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LA PLUME ET LE ROULEAU

LA PLUME ET LE ROULEAU

200 chroniques éclairent le Présent à la lumière de l'Histoire


1994 : NIXON, le roman d'un tricheur

Publié par La Plume et le Rouleau sur 22 Avril 2002, 09:57am

Catégories : #Personnalités célèbres

Mes Chers Amis,
 
De quoi allons-nous parler aujourd’hui ? Mais de politique évidemment !
 
Dans (n’ayons pas peur des mots) le chaos et la confusion qui règnent aujourd’hui au lendemain du premier tour de l’élection présidentielle de 2002 en France, pardonnez-moi de ne pouvoir vous écrire, « à chaud », une chronique sur l’histoire du suffrage rendu réellement « universel » en 1944, les agitations populistes extrémistes de 1934, 1945 ou 1958 en France, l’histoire des scrutins de la république et de leurs résultats parfois inattendus (1958 et la percée poujadiste à 12 %, 1965 et De Gaulle en difficulté, 1981 et la victoire socialiste ou 1986 et la première « cohabitation »…) ni, ce serait pourtant intéressant, l’histoire des régimes usées par la corruption et l’inaction et menacés par la montée des idéologies autoritaires… (IIIème république, Allemagne de Weimar…). Cela aurait été hautement instructif mais je n’ai pas eu le temps.
 
Ce sera pour plus tard… 
C’est néanmoins d’un homme politique, de son ambition personnelle et nationale, de sa réussite et de sa chute au milieu du scandale et du mensonge dont je vais vous parler en utilisant, comme à mon habitude, le fil de mon calendrier historique.
 
Le 22 avril 1994 donc, s’éteignait à New York l’ancien président des Etats-Unis Richard Milhous Nixon : un personnage célèbre pour sa capacité de travail, son ambition, son austérité (chez lui, nulle affaire intempestive de stagiaire à la Maison-Blanche !), son anticommunisme sans concession mais aussi son inlassable travail diplomatique pour engager une détente avec la Chine et l’Union Soviétique (1972) et mettre un terme à la guerre du Vietnam (accords de Paris en 1973).
 
Remontons un peu le cours du temps et observons cette "success-story" typiquement « à l’américaine ».
 
Nixon naît en 1913 dans une famille de commerçants quakers du sud californien. Le milieu est modeste, la famille est frappée par le drame (deux des trois garçons meurent durant leur enfance et Richard reste alors enfant unique) mais l’éducation est rigoureuse : travail, effort, honnêteté, morale (cela fait un peu « Petite maison dans la prairie », non ?). Richard travaille dans le commerce de ses parents quand il n’est pas à l’école. C’est un élève renfermé mais intelligent. C’est surtout un enfant terriblement ambitieux.
 
Faute de revenus suffisants, il ne peut faire d’étude à Harvard. Il part alors faire du droit en Caroline du Nord. Sa vie y est rude : au début, il n’a même pas les moyens de loger dans le campus mais vit à la périphérie de celui-ci, dans une cabane à outils (!) sans chauffage où il étudie avec acharnement. Diplômé en 1937, il revient s’inscrire au barreau de son patelin, Wittier : son ambition est de faire de la politique et, pour cela, de s’assurer une base locale solide. Durant la Seconde Guerre mondiale, il est officier dans la Navy, chargé de l’approvisionnement des troupes : travail ingrat et obscur dont il s’acquitte à merveille.
 
Après la guerre, la carrière de Nixon est foudroyante : d’élections locales en nominations au sein du Parti Républicain, travailleur infatigable qui sait se mettre en valeur, il devient vice-président des Etats-Unis en 1952 aux côtés de Dwight Eisenhower. Battu aux élections présidentielles en 1960 par JF Kennedy, il se représente (fait extrêmement rare en politique américaine) en 1968 et l’emporte.
 
Il est le président durant le mandat duquel les Etats-Unis envoient le premier homme sur la Lune. Avec Henry Kissinger à ses côtés, Nixon poursuit avec le monde communiste une politique de détente, de réchauffement, d’accords économiques et de retrait progressif des troupes US du Vietnam : avant tout, Nixon est un réaliste.
 
En 1972, il est réélu triomphalement : tout lui réussit !
 
Mais... la roche Tarpéienne est proche du Capitole (le Capitole de Washington, naturellement…) !
 
Car, personnage ambivalent et mystérieux, Nixon reste ainsi, dans la mémoire collective américaine, celui que l’on avait surnommé, dès 1950 « Dick the cheat » (Dick, diminutif de Richard, "le tricheur") et ses aspects sombres avaient été, dès ses premières années, stigmatisés par ses détracteurs. Durant ses études de droit à l’université Duke, par exemple, Nixon commet une erreur de jeunesse qu’on ne manquera pas de lui reprocher plus tard : attendant des résultats d’examen et impatients de ceux-ci, Nixon et deux camarades s’introduisent nuitamment dans le bureau du doyen de l’université et consultent les documents avant de se recoucher. C’est Nixon lui-même qui révélera cette expédition en 1959.
 
Plus contestable que cette anecdote que l’on peut somme toute appréhender avec indulgence (on a vu pire !), est la tournure que prennent ses campagnes politiques. Dès qu’il se lance dans la vie politique à la sortie de la Seconde Guerre Mondiale, Nixon utilise tous les coups, spécialement sous la ceinture. Rumeurs, accusations infondées, fausses dénonciations, calomnies éhontées : tout est bon pour discréditer ses adversaires et il y gagne quelques ennemis irréductibles qui seront plus tard sans pitié avec lui.
 
Durant la campagne présidentielle de 1952 d’Eisenhower, où il se présente comme potentiel vice-président, il est accusé d’irrégularités financières et notamment d’avoir reçu des cadeaux personnels. L’étau se resserre. Nixon est à deux doigts de démissionner. Mais il renverse la situation par un discours télévisé où il émeut le téléspectateur aux larmes. Oui, il avoue, il a reçu un cadeau : un petit épagneul, nommé Checkers. C’est fini, l’opinion se retourne en faveur de ce type décidément humain et sérieux.

Le scandale qui va mettre un terme à sa carrière commence le 17 juin 1972 avec l'arrestation de cinq hommes pour effraction dans les bureaux du Democratic National Committee (l’immeuble du « Watergate »). A la suite de leurs interrogatoires, on découvre l’existence d’un plan gouvernemental d’espionnage systématique de l'opposition politique. Le 16 Juillet 1973, le secrétaire de la Maison Blanche, Alexander Butterfield déclare au comité d'enquête, en direct à la télévision que Nixon a fait installer un système d'écoute automatique dans la Maison Blanche enregistrant toutes les conversations à l’insu des intéressés. 
Nixon nie tout en bloc puis reconnaît ensuite l’existence de cassettes audio. Cependant il refuse de les mettre à la disposition de la justice, arguant de leur caractère vital pour la sécurité du pays. A la suite de diverses péripéties, le contenu de ces cassettes finit par être rendu public et on constate que la Maison Blanche a clairement tout fait pour contrecarrer l’enquête sur le Watergate. Pire, on met au jour, au sein du gouvernement, l’existence de groupes aux activités troubles dont le but n’est pas tant la sécurité de l’Etat que le cambriolage, la falsification de documents, la désinformation, la dissimulation de preuves dans des enquêtes judiciaires.

Bref : il y a quelque chose de franchement pourri au royaume de Nixon.
 
Empêtré dans ses contradictions, à bout d’arguments, Nixon est le premier président des Etats-Unis à démissionner. Il le fait pour éviter d’être honteusement destitué : nous sommes le 8 août 1974.

C’est une sortie piteuse qui clôt la vie politique brillante d’un homme qui aura, tout au long de sa vie pratiqué la « Real-Politik » de son conseiller Kissinger : négociations pragmatiques, sens politique aigu dans la conservation du pouvoir, défense des intérêts financiers par tous les moyens, pas de dogmatisme, ni de phrase creuse, ni de slogan ronflant. Et cela sans regrets et sans remords.

Tout le contraire de la politique française où, depuis trente ans, les mêmes hommes, à coups de slogans de plus en plus flous, occupent alternativement les mêmes postes et se renvoient à la figure les mêmes estimations chiffrées (mais contraires) sur les mêmes problèmes, (délinquance, retraite…) jamais traités.

Marianne est bien désemparée, en 2002, aujourd’hui : les princes charmants auxquels elle avait accordé ses faveurs l’ont trahie, aucun ne l’a aidé, tous ont profité de ses charmes et certains se sont même servis dans son porte-monnaie. Va-t- elle alors, de dépit, accorder sa main à un aventurier venant, après des années de rebuffades, constater l’évidence de l’inaction, de l’incurie et de la gabegie pour tenter de tirer profit de la situation ?

Jamais achevée, toujours à refaire, sans cesse à défendre, et donc finalement passionnante à vivre, telle apparaît plus que jamais la démocratie.

Tant qu’elle existe.

Bonne journée à tous.

La Plume et le Rouleau © 2002
 
Pour davantage de récits de mystères et de secrets, également bien gardés, lisez La cinquième nouvelle...

8 aout 1974 : Nixon entre dans l'histoire des Etats-Unis en démissionnant. Pathétique.

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