour choisir un candidat. Elire le président de la république est donc, pour le citoyen français, un moment privilégié qui doit être préservé.
 
Pourtant, cet acte fort de civisme, de citoyenneté, d’investissement personnel (minimal) dans la vie du pays, certains y sont opposés, et cela dans une attitude réactionnaire inattendue. On a ainsi entendu Michel Rocard, ancien Premier Ministre socialiste, déclarer le 11 septembre 2006 à la télévision (LCI) qu’il était favorable à la « suppression » (ni plus ni moins) de l'élection présidentielle au suffrage universel direct !
 
« Il faut supprimer l'élection du président au suffrage universel. Ce scrutin est aujourd'hui dévoyé » a-t-il affirmé, proposant dans la foulée : « Limitons les pouvoirs du chef de l'Etat à la continuité de l'Etat et la garantie des valeurs suprêmes (sic) et faisons-le élire par le parlement ». « Sans tout ce sacré et cette gravité accompagnant le scrutin présidentiel, les acteurs du débat seraient des professionnels expérimentés ». Or, « Nicolas Sarkozy n’(est) pas tellement plus expérimenté que Ségolène Royal »…
 
Ben, voyons : pourquoi pas une « VIème république » aux bonnes vieilles couleurs de la IVème mais avec le personnel politique des années 70, bien expérimenté, lui ?
 
Cette proposition, a-t-il ajouté, est motivée par son « inquiétude » à propos d’un possible « nouveau 21 avril ». Il n’a en revanche pas parlé des motivations des électeurs à se mobiliser en faveur du candidat du FN ni de celles des socialistes à aller, ce jour du 21 avril 2002, à la pêche plutôt qu’à l’isoloir…
 
Par conséquent, gageons que, sauf confiscation imprévue (mais toujours possible) de la voix populaire, l’élection du président de la république au suffrage universel direct a encore de beaux jours devant elle. Raison de plus pour se payer une bonne tranche de rigolade durant la foire d’empoigne qui s’annonce, scruter avec une crédulité raisonnée les programmes chatoyants qui ne manqueront pas de nous être soumis et, le jour venu, le cœur léger et le pied alerte, aller déposer nos bulletins de vote dans l’urne sacrée de la république.
 
On peut évidemment regretter qu’aujourd’hui, l’« être » disparaisse bien souvent derrière le « paraître » et que l’on « vende » aux électeurs des candidat(e)s comme des vedettes de magazine ou des produits de grande consommation. Gageons toutefois que les futurs candidats, transformés en improbables paquets de lessive ou camembert, garderont en mémoire ce slogan publicitaire des années 80 (qui concernait, précisément, un camembert) : «  n’est pas Président qui veut… ».
 
Président ou présidente…
 
La Plume et le Rouleau © 2006

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