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LA PLUME ET LE ROULEAU

LA PLUME ET LE ROULEAU

200 chroniques éclairent le Présent à la lumière de l'Histoire


1978 : JEAN-PAUL II, un pape pas comme les autres

Publié par La Plume et le Rouleau sur 16 Octobre 2001, 14:28pm

Catégories : #Personnalités célèbres

Mes Chers Amis,
 
Aujourd’hui, bonne fête aux Edwige ! (Il y en a parmi les lectrices)
 
Sainte Edwige a une cathédrale élevée en son honneur à Berlin. Dans les années 30, des représentants de la Gestapo vinrent interroger un jour monseigneur Lichtenberg, doyen de la cathédrale Sainte-Edwige à propos de ses sentiments à l’égard du régime nazi. Il leur répondit :
 
« Oui ! Je n’ai qu’un führer : Jésus-Christ. »
 
Cette réplique ne permit hélas pas à ce malheureux de sortir vivant de la seconde guerre mondiale.
 
Revenons au sujet de cette chronique, dans un registre pas si éloigné puisque c’est d’un autre homme de conviction que je vais vous parler aujourd’hui.
 
Remontons le cours du temps... et observons ce « loft story » (une émission de "téléralité" du début des années 2000) avant l’heure qui se déroulait en le 16 octobre 1978.
 
Retrouvons-nous dans une grande capitale européenne. 111 hommes célibataires y ont accepté de se retrouver enfermés dans une demeure située en centre ville. Ils ont été réunis la veille et ont vécu là ensemble seulement 24 heures. Pendant ce temps, dehors, le public et la presse se penchaient sur leurs moindres faits et gestes : que font-ils ? que disent-ils ? Est-ce que Machin est copain avec Truc ? Est-ce que Bidule ne préfère pas Chose ? Pourquoi Untel est-il si hostile à Telautre ?
 
Maintenant, en ce 16 octobre 1978, la minute décisive est arrivée. La réclusion volontaire de ces individus va prendre fin, à l’issue d’un vote opéré entre les membres du groupe.
 
De ce groupe, l’un des participants va sortir. Et vous savez quoi ? Il sera applaudi, ovationné, photographié par la foule, la presse et les caméras de TV qui l’attendent avidement. On écoutera ce qu’il dit avec dévotion, on l’interviewera à la TV, à la radio et on reproduira ses moindres déclarations dans tous les journaux. On accrochera ses photos dans les chambres d’enfants, enfants qui n’hésiteront pas à se précipiter vers lui pour le toucher et l’embrasser. Tout comme la foule, du reste, qui prendra l’habitude de l’attendre des heures sous la pluie ou le soleil pour l’entr’apercevoir à sa fenêtre. Ce sera la gloire. Si l’homme veut raconter ses souvenirs, le succès du moindre livre lui est d’ores et déjà assuré : des tirages par milliers l’attendent.
 
Et voici que, vous l’avez deviné, à la fenêtre du Vatican qui donne sur la place Saint-Pierre de Rome, s’avance un cardinal qui annonce à la foule : « Habemus Papam ! » (Nous avons un pape !).
 
Une clameur lui répond.
 
La foule retient son souffle. Le cardinal donne le nom de l’(heureux) élu : il s’agit du cardinal... « Woj-ty-la ».
 
Alors là, la stupeur est complète. Le public, qui s’attend à un pape d’origine italienne est pris au dépourvu. C’est un africain pensent certains observateurs ? Non, il s’agit d’un... polonais.
 
Vous l’avez compris, il y a 23 ans aujourd’hui exactement, le pape Jean-Paul II était élu.
 
Un polonais à Rome, c’était déjà une première dans l’histoire du Vatican. Et, vous l’allez voir, ce pape décidément pas comme les autres va vite devenir, et pour longtemps, un spécialiste des « première fois » et s’imposer incontestablement comme une personnalité majeure de cette fin de XXème siècle (XXème siècle de l’ère chrétienne évidemment). 
Disons brièvement que Karol Wojtyla est né en 1920 (le 18 mai, jour d’une éclipse de soleil !), qu’il a échappé au travail forcé en Allemagne et est devenu séminariste clandestin puis fut ordonné prêtre à 26 ans. Formé chez les Dominicains à Rome, il continuera à enseigner la philosophie à Lublin en Pologne.
 
Ayant gravi les échelons de la hiérarchie épiscopale jusqu’à la fonction de cardinal, il a, pour être élu pape, bénéficié tout à la fois d’un concours de circonstances et d’un large consensus. Au terme des premiers tours de scrutin, en effet, ni le cardinal Siri (de Gênes, opposé à Vatican II) ni le cardinal Benelli (de Florence, héritier spirituel de Paul VI) n’avait pu s’imposer véritablement.
 
Les cardinaux du Sacré Collège choisirent donc de s’orienter vers un pape issu d’une grande nation chrétienne non italienne. La France, l’Espagne, l’Autriche furent évoquées sans convaincre. L’Asie et l’Afrique étaient encore considérées comme des terres de mission, quant aux Etats-Unis, le catholicisme y était minoritaire.

Parallèlement, les cardinaux étaient à la recherche d’un homme relativement jeune, dont la bonne santé permettrait d’assurer un pontificat long et stable (n’oublions pas que Jean-Paul 1er venait de mourir inopinément le 28 septembre 1978 après 33 jours d’exercice de sa charge).
 
Le choix se porta donc sur Karol Wojtyla : un homme encore jeune (58 ans), issu d’un pays où le christianisme résistait avec succès à l’emprise du marxisme et qui avait joué un rôle important lors du concile de Vatican II. La synthèse idéale des aspirations de continuité et de modernité, quoi.
 
Sous le nom de Jean-Paul II, Karol Wojtyla, fut donc le 264ème pape à s’asseoir sur le trône de Pierre et à conduire les destinées du peuple chrétien : tout à la fois le pape le plus jeune du XXème siècle, le premier pape non italien depuis 455 ans, le premier pape polonais tout court (c’est vraiment le roi, osons même dire « le pape », du cumul !).
 
Dressons un petit (et forcément incomplet) tableau d’un pontificat bien rempli car ce pape aura étonné tout le monde par une activité intense :
 moderne et « médiatique », il entretient sa bonne santé par des exercices sportifs comme la natation (première fois que l’on montre un pape en maillot de bain !)
- il aura enraciné définitivement sa popularité quand (pour la première fois encore), il est victime d’un attentat sur la place Saint-Pierre même (1981). Non seulement il s’en sort, démontrant sa vitalité exceptionnelle, mais le Vatican diffuse des photos de son lit de douleur et publie son bulletin de santé (du jamais vu là non plus). 

Mieux, contre toute attente, il demande à recevoir (c’est incroyable) son assassin en tête-à-tête, le Turc Ali Agça, et lui pardonne publiquement son geste.

L’ « athlète de dieu » comme on le surnommera une presse jamais avare de formules aussi "choc" que creuses, démontrera alors, outre un courage indéniable, son abnégation personnelle complète au bénéfice de sa mission pastorale et son respect absolu des commandements christiques de pardon et de miséricorde. 

Car, ne nous y trompons pas, Jean-Paul II, moderne dans son comportement, reste avant tout le défenseur inflexible des dogmes de l’Eglise :

- il mène une lutte inlassable contre le communisme et le marxisme, sans que son rôle direct dans la chute de celui-ci ne puisse jamais être clairement identifié

- il dénonce parallèlement avec autant de vigueur la pauvreté et l’asservissement provoqué par le capitalisme tout en refusant la moindre concession aux prêtres sud-américains partisans de la « théologie de la Libération »

- défenseur des principes du Concile de Vatican II, il s’oppose vigoureusement aux « rebelles » de monseigneur Lefebvre et excommunie celui-ci et 5 de ses « évêques » (2 juillet 1988)

-  il n’en est pas moins sévère avec l’agitation provoquée par le provocateur évêque français Mgr Gaillot et oppose une fin de non-recevoir aux suggestions de réforme concernant le célibat des prêtres

-  érudit et universitaire, il rédige plusieurs encycliques dont les thèmes concernent surtout l’aspect social du christianisme et la critique aussi bien de l’individualisme, du capitalisme que du marxisme (la dernière date de septembre 98)

- il est à l’origine du nouveau catéchisme de l’Eglise de 1992, plus accessible dans la forme mais toujours aussi dogmatique sur le fond

- il défend avant tout, depuis toujours, le caractère sacré de la vie humaine et dénonce sans répit le contrôle des naissances, l’avortement, les expérimentations menées sur les cellules embryonnaires même à des fins thérapeutiques. Cohérent avec ses convictions, il s’oppose aussi résolument à la peine de mort, qu’il juge « cruelle et inutile ». Il demande systématiquement la grâce des condamnés à chaque exécution dont il a connaissance. Il l’obtient parfois (notamment par deux fois aux Etats-Unis en 1999, dont l’une pour un triple meurtrier) et évoque inlassablement la question quand chaque occasion se présente (encore lors de sa rencontre avec George W. Bush)

- fort érudit, il maîtrise plus d’une dizaine de langues et a des notions d’une vingtaine d’autres, il s’adresse toujours dans leur langue aux fidèles de tous les pays (un effort systématique que personne ne faisait avant lui)

d’ailleurs, il voyage comme un fou, effectuant plus de 30 voyages entre 1978 et 1988 et près de 60 entre 1988 et 2001 (il tient le record papal en ce domaine, et de loin)

il marque à chaque fois sa bonne volonté et son humilité en embrassant avec ostentation le sol qu’il foule (ça ne s’était jamais fait)

partisan actif de l’oecuménisme et de la paix, il appelle (c’est encore une première) en 1986 les représentants des autres religions à venir prier avec lui à Assise ; il intervient constamment dans le champ politique des relations internationales par ses exhortations à la négociation, à la modération et au respect des peuples à disposer d’une terre : Amérique du sud, Afrique, Proche-Orient et tout récemment encore à propos de l’Afghanistan

il n’hésite pas à reconnaître et à déplorer publiquement les erreurs de l’Eglise (l’Inquisition et les guerres de religion) ou ses insuffisances (face au nazisme) 

 
Indépendamment des sentiments qu’il suscite, Jean-Paul II n’aura pas laissé indifférent. Mais après lui, qui ?
 
La Plume et le Rouleau est assurément plus à l’aise pour scruter le passé que pour prédire l’avenir. Je me réfèrerai donc aux prophéties laissées par Malachie (évêque irlandais du XIIème siècle) : celui-ci donna en effet la liste des 112 papes devant se succéder depuis Célestin II (1143) jusqu'à la fin présumée de l'Eglise Catholique. Cette liste se présente sous la forme de 112 devises latines.
 
Je vous livre celles qui nous intéressent.
 
Jean-Paul Ier (1978) - Prophétie 109 : "De medietate lunae" : La moitié de la lune (il semblerait qu’il fût élu lors de la demi-lune, il mourut un mois, donc lors d’une demi-lune aussi, plus tard).
 
Jean-Paul II (pape depuis 1978) - Prophétie 110 : "De labore solis : Le travail du soleil". Ce pape vient de l'Est où se lève le soleil et c’est, objectivement, un gros bosseur. Mais, mais...! JP II serait donc l’avant-avant-dernier pape ? Voyons cela !
 
Pape suivant - Devise 111 : "La gloire de l'olivier"

Le futur pape sera- t-il d'origine juive (symbolisé par l'olivier) ? ... tel Monseigneur Jean-Marie Lustiger ... ? A voir.  (*)
 
Alors, et après ? Dernier pape !
 
"Prophétie 112" : Pendant la dernière persécution que souffrira la Sainte Eglise romaine, siègera Pierre le Romain. Il paîtra les brebis au milieu de nombreuses tribulations. Celles-ci terminées, la ville au sept collines (Rome) sera détruite : et le juge redoutable jugera le peuple.
 
Quoi ?
 
Mais alors, la fin du monde est pour bientôt ? La FIN du monde ? La FIN DU MONDE ? Il faut dire qu’au train où vont les choses en ce moment, il est permis de se le demander.
 
Alors, dans le doute, vivons, buvons, rigolons et, avec ou sans pape, donnons au moins un coup de main à notre prochain.
 
Bonne journée à tous.

D'autres histoires de papes ? (Re)décourez
Pie XI !

La Plume et le Rouleau © 2001 mise à jour 05/2013
 
(*) le successeur de JP II sera finalement Joseph Ratzinger, de nationalité allemande, sous le nom de Benoï XVI, il démissionnera de ses fonctions avec effet au 20/02/2013. Il sera lui-même remplacé par le cardinal Jorge Bergoglio, qui prendra simplement le nom de "François".

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