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LA PLUME ET LE ROULEAU

LA PLUME ET LE ROULEAU

200 chroniques éclairent le Présent à la lumière de l'Histoire


1968 : La France pique sa CRISE (2)

Publié par La Plume et le Rouleau sur 12 Mai 2006, 16:18pm

Catégories : #Civilisation - vie politique - société

Cher(e)s Ami(e)s et abonné(e)s,

En cette année 1968, les raisons du mécontentement sont multiples et les causes s’entraînent les unes les autres. Il y a d’abord les revendications salariales.

L’inflation
est en effet à l’époque de 4 % et, en dépit de taux d’intérêts plus faibles que celle-ci (ce qui, ainsi, permet à nombre de citoyens d’accéder facilement à la propriété) le salarié proteste comme l’érosion de son pouvoir d’achat. Il y a aussi l’inquiétude de l’avenir (50 % des 370 000 chômeurs ont moins de 25 ans). Il y a également des revendications relatives à la hiérarchie dans l’entreprise. Mais, et c’est là toute la disparité du mouvement, la CGT entend se battre plus classiquement sur les conditions de travail tandis que la CFDT (taraudée par des éléments plus « gauchistes ») parle déjà, avec audace, d’« autogestion » ! Mais peut-être faut-il voir dans tout cela, comme le propose le journaliste Pierre Viansson-Pontet dans un célèbre article du Monde du 15 mai 1968 une manifestation de l’oisiveté de certains, trop heureux, trop bien nourris et qui manifestent pour tromper l’ennui de nanti qui les ronge…

Relisons-en les premières lignes. « La jeunesse s'ennuie. Les étudiants manifestent, bougent, se battent en Espagne, en Italie, en Belgique, en Algérie, au Japon, en Amérique, en Egypte, en Allemagne, en Pologne même. Ils ont l'impression qu'ils ont des conquêtes à entreprendre, une protestation à faire entendre, au moins un sentiment de l'absurde à opposer à l'absurdité. Les étudiants français se préoccupent de savoir si les filles de Nanterre et d'Antony pourront accéder librement aux chambres des garçons, conception malgré tout limitée des droits de l'homme. (…) Seuls quelques centaines de milliers de Français ne s'ennuient pas : chômeurs, jeunes sans emploi, petits paysans écrasés par le progrès, victime de la nécessaire concentration et de la concurrence de plus en plus rude, vieillards plus ou moins abandonnés de tous. Ceux-là sont si absorbés par leurs soucis qu'ils n'ont pas le temps de s'ennuyer, ni d'ailleurs le cœur à manifester et à s'agiter ».

Alors, tant bien que mal, les syndicats tentent donc de canaliser un mouvement qui, dans les faits, leur échappe. Mais ils refusent, à l’usine Renault de Boulogne-Billancourt, d’ouvrir la porte aux manifestants étudiants venus à leur rencontre. Les ouvriers non qualifiés n’ont en réalité que méfiance et mépris pour ces élèves pour la plupart issus de classes favorisées et qui se prétendent plus révolutionnaires que les prolétaires eux-mêmes. Les étudiants repartiront finalement, bredouilles et dépités de n’avoir pu faire la jonction des « intellectuels » avec la « classe ouvrière »...

Les centrales syndicales veulent régair face à cette situation mal maîtrisée. Avant que celle-ci ne devienne carrément incontrôlable et dans l’espoir de canaliser le mécontentement, elles avertissent donc solennellement le gouvernement qu’elles sont « prêtes à négocier ». C’est une façon de faire revenir la situation dans un processus plus classique et bien rodé de négociation avec le patronat et les pouvoirs publics.

Le 22 mai, profitant de ce que Daniel Cohn-Bendit se soit rendu en Allemagne (rappelons qu’il est de nationalité allemande et non française), le gouvernement décide son… interdiction de séjour. Crac ! L’activiste emblématique du mouvement étudiant ne peut donc plus revenir en France ! Bon débarras. Des manifestations se développent alors le soir même en faveur de « Dany-le-rouge », que la CGT désavoue immédiatement et ouvertement. Les affrontements vont durer jusqu’à 4 heures du matin. Les pavés volent bas.

Alors, quand tout fout le camp, il faut appeler quelqu’un à la rescousse. Typiquement (on commence à en avoir l’habitude) : le général De Gaulle. C’est donc le moment que choisit le général, jusqu’ici étrangement absent, pour essayer de reprendre la situation en main. Le vendredi 24 mai 1968, De Gaulle apparaît solennellement sur les écrans de télévision pour, dans son style inimitable, parler une fois de plus à la France, les yeux dans les yeux. On attend beaucoup de cette intervention. Jusqu’ici, jamais le général n’a déçu dans son utilisation de la lucarne magique, dont il sait parfaitement jouer. On l’attend sur la crise étudiante, les violences, les réformes, les négociations avec les syndicats ? Il propose un referendum sur… la participation des salariés ! Et il le promet : en cas d’échec à ce referendum (dont tout le monde, à cet instant, se contrefout), il démissionnera ! (par parenthèse, notons que ce n’est pas le genre à se maintenir en cas de désaveu électoral massif, lui.) Mais passons… Ce soir-là, de son propre aveu après coup, De Gaulle va « mettre à côté de la plaque ».

Sa proposition tombe évidemment complètement à plat. On croit rêver ! Partout, c’est la déception et la colère vis-à-vis d’un gouvernement manifestement sourd et aveugle. L’historien Jean Lacouture, alors journaliste au Monde, décrit les manifestants étudiants qui défilent gare de Lyon, à Paris  et « la foule chevelue, militante, et sarcastique qui s’assemble avant de submerger Paris en courses provocantes ».  Des affrontements violents ont de nouveau lieu à Paris et en province durant la nuit. Ce n’est qu’à 5 heures du matin, le samedi 25 mai 1968, que la police parvient enfin à disperser les manifestants du Quartier Latin. Le calme revient sur des rues dévastées et sur un bilan de 500 blessés et 2 morts (accidentelles, l’une à Paris et l’autre à Lyon).

Le gouvernement Pompidou ouvre alors, dès le dimanche 26 mai, les négociations avec les syndicats au Ministère des Affaires Sociales, quai de Grenelle à Paris. Au matin du lundi 27 mai 1968, au terme de 25 heures de négociations, les syndicats, le CNPF (le « Medef » de l’époque) et le gouvernement se séparent sur un accord. Tout le monde respire. La crise doit maintenant pouvoir se dégonfler.

Les « avancées sociales » obtenues par les syndicats, pourtant, sont plutôt minces. Le SMIG (ancêtre du SMIC) est certes fortement relevé et les salaires sont majorés de 7 % dans la plupart des « branches » (le terme n’existe plus aujourd’hui). Mais les réductions de la durée de travail sont limitées à certains secteurs seulement, le paiement des journées de grèves ne se fera qu’à hauteur de 50 % et il n’y a qu’un simple engagement du gouvernement sur un projet de loi (à venir) relatif au droit syndical dans l’entreprise. On attendait un remake de 1936 et du Front Populaire ? On a droit à de timides concessions de la part du système capitaliste bourgeois ! On a confisqué la révolution prolétarienne !

C’est ce que les ouvriers grévistes de Renault vont dire à Georges Séguy, secrétaire général de la CGT, dès le lundi matin, alors que celui-ci vient à Billancourt faire du triomphalisme auprès d’eux. Ils accusent Séguy de les avoir trahis et… rejettent massivement les accords ! Les grèves, partout en France, se poursuivent. La France s’enfonce dans une crise qui menace d’être insurrectionnelle.

Le soir même du 27 mai, un énorme meeting se tient au stade Charléty (13ème arrondissement). Il est organisé par le syndicat étudiant, l’UNEF, appuyé par la frange la plus gauchiste des socialistes (le PSU, dont Jean-Pierre Chevènement sera plus tard membre) et la CFDT. Pierre Mendès France y est ostensiblement présent, sans intervenir. Le cégétiste Georges Séguy, déjà humilié par ses propres troupes, ainsi que les communistes y font là l’objet d’attaques violentes de la part des orateurs. Sans surprise : le matin même, le quotidien communiste L’Humanité a mis en garde ses lecteurs « contre les manifestations décidées en dehors des organisations ouvrières ». Le PCF tente comme il peut d’affaiblir le mouvement en continuant de revendiquer l’unique légitimité de la lutte contre le patronat et en faveur des prolétaires (de tous les pays).

Le lendemain, 28 mai 1968, François Mitterrand, véritable aventurier politique qui attend son heure, sort du bois. Lors d’une conférence de presse qu’il a convoqué personnellement, le leader de la FGDS (Fédération de la Gauche Démocratique et Socialiste, rappelons-le) prédit l’échec du referendum proposé par De Gaulle (si celui-ci est maintenu). Faisant donc l’hypothèse logique de la démission du général, il annonce… sa candidature à la présidence de la république ! En disant cela, il affecte délibérément d’ignorer les termes de la Constitution de la Vème république, qui prévoit, dans le cas d’une démission du Chef de l’Etat, que celui-ci est remplacé, de droit, par le président du Sénat. Par ailleurs, rappelons que, juridiquement, dans un tel cas de figure, le gouvernement n’est aucunement contraint lui aussi de démissionner (dès lors que le Parlement lui accorde sa confiance). Qu’importe ! Mitterrand préconise avec aplomb la mise en place immédiate d’un « gouvernement de gestion » dont, par modestie, il laisserait la présidence à Pierre Mendès France...

Fureur du PCF qui déteste Mendès France (lequel lui rend bien) et qui riposte : « Il n’y a pas en France de politique de gauche et de progrès social sans le concours actif des communistes ! ». Les communistes craignent en effet que, formant un gouvernement à la hussarde, la gauche non-communiste d’un Mitterrand allié à l’extrême-gauche les exclut complètement. Ils manifestent alors à leur tour le 29 mai. Vous l’aurez compris, nous entrons là dans une phase de politique politicienne où chacun fourbit, de plus ou moins bonne foi, des armes en vue de l’hallali sur un gouvernement qui vacille. Dans ces circonstances, tout est possible. Et le pire également.

Qui, dans la mêlée, va réussir à rafler le pouvoir et s’imposer ?

En cette fin de mai 1968, c’est vraiment la « chienlit » en France. Dans ces circonstances, afin de délaisser quelque temps ce qu’il nomme « la cocotte-minute », le général De Gaulle tente une manœuvre hardie qui laisse tout le monde perplexe. Il décide de pratiquer la politique de la chaise vide en… quittant le pays de façon impromptue ! Il prend un hélicoptère et s’envole en direction de l’Allemagne, direction : Baden-Baden. (personne, en France, ne sait en réalité à ce moment où est parti le président de la république !). Baden-Baden est la base française en Allemagne où vit le général Jacques Massu, baroudeur au franc-parler et qui dirige les forces armées françaises stationnées outre-Rhin. Cette vacance du pouvoir crée l’inquiétude dans l’opinion française mais, en politique comme ailleurs, la nature a horreur du vide. Le soir même du 29 mai 1968, à 21 h 30, Pierre Mendès France annonce à l’Assemblée nationale qu’il se tient prêt à prendre la direction d’un « gouvernement provisoire ». Sans doute De Gaulle comprend-il à ce moment que sa manœuvre a échoué. Loin de créer une onde de choc le rappelant au pouvoir, sa disparition a au contraire déchaîné les ambitions les plus immédiates. Il revient à Paris dès le lendemain.

Disons-le clairement : dans ce épisode germanique, les intentions du général resteront à jamais dans le secret de l’âme de l’intéressé. Dans ses mémoires, l’amiral Philippe De Gaulle (son fils), qui était du voyage, a évidemment vigoureusement réfuté les souvenirs de Massu. Ceux-ci peignaient en effet un De Gaulle affolé, indécis, envisageant l’utilisation des chars d’assaut pour mater les manifestants et auquel le général Massu aurait remonté le moral en l’assurant de la fidélité de l’armée d’Allemagne ! Toujours est-il que De Gaulle, par son départ inopiné puis son retour quasi-immédiat, a en fait détourné l’attention portée jusque-là par l’opinion aux agitateurs politiques de tout poil. Il a désormais focalisé les regards sur lui : on attend maintenant de savoir ce qu’il va faire. 

Le général ne perd pas de temps : l‘après-midi même du 30 mai, à 16 h 30, il parle à la radio (genre "appel du 18 juin"...). De Gaulle dramatise la situation (qui est tout de même grave, reconnaissons-le) : « La France est menacée de dictature ». Il se veut tout à la fois historien et prophète : « On veut la contraindre à se résigner à un pouvoir qui s’imposerait dans le désespoir national (…), lequel serait celui du communisme totalitaire ». Le général fait là, évidemment, référence à la défaite de 1940 qui avait plongé la France dans la stupeur puis la résignation au pétainisme. Mais il explique que l’ennemi, aujourd’hui, a changé de visage : c’est désormais le totalitarisme gauchiste introduit grâce aux manœuvres, à « la haine et la rancœur de politiciens aux rancart » ! Des pétainistes aux socialistes en passant par les communistes et les gauchistes, chacun a donc droit à la volée gaullienne de bois vert ! Pour terminer, l’annonce clairement « Je ne me retirerai pas ! » et annonce qu’il dissout l’Assemblée nationale pour convoquer des élections législatives. Le peuple français va donc, démocratiquement, dénouer la crise fomentée par une poignée d’activistes et que quelques aventuriers de la politique tentent de récupérer. Ces élections sont largement acceptées par toutes les formations politiques.

Les Parisiens descendent alors immédiatement dans la rue mais, cette fois, pour une immense manifestation de soutien au retour à l’ordre qui se déroule sur les Champs-Élysées, avec au premier rang André Malraux et Michel Debré. Le lendemain, d’autres manifestations ont lieu en province. La suite des évènements traduit le retour progressif à la normale, même si le pays va rester encore plusieurs jours perturbés par des grèves. Le journal L’Humanité, avec un aplomb invraisemblable, écrit triomphalement le 6 juin 1968 : « Forts de leur victoire, des millions de travailleurs reprennent le travail ! ». Au vrai, quelques minoritaires occupent encore des usines alors que même les profs (!) reprennent le travail. Le 16 juin, la Sorbonne est évacuée de ses derniers irréductibles. Les 23 et 30 juin, des élections législatives ont lieu. Elles aboutissent à un raz-de-marée gaulliste. Ceux-ci et leurs alliés récoltent 75 % des sièges.

Fin de l’intermède insurrectionnel.

Mais pas fin de ces chroniques. Car il nous faut maintenant conclure et tirer quelques leçons de cet épisode, essayant en cela de synthétiser les multiples interprétations qui en ont été faites. Pour les uns (tel le philosophe de droite Raymond Aron et sa « révolution introuvable »), il s’agit d’une comédie révolutionnaire jouée par des étudiants en mal de défoulement : ceux-ci, du reste, n’ont jamais été pris au sérieux par les vrais prolétaires qui, pour leur part, n’avaient aucunement envie de faire réellement aboutir le « grand soir ». Tout cela ne fut qu’une mascarade, tant les discours tenus furent divers, tant les objectifs des acteurs furent même souvent opposés et tant les résultats apparaissent bien peu significatifs. Mais encore ?

Quels sont les « perdants » de mai 68 ?

Le PCF l’est, incontestablement, tant il fut débordé par un mouvement dont les leaders les plus activistes (les Trotskistes, Maoïstes et tous les divers gauchistes) en étaient aussi les ennemis les plus acharnés. Jean-Paul Sarte le synthétisera impitoyablement : « Les communistes ont peur de la révolution ». La répression soviétique du Printemps de Prague, cette même année 1968, achèvera de dissiper les derniers doutes : le communisme n’est pas une révolution, juste une oppression. Le déclin électoral s’amorce et va être irrémédiable.

Le général De Gaulle l’est également. Contestée par des étudiants trop jeunes pour se rappeler en lui l’homme du 18 juin 1940 ou du dénouement de la crise algérienne, le général est apparu comme l’incarnation de la société de l’époque : l’homme de l’ordre établi et du conservatisme social. Il ne se sort de la crise que de justesse et son escapade en hélico va durablement marquer les esprits.

L’autorité, au sens large, est la grande perdante de la crise. De l’avis même de tous les contemporains, 1968 constitue ce point de rupture à parti duquel les relations entre et à l’intérieur des groupes sociaux ne seront plus jamais les mêmes. Que ce soit à l’école, en famille, dans l’administration, dans les entreprises, dans l’Eglise ou dans l’armée, il y aura désormais un « avant » et un « après » mai 1968. Cette transition, au vrai, ne fut pas propre à la France mais ce fut seulement là qu’elle fut vécue de façon si… chahutée. Elle s’est faite entre une société régie par des codes (de langage, de vêtements, d’attitude) et une société dont les acteurs s’en seront émancipés. Avant 1968, le chanteur Claude François porte encore des cravates et Johnny reste bien coiffé. Après 1968, les idoles des jeunes commenceront à porter les cheveux longs tandis que les adolescentes commenceront, elles, à abandonner leurs jupes pour enfiler des pantalons ! Derrière la revendication collective de « décoincer » la société, mai 1968 a bien caché l’affirmation d’un nouvel individualisme, individualisme qui ne nous a pas quitté et qui a encore sans doute de beaux jours devant lui.

En ce sens, pour d’autres, plus sincèrement idéalistes et qui souhaitaient le renversement de l’ordre bourgeois établi, mai 68 fut une « révolution trahie » et « confisquée ». D’ailleurs , les anciens « soixante-huitard » ne se sont-ils pas objectivement « embourgeoisés », se recyclant dans le show-business ou la politique professionnelle (tel Cohn-Bendit) ?

Dans ces conditions, les « gagnants » de mai 68 sont moins bien faciles à trouver.

Les institutions, d’abord, sortent renforcées des évènements. Ca n’a l’air de rien, vu comme cela. Pourtant, un système de gouvernement ne fait réellement la preuve de son efficacité que dans les moments difficiles. La crise de mai 68 aura montré combien l’organisation des pouvoirs publics, avec la distribution des rôles qui était la leur, ont pu en sortir indemnes. Les successeurs de De Gaulle, du reste, se garderont bien de toucher aux institutions, quand bien même ils les auront, tant de fois, critiqué…

La société française, d’une manière générale, qui se sera, d’un coup et dans la violence, dépoussiérée de modes de fonctionnement désormais dépassés. A ce titre, après la courte pause pompidolienne (1969 – 1974), la France entrera de plain-pied dans l’ère des réformes de tous bords avec Valéry Giscard d’Estaing. Nous y reviendrons sans doute dans un cette autre chronique.

Ainsi peut-on, comme l’historien Michel Winock, « discerner dans l’événement une étape éruptive de la nouvelle révolution individualiste qui aura marqué le XXème siècle » : un XXème siècle emblématique à la fois de la culture de masses et de la revendication individuelle.

Les manifestations récentes contre le CPE (printemps 2006) se sont bien inscrites dans le prolongement de mai 1968 mais avec des variations notables. Elles ont débuté, elles aussi, par une agitation étudiante qui a surpris puis débordé les organisations syndicales, lesquelles ont ensuite tenté de les encadrer et de les récupérer pour des revendications plus classiques et mieux rodées. Mais ces manifestations ont résolument voulu conserver un caractère festif et non-violent : tambours, slogans humoristiques et maquillages ont remplacé les barricades et les jets de pavés. Contrairement à celles de 1968, elles n’ont jamais pris un tour contestataire contre l’ordre institutionnel ou économique établi. Et, convenons-en, à l’exception d’une infime minorité de contestataires systémiques, prônant (comme à l’université de Rennes) la « rupture avec le capitalisme », ce ne sont pas MOINS d’encadrement et de rigidité qu’elles demandaient mais PLUS de garanties, au contraire, plus de prestations et de renforcement des mécanismes protecteurs socio-économiques de la société pour défendre leur avenir dans le type de société actuelle. D’ailleurs, c’est ce que pense aujourd’hui Daniel Cohn-Bendit (voir son site web) !

Quand leurs aînés ne voulaient pas d’un travail les obligeant à contribuer à la production de la richesse au bénéfice d’une société bourgeoise et capitaliste, les jeunes d’aujourd’hui veulent, au contraire, bénéficier pleinement, et avec le minimum de risques et de précarité, de cette société de consommation qui leur offre (n’est-ce pas ?) tant de bienfaits…

Bonne journée à toutes et à tous.

La Plume et le Rouleau © 2006

Mai 68 ne fut pas les seuls évènements difficiles de la vie de Charles De Gaulle, découvrez la débâcle de 1940 et l'appel du 18 juin, les vicissitudes de ses relations avec Churchill, la tentative de putsch des généraux d'Algérie ou encore les tentatives d'assassinat qu'il essuya.

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La semaine "des barricades" du 6 au 13 mai 1968 vue par les Actualités Françaises - Archives INA

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Danièle 07/02/2010 17:26


Merci beaucoup pour cet excellent article sur mai 1968. Je m'en suis servi pour faire un résumé sur l'argument en vous citant comme source. J'ai également établi un questionnaire sur ce résumé que
je peux mettre à votre disposition si cela peut vous intéresser.Ce travail s'adresse à des élèves italiens niveau B1/B2.
Cordialement
Danièle Gau prof de FLE à GENES en Italie.


Hervé 08/02/2010 15:34


Merci pour vos encouragements et bon courage pour votre travail !
La prochaine chronique devrait paraitre (si j'ai le temps fin fevrier / début mars 2010)


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