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LA PLUME ET LE ROULEAU

LA PLUME ET LE ROULEAU

200 chroniques éclairent le Présent à la lumière de l'Histoire


1979 : L'IRAN, du Shah aux mollahs (4)

Publié par La Plume et le Rouleau sur 10 Juin 2006, 15:45pm

Catégories : #Civilisation - vie politique - société

Cher(e)s ami(e)s,
 
Quel réponse à l’Iran des mollahs ? Une action militaire préventive ? Peu probable…
 
Afin se prémunir de frappes ciblées éventuelles opérées par les infâmes impérialistes enjuivés, l’Iran a disséminé ses sites à divers endroits : une action armée, dans ces conditions, paraît difficile à envisager tant, d’une part :
- son efficacité semble très incertaine (les sites industriels iraniens sont dispersés, souvent enterrés et, surtout, pas connus de façon exhaustive)
- ses conséquences seraient incontrôlables au plan des relations internationales

Elle n’est toutefois pas formellement exclue

Des sanctions économiques ? Difficiles à mettre en oeuvre…

L’Iran est déjà sous embargo en matière d’armes conventionnelles depuis près de vingt ans. Qui s’en est aperçu ? Rien d’étonnant dans ces conditions, que des mesures économiques de rétorsion ne fassent pas peur à une puissance pétrolière qui détient, rappelons-le, 11,1 % des réserves et assure 14 % de la production de pétrole au plan mondial. Les résistances a employer la force, même économique, à l’égard de l’Iran sont tenaces. Le traditionnel allié russe fait pour l’instant de l’obstruction au Conseil de Sécurité de l’ONU. Quant à la Chine, elle temporise vis-à-vis de ce fournisseur d’or noir qui assure près de 13 % de ses approvisionnements. 
 
L’Iran n’hésite donc pas à brandir la menace de la fermeture du robinet pétrolier et le ministre du Pétrole, Kazem Vaziri-Hamaneh a ainsi déclaré le 25 juin 2006 (le BDJ se tient à la pointe de l’actualité) : « Si les intérêts du pays sont attaqués, nous utiliserons toutes nos capacités (pour répondre) et le pétrole est l'une d'elles », « en cas de sanctions contre le secteur pétrolier de l'Iran (...), le prix du pétrole bondira à au moins cent dollars le baril ! ».
 
Cette menace, toutefois, n’est pas si aisée à mettre en œuvre… D’abord parce que, en la mettant à exécution, l’Iran se priverait lui-même de sa principale source de revenus. Ensuite parce que, ce faisant, l’Iran n’aurait aucunement la possibilité de provoquer la pénurie et, au contraire, risquerait de voir d’autres membres de l’OPEP augmenter leur production pour prendre la place iranienne, désormais vacante… Le pétrole est donc une arme à double tranchant qui ne peut être maniée que par des mains expertes.
Les « négociations » ? Un trompe-l’œil…

Rappelons que, après moult tractations, l’Allemagne, la Chine, les Etats-Unis, la France, la Grande-Bretagne et la Russie ont (enfin) présenté à l’Iran le 6 juin 2006 une offre comportant des mesures incitatives, notamment d'ordre économique, mais qui est liée à la condition préalable d'une suspension de l'enrichissement.
 
Sans surprise, Téhéran a clairement rejeté cette condition et l’a encore rappelé le 25 juin 2006 par la voix du porte-parole de la diplomatie iranienne Hamid Reza Assefi : « La question de la suspension de l'enrichissement est un pas en arrière, nous pensons que l'Europe devrait négocier sans condition préalable ».
 
Les soi-disant « négociations » internationales pour obliger l’Iran à renoncer à ce programme militaire ont-elles des chances de succès ? Clairement : non. L’Iran s’est engagé dans de longs palabres, ponctués de pseudo-ouvertures qui ne trompent personne et dont la finalité ne laisse plus de doute : il s’agit évidemment pour lui de gagner du temps pour pratiquer la politique du fait accompli en ayant, après avoir enrichi suffisamment d’uranium, réussi à fabriquer sa première bombe A.
 
L’équilibre après le déséquilibre…

Dans ces conditions, la maîtrise, sous peu, du feu nucléaire par l’Iran apparaît plausible, probable et certainement même inéluctable. Aucune sanction civile, commerciale ne dissuadera à long terme le pays de tenter d’y parvenir. Aucune option technique ou militaire ne semble en mesure de l’en empêcher. Pour la CIA (remarquablement informée, on le sait, sur les questions d’armes de destruction massive…), cela pourrait être chose faite d’ici 2014. Pour les Britanniques, c’est 2010. Pour le Mossad (les services secrets israéliens, les seuls à avoir averti, dans les années 1970, de l’imminence d’une révolution islamique en Iran) cela pourrait arriver d’ici 2009.
 
Sans doute faut-il entraver le plus possible les projets atomiques de l’Iran. Mais il ne faut pas exagérer la portée d’un éventuel succès. Il est en effet plus que probable que l’Iran, une fois armé à son tour, réagira comme ses voisins immédiats (Pakistan, Inde, Israël) : il découvrira avec pragmatisme que posséder la technologie nucléaire n’est d’abord pas suffisante, encore faut-il disposer de suffisamment d’uranium pour se constituer un armement réellement dissuasif. Ce n’est pas tout car, entre disposer de l’armement et être capable de fabriquer des missiles balistiques longue portée, il y a encore un écart technologique à franchir. Et puis, une fois les rampes de missiles pointés, user d’un tel armement serait, vu les forces en présence, objectivement suicidaire... L’on devrait donc aboutir progressivement à l’instauration d’un « équilibre de la terreur » local : celui sous lequel l’Occident et le Bloc de l’Est vécurent (pas trop mal finalement) durant une cinquantaine d’années : une situation dans laquelle se trouvent également le Pakistan et l’Inde, toutes deux puissances nucléaires récentes, rappelons-le. On se toise, on se menace, on s’arme, on s’invective, on se prépare, on simule des ripostes (pas des attaques !) mais jamais, au grand jamais, on n’appuie finalement sur la gâchette…
 
Pas fou, quand même…
 
Certes, les attaques verbales répétées du président Ahmadinejad contre Israël, ne sont pas faites pour rassurer, loin de là. Mais il faut toutefois, dans cette rhétorique agressive, mesurer la part de politique interne qui y est contenue. Ainsi que le dit François Nicoullaud, ancien ambassadeur de France en Iran (jusqu’à 2005), Ahmadinejad, désormais Président de la République, a été élu sur le thème (résumons), de la « fracture sociale » (encore un !…). Il a prétendu incarner en quelque sorte l’Iran d’ « en-bas » face à une « nomenklatura » représentée par l’Ayatollah Khatami, critiqué comme un mollah embourgeoisé et oublieux des préceptes (populistes) de l’Imam Khomeyni… Il a remporté cette élection avec 65 % des suffrages. Cette posture politique est probablement à l’origine des discours musclés actuels d’Ahmadinejad vis-à-vis d’Israël ainsi que de sa négation de l’Holocauste juif : deux traits caractéristiques des discours de Khomeyni (qui s’en souvient ?) (Ci-dessus, une intervention du sympathique susnommé lors d’un meeting de joyeux drilles intitulé sobrement « Le monde sans sionisme »).
 
Du reste, on pourra observer que, sur ce dernier point, Ahmadinejad a récemment été ouvertement contredit par le « guide de la Révolution », Ali Khameinei, lequel a au contraire affirmé qu’il fallait « regretter l’assassinat de chaque juif »…
 
Pourquoi une telle schizophrénie au niveau gouvernemental iranien ?
 
Là encore, François Nicoullaud nous éclaire de nouveau : « Le président (Ahmadinejad) est un peu , vis-à-vis du Guide de la révolution (Khamenei) dans la position du Premier ministre français par rapport au Chef de l’Etat. La république islamique (est organisée) avec un noyau central dissimulé : pour être fort, le pouvoir doit être caché, même s’il s’incarne dans des ministres et un appareil d’état visible. A l’intérieur des différents cercles concentriques du système, Ali Khamenei exerce un pouvoir direct, en dehors de tout contrôle du gouvernement, sur les « pasdarans » (« gardiens de la révolution »), un corps d’élite politico-militaire (une sorte de milice), sur la télévision et sur la hiérarchie judiciaire. Les décisions, pour autant, se prennent souvent par consensus, après de longues consultations entre les diverses instances (décembre 2005) ».
 
Tout l’art de la dissimulation persane et chiite s’exprime donc aujourd’hui encore dans les faux atermoiements des dirigeants et dans les apparentes contradictions des gouvernants. En Iran, le pouvoir réel (comme les sites nucléaires) n’est donc pas là où on croit le voir.
 
Dans l’Iran de 2006, pourtant, la contestation n’est pas absente. En témoigne cette manifestation (toute récente) dans les rues de Téhéran, le 12 juin 2006, contre les discriminations envers les femmes et au terme de laquelle la police a interpellé 70 personnes dont 42 femmes… La liberté, quand elle existe, est étroitement ligotée. C’est donc probablement par une démocratisation rampante menant vers un changement de régime occidentalisé que le problème iranien sera le plus sûrement résolu. Mais l’on se doute que, contre ce processus, les résistances seront acharnées.
 
Alors, face à la pression et pour sa survie, le fondamentalisme islamique cherche à poursuivre son expansion. Si la révolution islamique iranienne n’a pas (hormis le Hezbollah libanais) réussi à s’imposer en dehors de ses frontières (partiellement en raison de sa spécificité perse et chiite) son principe même (la ré-islamisation d’une société jusque-là ouvert sur l’occidentalisation) a ouvert la voie et donné des idées par les fondamentalistes islamiques, arabes et sunnites cette fois pour d’autres formes de conquêtes du pouvoir. La menace est ailleurs…
 
Ses actions terroristes ou miliaires, toujours menaçantes, semblent certes marquer le pas : ceux que l’on appelle les « islamistes » subissent une pression équivalente à celles qu’ils font subir. Au Maroc, en Algérie, en Tunisie, en Egypte, en Syrie, en Arabie Saoudite, en Afghanistan, au Pakistan, la répression s’exerce férocement à leur encontre (et pour des raisons différentes à chaque fois). Elle est cependant loin d’en avoir fini avec les islamistes et ceux-ci ne manquent pas d’organiser sporadiquement des actions violentes (attentats au Maroc et en Egypte contre des touristes, en Arabie contre le gouvernement). Il faut en outre, a contrario, noter les succès remportés en Irak où la chute de la dictature laïque de Saddam Hussein a ouvert la porte aux revendications fondamentalistes qui entretiennent les violences quotidiennes. Il faut aussi remarquer le succès que semblent en train de remporter les dirigeants des « tribunaux islamiques » somaliens qui, depuis deux mois, ne cessent de gagner des territoires pour progresser vers le nord du pays et la frontière avec l’Ethiopie. L’objectif qu’ils s’assignent ? Instaurer la loi coranique. Une telle éventualité serait bien sûr catastrophique pour la stabilité de la corne de l’Afrique.
 
Pour Olivier Roy (Directeur de recherches au CNRS) : « L’Iran de Khomeyni n’est que l’une des manifestations (même si elle en reste la plus spectaculaire) de la résurgence islamique (…) marquée par une ré-islamisation de la société sous des formes conservatrices (notamment en ce qui concerne le droit et les mœurs) » (2003). Si la nébuleuse terroriste Al-Qaïda incarne un islamisme international apparemment déstructuré, sans ancrage national ou territorial et donc d’autant plus inquiétant, l’heure est, pour les fondamentalistes islamiques, plutôt à la participation au jeux politiques nationaux qu’à la prise du pouvoir par la force.
 
Par exemple :

- Le « Jamaat-e-Islami » pakistanais s’abstient prudemment de provoquer ouvertement le pouvoir militaire en place, jusqu'à quand ?, L'Islam fondamentaliste et son idéologie radicalement anti-occidentale tentent de progresser partout.
- Au Tadjikistan, le Parti de la Renaissance a été associé au pouvoir en 1997 au sein d’une coalition où il a défendu d’identité tadjike contre les Talibans afghans et les Ouzbeks
- Le FIS algérien, après une dizaine d’années de luttes où il a été proche d’être définitivement écrasé dans le sang, a proclamé la fin de la lutte armée. Il concentre ses attaques politiques sur le thème de l’accaparement des richesses par l’oligarchie en place.
- Le Hezbollah libanais lutte avant tout pour les intérêts nationaux libanais et s’est investi dans la vie politique démocratique nationale : il y est une force importante mais non majoritaire

- Le « Refah » turc est devenu « Fazileh » puis « AK Parti » (« Parti de la justice et du développement »). Il est actuellement au pouvoir en Turquie. Il a mis en sourdine ses références islamiques pour faire progresser la candidature du pays à l’UE. L'AK Parti se veut libéral en économie et conservateur sur les questions de société. Pour Olivier Roy (cf. ci-dessus), il « est devenu l’équivalent musulman de la démocratie chrétienne »… Mais pour ce qui concerne le Premier ministre Erdogan et sa femme Amina (Emine), celle-ci porte en public le foulard sur la tête…

Mmh… L'islam serait-il finalement soluble dans la république ? A moins que ce ne soit au contraire la démocratie qui ne se dissolve dans la république... islamique.
 
Bonne journée à toutes et à tous.
 
La Plume et le Rouleau © 2006
 

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