Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

LA PLUME ET LE ROULEAU

LA PLUME ET LE ROULEAU

200 chroniques éclairent le Présent à la lumière de l'Histoire


1898 : ESTERHAZY, le traître de l'affaire Dreyfus (2)

Publié par Hervé sur 7 Septembre 2001, 10:01am

Catégories : #Crimes & affaires judiciaires

Mais un an plus tard, début mars 1896, le Service des renseignements entre en possession d'une carte-télégramme qu’on appellera plus tard "petit-bleu" émanant de l'ambassade d'Allemagne et adressée, précisément, à Estherazy.
Le lieutenant-colonel Picquart (cic-ontre) nommé à la tête du Service des renseignements depuis juillet de l’année précédente, décide alors de mener une enquête sur Estherazy. Il est bientôt persuadé que ce dernier est en fait le véritable auteur du "bordereau" et que Dreyfus a été condamné à son place de façon inique. La hiérarchie militaire, pourtant, refuse de se déjuger.
 
Du Paty de Clam et le commandant Henry, en novembre 1896, rédigent même un faux document (le "faux Henry" dira la Presse) pour accabler davantage Dreyfus. Quant à Picquart, il est muté quinze jours plus tard en Tunisie, pour bronzer un peu. Mais Picquart confie ce qu’il a découvert à un ami avocat qui alerte Clemenceau, les soupçons naissent sur une possible erreur judiciaire.
 
A cette époque, personne, pourtant, ne croit réellement en l’innocence de Dreyfus, hormis sa famille. Fin 1897, le frère de Dreyfus accuse publiquement Esterhazy d’être le traître véritable.
 
Celui-ci se lance alors dans une campagne d'opinion en se prétendant victime d'un complot juif. Avec arrogance, il réclame un procès devant le Conseil de Guerre, qui l’acquitte le 11 janvier 1898 ! Il devient un héros pour les anti-dreyfusards (car la France commence à s’empoigner sur le sujet).
 
Zola, lui, est furibard. Deux jours plus tard, le 13 janvier 1898, il rédige  « J’accuse » dans l’Aurore. Ca barde drôlement !
 
La pression s’accentue : sept mois plus tard, le 30 aout 1898, le commandant Henry avoue son "faux" en écriture. Ecroué, il se suicide.
 
Là, Esterhazy comprend que le vent a vraiment tourné. Il fuit en Angleterre le 7 septembre 1898 avant, quelques jours plus tard d’adresser une lettre au journal « le Matin » en se reconnaissant comme l’auteur réel du « bordereau ». Ultime félonie destinée à brouiller un peu plus les pistes, il accuse son chef de l’époque, le colonel Sandherr de lui en avoir donné l’ordre.
 
Le reste est mieux connu : nouveau procès de Dreyfus en août 1899, nouvelle condamnation mais grâce présidentielle. Une grâce étrange puisque la "grâce" est une disposition de droit pénal qui supprime l'exécution de la peine tout en laissant... subsister la culpabilité !
 
En 1906, la Cour de Cassation réhabilitera Alfred Dreyfus. Picquart sera nommé général puis ministre. Les vieux croûtons de l’état-major seront mis à la retraite. Tout se calmera enfin. 
On n’entendra plus jamais parler d’Esterhazy que les Chroniques de la Plume et du Rouleau laissent ici à son triste sort.
 
Plus intéressant à noter, cependant, on n’entendra plus non plus parler de Dreyfus qui, malgré le vacarme incroyable de son affaire, incarnant à jamais l’archétype de l’injustice et de l’erreur judiciaire, reprendra normalement sa carrière militaire.
 
Jusqu’au bout, Dreyfus sera resté le modeste spectateur de son propre cas, n’en tirant aucun bénéfice personnel. Avant de mourir, en 1935, il confiera son sentiment à Victor Basch, président de la Ligue des droits de l’Homme et dreyfusard de la première heure, qui le consignera dans son livre « La lumière » : « Mais non, mais non. Je n’étais qu’un officier d’artillerie qu’une tragique erreur a empêché de suivre son chemin. Le Dreyfus symbole de la justice, ce n’est pas moi, c’est vous qui l’avez créé ce Dreyfus-là. » 
 
Pas de livre donc, ni de mémoires, ni de scandale, ni d’engagement politique quelconque, ni de vacances à Saint-Tropez dans une villa de rêve sous les flashs des photographes : Dreyfus resta un antihéros jusqu’au bout.
 
Une attitude qui n’est guère de mise chez d’autres, aujourd’hui, qui préfèrent les ébats aux débats et s’efforcent bien souvent de faire mousser une popularité acquise à ne rien faire ou si peu.
 
Bonne journée à tous.

La Plume et le Rouleau © 2001
 
Pour d'autres mystères à éclaircir et d'autres secrets à lever, lisez La cinquième nouvelle...

Commenter cet article

Archives

Articles récents