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LA PLUME ET LE ROULEAU

LA PLUME ET LE ROULEAU

200 chroniques éclairent le Présent à la lumière de l'Histoire


1979 : L'IRAN, du Shah aux mollahs (2)

Publié par La Plume et le Rouleau sur 12 Juin 2006, 15:16pm

Catégories : #Civilisation - vie politique - société

Cher(e)s ami(e)s,

1952
 
La situation empire encore à la suite d’un rapport d’experts français révélant les malversations du fonctionnement de l'Anglo-Iranian  Company (corruption, dissimulation de recettes...) : Mossadegh rompt les relations diplomatiques avec Londres ! Les marchés se ferment alors au pétrole iranien. La crise économique qui s’ensuit se double d’une crise politique entre Mossadegh et le Shah. Car celui-ci subit la pression des Anglais et des Américains pour se débarrasser de ce premier ministre socialiste. Le Shah tergiverse tandis que l’armée s’agite. La menace d’un coup d’état par les militaires se précise : le Shah veut à tout prix l’éviter s’il veut conserver le pouvoir. C’est finalement Mossadegh qui démissionne en 1952.
 
Mais des insurrections éclatent : la population demande le rappel au gouvernement du seul homme qui a eu le courage de se dresser contre l’impérialisme occidental.
 
Au bout d’un mois, c’est chose faite. Le Shah s’incline. Cette fois, ce sont les Anglo-saxons qui sont furieux.
 
Plus que jamais, la situation est instable en Iran.
 
1953
 
En août 1953, un referendum est organisé pour soutenir Mossadegh. Celui-ci a réussi à rallier à sa cause les religieux qui font bloc avec les laïcs face au pouvoir du Shah, hésitant. Mossadegh entend alors dissoudre le « Majlis » (Parlement) pour obtenir une majorité démocratique lui permettant d’accélérer les réformes.
 
Cette fois, le Shah refuse ouvertement. Il tente d’arrêter Mossadegh qui se cache ! De nombreuses émeutes secouent alors à nouveau le pays pour soutenir le Premier Ministre. La situation est très confuse : devant les troubles, le Shah est même contraint de quitter le pays à la mi-août. Mais, avec l’aide des services secrets américains et anglais (opération « Ajax »), il revient quelques jours plus tard et, appuyé par l’armée, reprend le contrôle de la situation. La répression s’abat férocement sur les émeutiers. Le Shah fait enfin arrêter Mossadegh (celui-ci mourra en 1967) après avoir tenté, sans succès, de le tuer en bombardant son domicile ! L’ordre est rétabli par la force.
 
A ce stade, une conclusion temporaire s’impose. 
Les nationalistes iraniens ont donc échoué dans leur tentative d’affranchir le pouvoir politique du pays du joug de l’impérialisme occidental. Les Etats-Unis et l’Angleterre, une fois de plus, se sont ingérés dans les affaires intérieures du pays et le Shah est désormais clairement désigné comme leur marionnette. Mais, de cet épisode, les Américains n’ont tiré aucune leçon : ils se sont contentés de jouer un camp contre l’autre et d’utiliser la force pour faire triompher leur « champion ».
 
Les Etats-Unis n’ont aucunement pris la mesure de la psychologie iranienne, des aspirations populaires profondes et encore moins compris les risques de manipulation que certains opposants font peser sur l’opinion, spécialement les religieux. Ils n’ont pas envisagé d’alternative au Shah. Ils n’ont aucunement soutenu les initiatives d’opposants religieux modérés ou de bourgeois laïcs. Ils se sont contentés de défendre leurs intérêts économiques et financiers à court terme et ont, avec leur optimisme aveugle habituel, misé sur les succès qu’apporteraient nécessairement au peuple iranien les bienfaits des réformes de modernisation occidentale du Shah.
 
Encouragé par ce soutien et soucieux de reconquérir une popularité bien écornée, Reza Shah renforce donc sa politique de modernisation du pays.
 
1957
 
Du côté de la vie sentimentale et conjugale du souverain, les choses sont également agitées et le monarque a des préoccupations concrètes. Dans la rubrique « people », signalons donc que, en 1957, toujours sans héritier après son second mariage, Reza répudie la princesse Soraya Esfandiary.
 
1959
 
Le temps de trouver une troisième candidate, il convole finalement en justes noces, pour la troisième fois, le 21 décembre 1959, avec Farah Diba, fille unique de Sohrab Diba, un officier de l’armée iranienne. Elle a alors 21 ans. Ils ont 19 ans d’écart. Elevée à l’européenne (elle a été éduquée dans une école française de Téhéran et a fait des études d’architecture à Paris), elle s’engagera en faveur de l’émancipation des femmes iraniennes (vaste programme !).
 
Avec Reza, elle aura 4 enfants : Reza Shah II (junior), Ali Reza et les princesses Leila et Farahnaz. Franchement, en matière de niaiseries, je vous gâte… 
La rubrique « Magazine » vous a plu ? Alors revenons à nouveau à la politique, lors du prochain Billet Du Jour. Car après le blanc immaculé « jeune mariée », voici le noir « mollah ».
 
Nettement moins glamour.
 
A la fin des années 1950, confronté à la montée du communisme et à la désaffection des étudiants pour les études coraniques, le clergé chiite décide de contre-attaquer sur le terrain doctrinal et politique pour enrayer la chute des vocations (6 000 étudiants en 1918, moins de 2 000 en 1957).
 
C’est en 1959 en Irak que naît officiellement la première organisation chiite moderne : Al-Doua. Elle a pour fondement intellectuel un texte méconnu mais fondateur pour tous les mouvements islamistes ultérieurs : « Notre philosophie » de Mohamed Bakr el-Sadr. Ce texte élève une infranchissable muraille entre l’islam et les idéologies matérialistes, notamment le marxisme. Au terme de cet ouvrage, deux « fatwas » décrètent que : 1) le communisme est abominable et 2) que tout musulman qui y adhérerait serait excommunié. C’est clair, net et sans compromis.
 
Des organisations terroristes, les « Fedayins » (« hommes du sacrifice ») d’un dénommé Nawab Safavi commencent alors à assassiner des intellectuels anticléricaux et des ministres du gouvernement du Shah.
 
1963
 
A partir de 1960, Reza décide de moderniser l’agriculture iranienne en favorisant le regroupement des petites parcelles, jusque-là généralement exploitées individuellement et de façon archaïque. Le Shah veut créer de grandes exploitations mécanisées afin d’améliorer les rendements. Hélas, à court terme, cela a surtout pour conséquence de pousser les paysans à l’exode rural. Les populations paysannes vont s’entasser dans les banlieues des grandes villes dans des conditions de précarité qui les rendent évidemment réceptifs aux discours contestataires des opposants au régime.
 
Au plan social, le Shah avance à grands pas dans l‘occidentalisation forcée du pays. En 1963, les femmes obtiennent le droit de vote. Dans un pays islamique rigoureux, cela est vécu (surtout par les hommes) comme une atteinte intolérable aux traditions séculaires aussi bien que comme une vaste foutaise puisque la liberté d’expression, dans les faits, est inexistante. 
Des émeutes, orchestrées par le clergé chiite, éclatent. En représailles, la police du Shah ravage le séminaire de l’Ayatollah Khomeyni à Qom en mars 1953. Elle tue au passage 12 de ses étudiants et en blesse une centaine. De nouvelles émeutes éclatent. La police du Shah ne fait pas dans la dentelle : plusieurs milliers de morts à la clé…
 
Mais trois mois plus tard, en juin 1953, haussant le ton, Khomeyni poursuit ses provocations dans un discours d’une audace inouïe. Il s’adresse au Shah : « Ecoute-moi, misérable pervers (…) arrête-toi et réfléchis un instant à ce que tu fais subir à ton pays ! Souviens-toi du sort de ton père ! » Le 5 juin 1963, excédée, la police du Shah arrête Khomeyni. Il promet alors de se tenir tranquille et est finalement libéré.
 
Promesse de mollah…
 
C’est de cette époque, les années 1960, que date la structuration de l’opposition politique au Shah. Et dans ce domaine, les religieux chiites vont être d’une redoutable efficacité. Cette opposition émerge autour de 3 tendances aux atouts inégaux.

- La bourgeoisie occidentalisée : intellectuels militants assoiffés de modernisme et musulmans modérés sont les fers de lance de l’agitation. Typiquement, ce sont Mehdi Bâzargân ou Chapour Bakthiar.

- Les communistes soutenus par l’URSS : ils sont actifs et déterminés mais de moins en moins nombreux. Leur cible politique préférée, les pauvres et les déshérités urbains, est davantage sensible à la propagande chiite, plus proche de ses traditions.

- Le clergé chiite constitue la troisième force d’opposition. C’est une force d’une nature très particulière à plusieurs titres. Il va, on l’a vu, d’abord se structurer et rayonner en dehors de l’Iran. A ce titre, son expérience favorisera ultérieurement l’émergence d’autres courants « islamistes » (Afghanistan, Egypte, Algérie, Tunisie, Turquie…) Sa robuste théorisation, ensuite, sera structurée sans aucune référence à un quelconque apport extérieur (démocratie, communisme-marxisme), voire en opposition frontale complète avec la culture occidentale. Ce mouvement, également, va mettre longtemps à émerger (une trentaine d’années). Il va résister, enfin, à toutes les tentatives de réduction ou de subversion opérées par le pouvoir répressif du Shah, pourquoi ?
 
Xavier Raufer, spécialiste de l’Islam, nous répond (1990) : « L’Islam chiite, traqué, martyrisé pendant un millénaire, n’a dû son salut qu’à la pratique systématique de la conspiration. Pour survivre à 10 ou 12 siècles d’invasions et de persécutions, les chiites ont mis au point une formidable batterie de techniques de restriction mentale et de dissimulation : la « Takiya » (« précaution »). Un exemple ? Voyons-en un en 1964…
 
1964
 
La politique d’allégeance ouverte aux Etats-Unis attise encore le mécontentement. Non seulement l’Iran achète massivement des armes aux Etats-Unis mais encore le Shah leur accorde, en 1964, le privilège exorbitant de l’« extraterritorialité ». Concrètement, 50 000 Américains installés en Iran (militaires, civils et leurs familles) échappent aux lois iraniennes pour ne relever que de… la justice américaine (normalement, ce type de privilège n’est réservé qu’au cercle étroit des diplomates). 
Rompant l’accord de l’année précédente avec la police politique, l’Ayatollah Khomeyni dénonce alors violemment ces privilèges : il est expulsé du pays. Bon débarras ? Pas vraiment. Car Khomeyni finit par aboutir en Irak, à Nadjaf (l’un des lieux saints du Chiisme, nous l’avons vu) : le pouvoir irakien, arabe et à l’époque laïc (c’est le parti « Baas ») va curieusement l’aider : il voit en effet d’un bon œil toute opposition qui aurait pour effet d’affaiblir le voisin iranien...
 
D’Irak, Khomeyni va poursuivre inlassablement son travail d’agitation, exhortant sans répit le clergé chiite à s’opposer à toutes les réformes de modernisation de la société imposées par le Shah d’Iran.
 
Son travail de sape s’avère payant. Les réformes du Shah heurtant les mentalités et la manne pétrolières ne profitant aucunement au peuple, le Shah, au début des années 1970, est devenu impopulaire auprès d’une opinion publique qui ne retient que :
  • la corruption du régime
  • la pauvreté endémique
  • la répression contre les opposants
  • l’allégeance ouverte aux Etats-Unis.
L’activité de Khomeyni en Irak, cependant, se heurte à certaines difficultés. Car si le pouvoir (laïc) irakien est disposé à lui laisser saper le régime de son voisin iranien, il ne peut tolèrer que Khomeyni fasse des émules en Irak même, parmi les chiites locaux. La révolution islamique, pourquoi pas, mais chez les autres… Complaisant avec l’exilé chiite iranien, le régime irakien réprime férocement toute tentative de révolution islamique sur son propre sol.
 
« Férocement » : ça veut dire que, concrètement, on arrête les opposants et qu’on les pend. C’est clair, comme ça ?
 
Pendant ce temps, l’impératrice Farah continue de tenter d’améliorer la condition féminine iranienne en tenant un petit cénacle philosophique. Elle y convie certains religieux modérés et cultivés tel l’Ayatollah Motahari, un homme « érudit, effacé et à la prose fleurie » qui tient par ailleurs une rubrique pieuse dans un magazine féminin moderne vendu à Téhéran. Un homme sans histoire, ce poète.
 
Sauf que, à l’abri de la « Takiya » (précaution, dissimulation), Motahari est membre du « Conseil Révolutionnaire Islamique Secret ». En 1964, il condamne à mort et fait exécuter le ministre du Shah responsable de l’exil de l’Ayatollah Khomeyni, un an plus tôt… A tous les niveaux de la société, l’Iran est infiltré (pour ne pas dire infesté) par un clergé chiite qui conspire.
 
1967
 
Les femmes iraniennes obtiennent le droit de divorcer : une régression évidemment intolérable pour les religieux chiites.
 
1971 
Tandis que la population est de plus en plus réfractaires aux réformes, le pouvoir politique du Shah est de plus en plus inféodé aux Etats-Unis. Le Shah est qualifié par le président Nixon de « gendarme du Golfe Persique ». En 1971, les troupes iraniennes occupent trois îlots du détroit d’Ormuz (le détroit qui sépare l’Iran de la péninsule arabique et donne accès aux gisements du sud de l’Irak) laissés vacants par les Britanniques. La même année, l’Iran envoie des troupes dans le sultanat d’Oman pour y mater une rébellion communiste. Et, pour parachever ce lien à l’évidence presque féodal avec l’impérialisme yankee , l’Iran expédie même un (modeste) escadron au Vietnam !
 
Reza II, décidément, accumule les maladresses, pour ne pas dire les absurdités. Et je suis poli. En 1971, il lui prend l’idée d’organiser des fêtes grandioses dans la ville de Persépolis. Le thème : célébrer le 2 500ème anniversaire de la monarchie perse ! Pour le peuple et le clergé chiite, cette référence à des racines pré-islamiques donne à la fête un caractère éminemment païen en plus de dilapider scandaleusement l’argent du pays. Un pays qui, à partir de 1973, est durement frappé par l’inflation, le chômage et les dysfonctionnement d’un urbanisme galopant et anarchique.
 
1973
 
Toujours exilé à Nadjaf (Irak), l’Ayatollah Khomeyni, ouvre un nouveau front. Il participe à la vigoureuse impulsion de l’agitation chiite au… Liban. Fils d’ayatollah de Qom (Iran) et élève des séminaires de Khomeyni à Nadjaf, un dénommé Moussa el-Sadr (cousin de Mohammed el-Sadr, fondateur du mouvement chiite Al-Doua, que nous avons vu précédemment) va aller fonder là-bas en 1973 le Mouvement des Déshérités pour y encadrer les masses chiites. Le Liban, havre de paix jusqu’à la fin des années 1960, est en effet déstabilisé par l’afflux des Palestiniens chassés d’Israël : un terreau idéal pour la révolution islamique.
 
Installé au Liban, Moussa el-Sadr va réaliser les travaux d’impression destinées à la propagande religieuse en Iran et organiser la contrebande d’armes à destination de Téhéran via la Syrie. Surtout, il va utiliser les camps du mouvement « Fatah » de Yasser Arafat pour entraîner et former des fedayins qui seront, quelques années plus tard, les cadres des… « Gardiens de la Révolution Islamique » iranienne.
 
Or, l’année 1974 va marquer un tournant pour le Shah d’Iran.                                                    
 
 En 1974, en effet, deux médecins français sont appelés à la cour pour examiner le Shah. Leur diagnostic est le suivant : le souverain souffre d’une « macroglobulémie de Waldenstein ». En clair : une leucémie (un cancer, quoi) lymphatique.
 
Reza II, dès 1974, se sait alors condamné. Il tente d’introduire progressivement dans le débat public la perspective de sa mort et de préparer sa succession. Mais en 1974, son fils (également appelé Reza), n’a que 13 ans : il ne peut monter sur le trône qu’à l’âge de 17.
 
Le temps presse désormais le Shah d’Iran qui durcit la répression (arrestations, tortures, exécutions…) à l’encontre de ses opposants, qu’ils soient religieux, socialistes ou libéraux.
 
Parallèlement, c’est à partir de 1974 que l’Iran s’engage dans la recherche nucléaire afin d’entrer en possession de l’arme atomique. Il faut dire que son puissant voisin, l’Inde a, contre toute attente, annoncé qu’elle possédait la bombe A le 16 mai 1974. La recherche de l’arme atomique n’est donc pas une préoccupation spécifique du régime des ayatollahs mais une préoccupation historique de l’Iran qui découle de sa stratégie géopolitique dans la région, bref un projet impulsé par le Shah et relayé par ses successeurs.
 
1975
 
Face à la montée des mécontentements, Reza II renforce encore son pouvoir absolu. En 1975, il abolit le bipartisme (même si la démocratie était truquée, dans les faits) au profit d’un parti unique (« Rasthakiz », le « Parti du Renouveau »). La police politique (la redoutable « SAVAK ») traque les opposants au régime de façon impitoyable. Ce n’est pas tout. Dans la foulée de l’idéologie qui avait présidé aux fêtes de Persépolis (1971), on abolit, en 1975, le calendrier islamique jusque-là en vigueur. A ce calendrier (qui débutait à partir de l'émigration du prophète Mahomet de La Mecque à Médine, soit le 24 septembre 632 de l’ère chrétienne) on substitue un comput inventé de toutes pièces et remontant à l’empereur Cyrus le Grand (mort en 530 av. JC) !
 
1976
 
Dans ce contexte, l’élection du démocrate Jimmy Carter à la présidence des États-Unis en novembre 1976 marque un infléchissement majeur de la politique iranienne américaine. Le 39ème président des Etats-Unis est issu de rangs politiques davantage portés aux états d’âmes et volontiers moralisateurs. D’emblée, il entend durcir la position américaine (jusque-là particulièrement complaisante) vis-à-vis de la dictature iranienne. Carter déplore ouvertement le manquement aux droits de l’homme (dont les Américains ont toujours été très soucieux) du régime iranien. Ca n’arrange pas les affaires du Shah, évidemment.
 
1977
 
Mais cela arrange les affaires de ses opposants. Sous la pression américaine, les délégations de la Croix-Rouge peuvent désormais visiter les prisons : les tortures et les « régimes spéciaux » reculent de ce fait nettement. L’opposition s’enhardit : en octobre 1977, des soirées poétiques spontanées sont suivies par une foule d’intellectuels enthousiastes à l’Institut Goethe de Téhéran.
 
Un mois plus tard, en voyage à Washington, le Shah se fait siffler et chahuter par une foule d’opposants iraniens venus de toute l’Amérique du Nord. Les fumées lacrymogènes utilisées pour les disperser perturbent même la cérémonie. (ci-dessous).
 
A Téhéran, des attentats commencent à se commettre dans les quartiers populaires à l’encontre de banques et de cinémas, symboles évidents de la corruption économique et morale importée de l’occident.
 
Affaiblir le souverain en exercice n’est pas forcément la meilleure solution. Mais comment faire évoluer la situation quand on n’a pas d’opposants de rechange avec lesquels on aurait noué des contacts ? C’est là toute les limites (pour rester poli) de la politique américaine en Iran et de son soutien à sens unique en faveur d’un régime despotique corrompu et impopulaire. 
Alors, pour la saint-Sylvestre 1977, le 31 décembre, Jimmy Carter décide de rendre visite au shah d’Iran, chez lui, histoire de lui remonter le moral mais aussi de tempérer ses discours un peu virulents du début de son élection. Il l’affirme : « L’Iran est un îlot de stabilité dans une des régions les plus troublées du monde (…). La cause des droits de l’homme est l’une de celles que partagent profondément (…) les dirigeants des deux pays ». Chacune des propositions, évidemment, est honteusement inexacte. Puis, à la télévision, devant un public iranien médusé et scandalisé le Shah (musulman)... lève sa coupe de champagne pour boire en compagnie du président américain ! L’abus d’alcool est dangereux pour la santé, surtout en présence de musulmans traditionalistes… La coupe, pourtant, ne contient que du jus d’orange. Qu’importe, le symbole est là. Catastrophique, évidemment
 
1978
 
Le 7 janvier 1978, le quotidien du soir « Ettelâ’ât », aux ordres du pouvoir publie un article infamant contre l’ayatollah Khomeyni. Quoique celui-ci soit toujours en exil en Irak, cette attaque entraîne une importante manifestation de religieux à Qom. La répression est violente, mais l’enterrement des morts est l’occasion de nouvelles manifestations contre le régime. Le cycle manifestations / répressions s’engage.
 
Si 1978 va être une année cruciale dans l’histoire de l’Iran moderne, les évènements du début de l’année vont constituer un tournant pour l’opposition chiite, restée jusque-là dans l’ombre.
 
Nous allons voir comment...
 
La Plume et le Rouleau © 2006

1977, le "toast" entre le président américain Jimmy Carter et le Shah d'Iran

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