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LA PLUME ET LE ROULEAU

LA PLUME ET LE ROULEAU

200 chroniques éclairent le Présent à la lumière de l'Histoire


1984 : INDIA is INDIRA

Publié par La Plume et le Rouleau sur 31 Octobre 2003, 10:50am

Catégories : #Personnalités célèbres

Chers lecteurs fidèles et exigeants et néanmoins amis,
 
Aujourd’hui, c’est la saint Wolfgang.
 
Ach ! Cheu fous fois fenir ! Fous foulez ein betite Kronique zur le chénie moussikal chermanique?
 
Il vous faudra alors attendre un peu pour lire une prose digne de ce nom sur le plus célèbre des Wolfgang (ce sera pour bientôt). Comme à l'habitude, ce sera sous un angle inattendu. Patience.
 
Pour l’heure, c’est à un nouvel anniversaire historique que je vous convierai. Il y a 17 ans, le 31 octobre 1984, le monde apprenait qu’Indira Ghandi, premier ministre indien, venait d’être assassinée. 
L’occasion nous est ainsi donnée de revenir sur le destin étonnant de cette femme originaire d’un pays qui l’est (et ô combien) tout autant (à tous ceux exilés sur les bords de la Yamuna (*), Namasté !). Comment a-t-elle pu accéder au pouvoir et se maintenir aussi longtemps à la tête d’un pays réputé (à tort ?) pour le statut inférieur accordé à la femme ? Son parcours reste pour beaucoup une énigme, il est ainsi utile de le rappeler.
 
La petite Indira Priyadarshini Nehru est née en 1917. Elle est tombée toute petite  dans la marmite de la politique : son grand-père, Motilal, est un avocat adhérent du Parti du Congrès, lequel revendique une plus grande participation des Indiens aux institutions. C’est un fervent disciple d’un certain Mohandas Karamchand Gandhi, qu’on surnomme déjà le « Mahatma » (« la grande âme »).
 
Le père d’Indira, Jawaharlal Nehru, est lui aussi avocat et engagé dans la lutte contre l’occupation anglais : entre 1921 et 1944, il passera au total 9 années en prison, où il entretiendra une correspondance soutenue avec sa fille.
 
Sa mère morte en 1936, Indira poursuit ses études en Suisse puis à Oxford, où elle rencontre Feroze Gandhi (aucun lien avec le Mahatma), de condition plus modeste et de religion zoroastrienne. Elle l’épouse pourtant en 1940. Ils auront deux fils : Rajiv et Sanjay. 
 
En 1947, Nehru devient Premier Ministre de l’Union Indienne Indépendante et Indira se met à assurer fidèlement son secrétariat, l’organisation de ses déplacements et toute l’ « intendance », pourrait-on dire. En 1959, Nehru propose alors au Parti du Congrès de nommer Indira comme présidente. A la surprise générale, elle est élue. En 1966, le Congrès, qui domine le parlement, va même la choisir pour occuper le poste de Premier Ministre. 
Une réussite personnelle ? Il s’agit en fait d’un choix politique : les caciques du Parti s’imaginent pouvoir manoeuvrer aisément cette femme de 48 ans, versée dans la diplomatie mais inexpérimentée à la conduite du pouvoir.
 
Erreur.
 
Contournant les appareils politiques, Indira tisse un lien direct avec les masses populaires, elle défend un programme socialiste fondé sur des nationalisations. En 1970, elle tente de supprimer les rentes à vie accordées par le gouvernement aux ex-Maharadjahs : échec mais gros succès populaire. Elle gouverne par ordonnance en se passant de l’opposition des parlementaires.
 
Les barons du Parti écument de rage.
 
Elle donne à l’Inde un rôle capital dans le leadership des pays non-alignés, prend ses distances avec les USA sans devenir cependant l’allié formel de l’URSS. En 1971, le Pakistan ne fait encore qu’un seul et même pays et est divisé en deux parties : occidentale et orientale, séparées par l’Inde (merci les Anglais !). Des émeutes indépendantistes éclatent à Dacca (partie orientale), durement réprimées par le pouvoir de Karachi (partie occidentale). L’Inde envoie des troupes qui, après 2 semaines de combat avec les troupes pakistanaises, entrent en libératrices à Dacca : le Bangladesh devient indépendant.
 
Championne du Tiers-Monde, défendant les opprimés, démocratiquement élue et victorieuse sur les champs de bataille, Indira Gandhi est à l’apogée de sa gloire et de sa popularité internationale.
 
Mais les choses se dégradent : crise économique à partir de 1973, inflation galopante, agitation contestataire (maoïsme, « gandhisme historique ») se conjuguent pour affaiblir un gouvernement qui est critiqué pour sa corruption et son autoritarisme. Indira Gandhi glisse en effet progressivement vers le pouvoir personnel : culte de la personnalité (la propagande martèle « India is Indira »), népotisme (autorisations administratives données aux copains), état d’urgence proclamé le 26 juin 1975 qui censure la presse, emprisonne les opposants et reporte les élections... On est de plus en plus loin des idéaux qui présidèrent à la création de la « plus grande démocratie du monde ».
 
En janvier 77, l’état d’urgence levé, Indira Gandhi perd les élections, qu’elle regagne en 1980. Mais la situation interne indienne s’est précarisée avec l’émergence d’un mouvement séparatiste sikh. Qui sont les Sikhs ? Une population (coiffée d’un turban, pour s’en rappeler) majoritaire dans l’état du Pendjab, qui occupe souvent des postes de policiers, militaires, chauffeurs de taxi... La religion sikh emprunte à l’hindouisme et à l’islam pour le monothéisme. Les Sikhs demandent l’indépendance du Pendjab par la création de l’Etat du « Kalistan ». Indira Gandhi répond par la répression. Le 5 juin 1984, l’armée indienne donne l’assaut contre le « temple d’or », lieu saint du sikhisme à Amritsar où sont retranchés les indépendantistes. Bilan : 800 morts.
 
Le 31 octobre 1984, Indira Gandhi est assassinée par deux de ses propres gardes du corps. Qui étaient Sikhs... Les jours qui suivent sont des jours d’émeutes à Delhi : 3000 morts sikhs. C’est Rajiv, le fils d’Indira qui est élu par le Congrès pour lui succéder. Il sera à son tour assassiné, figeant dans le drame le destin politique de la famille (la dynastie pourrait-on dire) Nehru. 
Complexes, composites, faits d’ombres et de lumières : tels apparaissent aujourd’hui, avec du recul, l’oeuvre et le passage d’Indira Gandhi : l’accession d’une femme au pouvoir suprême dans une démocratie, (la France n’a guère fait mieux en ce domaine et les Etats-unis encore moins), l’accession de l’Inde à un statut de puissance régionale et au club des puissances atomiques, sa sortie d’un sous-développement où 2 siècles de pillage anglais l’avaient maintenue, le maintien de relations équilibrées entre les deux superpuissances autrefois antagonistes, l’émergence d’une classe moyenne grâce à une politique éducative volontariste mais aussi la corruption, le clientélisme, le pouvoir confisqué en faveur d’elle-même et de sa famille, la suspension des libertés, la répression, la guerre, le maintien de structures et de politiques qui font de l’Inde un pays de contrastes économiques et sociaux considérables.
 
Indira Gandhi ne fut-elle pas, au final, à l’image de l’Inde elle-même ?
 
« India is Indira »...
 
Bonne journée à tous.
 
La Plume et le Rouleau © 2003 
 
(*) la Yamuna est le fleuve qui traverse New Delhi, capitale de l’Inde
 
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Archives INA - Reportage de la télévision française lors du voyage du président Giscard d'Estaing en Inde (01/1980) et interview d'Indira Ghandi

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