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Civilisation, vie politique, société

Samedi 15 septembre 2012 6 15 /09 /Sep /2012 01:10

Cher(e)s Ami(e)s et abonné(e)s des chroniques de la Plume et du Rouleau,

 

« Bienvenüe dans le métro ! » : il n’y a pas de faute d’orthographe. Tous les habitués de la station Montparnasse-Bienvenüe (XIVème arrondissement de Paris) et de la place du même nom sont rompus à cette graphie qui me laissait perplexe, quand j’étais petit. Contrairement à ce que mon esprit d’enfant imaginait alors, « Bienvenüe » ne fait pas référence à un joyeux salut lancé par la RATP à ses usagers mais au nom de… l’ingénieur Fulgence-Marie-Auguste Bienvenüe (1852 – 1936), le « père » du réseau ferré métropolitain.

 

Vous l’avez compris : aujourd’hui nous allons parler du « métro ».

 

Metro

Car c’est la rentrée et, pour 20 % d’entre vous, vous êtes de retour dans la région  parisienne. Il va de nouveau falloir reprendre le rythme habituel de la vie professionnelle, des courses à faire, des choses à ne pas oublier, des rendez-vous, des embouteillages du périphérique, des retards, des ralentissements, des avaries de matériel et des grèves des transports en commun : bref, le rythme du « métro, boulot, dodo… ».

 

 

Cette simple formule, popularisée à la fin des années 60 pour dénoncer l’abrutissement des masses engendré par la vie urbaine polluée, monotone et automatisée, rappelle aux Parisiens que le métro fait partie de leur quotidien, bien au-delà de ce qu’ils pensent. Qui n’a pas quelque souvenir personnel (bon ou mauvais) associé au métro, à une station, à un trajet ?

 

 

Personnellement, malgré la chaleur (qui avait surpris le Premier Ministre Edouard Balladur lors de son voyage en métro le 4 novembre 1993 !), malgré les odeurs (contre lesquelles la RATP dépense annuellement 65 millions d’euros en pulvérisations - on ne le dirait pas – !), malgré la promiscuité (1.4 milliard de voyageurs transportés par an sur les 213 kms des 14 lignes), malgré l’absence de lumière naturelle (et la sensation d’être déconnecté de la vie « du dessus »), je l’ai toujours préféré au bus, moyen de locomotion que je juge davantage « petit-bourgeois », allez savoir pourquoi.

 

 

Habitué assez jeune à le fréquenter, j’ai su apprécier, durant ma jeunesse estudiantine, ce moyen de transport rapide, économique et aux horaires pratiques (de 5 h 30 à 1 h 00 du matin), ses stations (289) aux ambiances bien plus différentes les unes des autres qu’on ne le croit, aux décors souvent pittoresques et recherchés (Louvre, Franklin-Roosevelt, Arts et Métiers…), souvent parsemées de références historiques (Bastille, Hôtel de Ville, Bourse, Concorde…) et de ses couloirs aux carrelages jaune, blanc ou orange arpentés tant de fois. Voyager en métro, c’est aussi un peu avoir la sensation de plonger au cœur des entrailles de la terre pour ressortir tout d’un coup à l’air libre à un autre endroit de la planète (même si ce n’est jamais très loin, en fait !)

 

C’est ce que je vous invite à faire maintenant.

 

Mais avec quoi ? Avec un ticket, bien sûr (je ne vous exhorterais jamais à voyager sans titre de transport) et… nos souvenirs !!!

 

« Tic-tac-toc… » avez-vous « le ticket chic, le ticket choc » ? Souvenez-vous : cette chanson de 1982 servit de jingle d’une trentaine de secondes à une campagne de publicité TV pour le métro (une première) où l’on conseillait écologiquement (déjà !) au téléspectateur (parisien, évidemment) de prendre « La deuxième voiture » !

 

C’était le temps du ticket jaune à bande magnétique. Apparu en 1974, il sera remplacé par un ticket d’un vert n’ayant jamais vu la campagne en 1992 avant de virer au violet, pastel et lénifiant en 2003 (gare à la décoloration  si vous l’oubliiez dans la poche de votre pantalon en mettant celui-ci dans la machine à laver !) puis d’être maintenant banalement blanc.

 

Montez maintenant en voiture !

 

Vous pouvez d’ailleurs monter aujourd’hui dans n’importe laquelle puisque les aristocratiques différences de « classes », fondées sur la capacité financière des usagers, ont été démocratiquement amendées en 1982. A partir de cette date, on put désormais monter « en Première » avec un ticket « de Seconde » avant 9 h 00 et après 17 h 00 : bien pratique - et tellement plus rationnel, vu l’affluence ! La « Première » ne sera définitivement abolie qu’en… 1991 (seulement). Il aura donc fallu attendre 90 ans pour que le bon peuple sans distinction puisse profiter de sièges mieux rembourrés (pour accueillir les postérieurs bourgeois) et d’une situation (plus sécurisante) de la voiture en milieu de rame (il s’agissait à l’origine, en cas de collision, d’épargner la vie de la meilleure partie des voyageurs…)

 

On mesure là l’archaïsme d’une discrimination qui a perduré pendant près d’un siècle mais qui serait aujourd’hui impensable à rétablir.

 

Cette introduction (pas trop longue ?) achevée, entrons dans le vif du sujet, décliné selon les thèmes suivants : le métro, son histoire et ses zones inconnues, ses risques, ses chansons et ses films.

 

Voici donc le plan de cette chronique :

 

Paris, capitale engorgée

Paris, capitale en travaux

Le métro caché de Paris

Le métro de l’angoisse

Les risques du métro : la réalité criminelle

Le métro de la mort : suicides et accidents

L’étrange crime du métro

Du « trou d’mon quai » au « poinçonneur des Lilas »

Ticket choc pour rock en stock

Les films sur le métro… qui ne s’y tournent pas

Les films tournés dans le métro… pour y raconter autre chose

Les films sans rapport avec le métro… tournés en partie dedans

Les films sans rapport avec le métro… mais qui en parlent

Les films sur le métro, parlant du métro et tournés dans le métro (enfin !)

Fin de ligne

 

Vous pourrez ainsi vous rendre directement à la station de votre choix : un avantage notable de cette chronique par rapport au métro réel…

 

-oOo-

 

Paris, capitale engorgée

 

Reportons-nous maintenant plus d’un siècle en arrière, à la fin du XIXème exactement, dans la capitale française. L’exaspération y est à son comble (le jour où vous voyez des Français satisfaits, heureux et sereins, faites-moi signe). Pourquoi ? (Notamment) à cause des inextricables bouchons, embouteillages, désordres, confusions et accidents provoqués par la circulation invraisemblable des rues parisiennes.

 

Celle-ci, grâce aux travaux d’Haussmann, de 1852 à 1870 (Second empire), avait pourtant été améliorée : de grandes avenues avaient été percées autoritairement en lieu et place d’un lacis de ruelles étroites, fétides et inégales, et des quartiers insalubres avaient été rasés pour faire place à des blocs neufs, ordonnés et normalisés (sans compter l’amélioration du cadre de vie grâce à la création de 24 squares et au remodelage de 3 parcs et bois (Buttes-Chaumont, Boulogne, Vincennes).

 

 

Metro - construction du metro 1Pour autant, 25 ans plus tard, pour le Parisien moyen, c’est toujours la même galère des encombrements : omnibus (à chevaux), voitures (à cheval) et charrettes à bras disputent le pavé aux tramways électriques, cyclistes et même piétons dans une pagaille indescriptible où les hennissements des chevaux se mêlent aux beuglements des cochers, tout cela dans le claquement des fouets et le crottin sur la chaussée.

 

Pourtant, à la fin du XIXème siècle, plusieurs capitales d’Europe et du Proche-Orient avaient montré la voie de la modernité : en 1863, Londres s’était dotée du premier réseau ferré souterrain urbain (d’abord à vapeur puis électrique à partir de 1890). La capitale britannique avait été suivie par Athènes (1869), Istanbul (1875) puis par l’empire Austro-hongrois qui en avait fait percer deux (pour sa double capitale) : en 1896 pour Budapest et en 1898 pour Vienne.

 

Et Paris dans tout cela ?

 

En cette fin du XIXème siècle, Paris a pris du retard et se débat dans d’interminables discussions et blocages. Dans un premier temps, c’est l’option d’une ligne aérienne (avec un métro sur viaduc) qui a la préférence. Mais ce projet est bien vite combattu activement par le lobbying intense de la « Société des amis des Monuments parisiens » dont le prestigieux Victor Hugo a accepté de prendre la présidence d’honneur.

 

Alors, l’attention se porte sur le projet présenté en 1890 par un Lyonnais du nom de Jean-Baptiste Berliet.

 

Cet homme n’est pas un inconnu : il est l’inventeur du réseau de « pneumatiques » (un système souterrain de tuyaux parcourus par de l’air comprimé et reliant des bureaux de poste entre eux pour y expédier des messages rapidement à travers Paris). Ce système a été mis en place en 1866 dans la capitale avec un premier tuyau reliant la Bourse (le Palais Brongniart) au… Grand Hôtel du boulevard des Capucines, situé près de l’Opéra, à moins d’un kilomètre. Il s’agit de transmettre les ordres d’achat et ou de vente de titres des particuliers fortunés le plus rapidement possible, la vitesse étant une des conditions du succès des spéculations. Les actuels ordinateurs qui placent des ordres à la nanoseconde près en sont le lointain avatar. Et savez-vous en quelle année ce système qui, à son apogée, transporta plus de 10 millions de lettres et « télégrammes »  sur 400 kilomètres, fut arrêté, définitivement supplanté par le téléphone, le télex, le fax puis le minitel (il n’y a pas encore d’internet à cette époque) ? 1984 seulement.

 

Donc, après cette courte digression, revenons à Berliet, qui propose un projet très abouti : traction électrique, tunnels étanches, éclairage sur tout le parcours, ouverture à distance des portes… Le projet rencontre l’adhésion des grandes compagnies de chemins de fer qui y voient un moyen rapide de relier les gares parisiennes et d’accroître le trafic. Il s’ensuit alors une bataille de sept ans entre l’Etat, désireux de prendre la direction de ce nouveau service public et les conseils municipaux parisiens (il n’y aura de maire de la capitale dans son ensemble qu’en 1977), soucieux de leur maigre indépendance à propos d’un moyen de locomotion qui traverse tous les arrondissements. Je vous passe les démêlés juridico-administratifs.

Metro - Fulgence Bienvenue 

Enfin, en 1897, on confie à Fulgence-Marie-Auguste Bienvenüe la mission de construire le métro parisien.

 

Bienvenüe est en effet un ingénieur de grand talent bien connu des Pouvoirs Publics : Baccalauréat à 15 ans et demi, reçu à Polytechnique à 18, il a failli perdre la vie en étant projeté en 1881 sur une voie ferrée (on lui a alors amputé le bras gauche). Bienvenüe est l’homme qui a construit, notamment, le funiculaire de Montmartre et il a également participé à l’aménagement du parc des Buttes Chaumont.

 

Sa mission : construire un métro enterré de 65 kms sur 6 lignes en moins de 3 ans (l’Exposition Universelle doit en effet s’ouvrir à Paris en avril 1900). Immédiatement, les travaux commencent : ils seront pharaoniques. On choisit de construire en faible profondeur, contrairement au métro de Londres.  

 

-oOo-

 

Paris, capitale en travaux

 

On défonce les boulevards et les avenues pour y enterrer d’énormes infrastructures d’acier (le XIXème est le siècle de l’usage massif de l’acier comme le XXème sera celui de l’usage massif du béton). Mais Paris est un véritable gruyère : sous les pavés, ce n’est pas la plage que l’on trouve mais des carrières, des égouts, des canalisations, des conduites, des grottes et cavités en tous genres et Bienvenüe doit bien souvent faire préalablement consolider la zone de percement par des blocs de béton qui servent de sols ou de piliers, selon l’endroit, et sur lesquels on pose le tunnel de métal. On creuse ainsi près de deux cents « puits de fondation » (un trou dans lequel on place un pieu qui permet de soutenir l’ouvrage quand celui-ci ne peut reposer sur un sol suffisamment solide). Deux mille terrassiers travaillent ainsi sur la ligne Vincennes – Maillot (avez-vous remarqué qu’on ne dit jamais "Maillot – Vincennes", allez savoir pourquoi ?)

 

C’est l’occasion d’innover grâce à des techniques imaginatives : pour franchir la Seine (par en-dessous) à la station Saint-Michel (ligne 4, en allant vers Chatelet), le sol est trop mou pour forer. Bienvenüe le fait alors… congeler : durci, on peut plus facilement percer et travailler. Cette technique sera reprise… dans les années 70 pour le percement du RER (on n’a décidément rien inventé) !

 

Evidemment, vous vous en doutez, cela n’améliore pas vraiment la circulation !

 

Metro - construction du metro 2Pendant que les terrassiers creusent et que les ingénieurs planchent, les architectes tracent les croquis des futures entrées du métro. Car, après tout, le métro est certes enterré mais, pour y accéder, il faudra bien descendre sous terre. La Compagnie du Métro Parisien (ancêtre de la RATP actuelle) lance un concours auquel participe une vingtaine de concurrents. Le candidat qui semble l’emporter est d’abord un dénommé Durray, qui propose des petites entrées en forme de pavillons à colonnes, de style néo-classique.

 

Trop classique pour Adrien Bénard, président de la CMP qui, fait du prince oblige, lui préfère Hector Guimard dont le projet, en fonte de fer, fait ressembler le toit des édicules à des libellules déployant leurs ailes. A la fois sobres, dépouillées et tarabiscotées, la plupart des entrées de métro ne comportent cependant qu’une simple balustrade, deux lampadaires, une plaque d’émail avec le mot « métropolitain » et… aucunement le nom de la station ! C’est l’apogée du style « Art Nouveau » parisien (appelé « Modern Style » dans les pays anglo-saxons ou encore « Sécession » en Hongrie) et le faîte de la carrière d’Hector Guimard. Non sans résistance de la part de la frange la plus conservatrice en matière de style et de « bon goût »…

 

Enfin, après trois ans d’efforts titanesques, c’est l’ouverture du métro le 19 juillet 1900.

 

Sans cérémonie aucune ni inauguration ! On a peine à le croire et, pourtant, ce jour-là, le président de la République Emile Loubet a plutôt choisi de se rendre à Cherbourg pour une revue navale ! Il est vrai qu’il y fait certainement plus frais qu’à Paris où 38 degrés accablent les visiteurs de l’Exposition Universelle (et pourtant, à l’époque, il n’y a pas de réchauffement climatique !) qui s’est ouverte depuis le 15 avril 1900.

 

Immédiatement, c’est le succès : de juillet à décembre 1900, 17,6 millions de voyageurs empruntent le métropolitain.

 

1901 : c’est cette fois plus de 50 millions de trajets individuels qui sont recensés.

 

Fort de ce succès technique et commercial, on continue de creuser.

 

1902 : La roche tarpéienne est proche du Capitole (on le sait) et, cette année-là, Guimard et ses entrées en fer forgé en forme de fleurs tombent brutalement en disgrâce. Ses propositions pour la future station « Opéra » sont rejetées par la direction de la CMP. On lui préfère le dénommé Cassien-Bernard (prix de Rome en 1876) qui propose une balustrade en pierre tout ce qui y a de plus classique, passe-partout, certainement indémodable mais, disons-le, complètement banale. La « Société du nouveau Paris » (une association d’architectes qui, au contraire, défend des choix architecturaux d’avant-garde) qualifie même l’ouvrage de « mesquin ». Motif du choix de la CMP (que celle-ci maintient) : cette balustrade s’harmonise avec l’Opéra de Paris, néo-classique…

 

En fait, deux conceptions s’affrontent : les entrées du métro doivent-elles être adaptées au style architectural haussmannien ? ou les entrées du métro doivent-elles, par elles-mêmes, disposer d’un style propre qui apportent de la diversité dans le paysage architectural parisien, plutôt homogène ?

 

La CMP adopte naturellement la première de ces deux positions et Guimard s’étrangle d’indignation : « Est-ce qu'on devra dorénavant harmoniser la [station] Père-Lachaise avec le cimetière et la construire en forme de tombeau ? »

 

Quoiqu’il en soit, dès 1902, c’en est fini du style « Guimard » et la balustrade de Cassien-Bernard est même étendue aux stations « Concorde » et « République ». Progressivement, on remplacera même la plupart des entrées « Guimard » par des balustrades carrées, sages, discrètes et passe-partout. Il faudra attendre la fin du XXème siècle pour que Guimard soit de nouveau reconnu comme l’incarnation de l’Art Nouveau 100 % parisien.

 

Ces choix architecturaux académiques vont également se retrouver dans le style des 7.2 kms de viaducs massifs qui supportent en partie les lignes n°2, n°5 et n°6, confiés à l’architecte Jean-Camille Formigé (tous les viaducs parisiens seront construits entre 1903 et 1909).

 

1909 : 63 kilomètres de voies sont désormais exploitées et c’est un an plus tard, en 1910, que le métropolitain subit un test de résistance inattendu : celui de la crue de la Seine. Dans certaines zones, (Saint-Michel, Saint-Lazare), les couloirs et tunnels sont entièrement inondés. Bilan : aucun dégât sur le gros œuvre de l’ouvrage qui résiste sans dommage. Bienvenüe passe avec succès l’épreuve du feu (qui, en l’occurrence, est l’épreuve de l’eau).

 

1913 : En janvier, a lieu le dernier voyage d’un omnibus à chevaux (ligne La Villette – Saint-Sulpice) et, en avril, celui du dernier tramway à chevaux (ligne Pantin-Opéra). Le métropolitain et le tramway (électriques) et l’autobus à pétrole ont désormais triomphé de la millénaire traction hippomobile…

 

1932 : Bienvenüe prend sa retraite (bien méritée, il a 80 ans !) après (notamment) 138 kilomètres de voies métropolitaines construites.

 

En 1933, suite à une décision unanime du Conseil municipal de Paris du 5 mars, la place du Maine est rebaptisée « place Bienvenüe ».

 

Progressivement on améliore les entrées du métro avec des innovations qui n’y existaient pas mais qui nous semblent, rétrospectivement, évidemment incontournables : indiquer le nom de la station au-dessus de son entrée (c’est le minimum !), placer un plan du réseau, mettre en place des escaliers mécaniques, voire des ascenseurs. Il suffisait d’y penser…

 

-oOo-

 

Le métro caché de Paris

 

Vous savez maintenant (presque) tout sur le métro et vous avez sans doute arpenté nombre de ses 289 stations. Ses stations « officielles », naturellement. Mais connaissez-vous ses stations… « fantômes » ?

 

Nous n’entrerons pas dans le détail précis de ces zones à peine construites ou désaffectées ou à l’emplacement modifié de quelques dizaines de mètres ou réutilisées pour accueillir une autre station. Nous nous concentrerons sur quelques exemples pittoresques, anecdotiques ou croustillants.

 

Ainsi, avez-vous, par exemple, jamais attendu sur le quai de la station de métro « Champ-de-Mars » située sur la ligne 8 (attention, on ne parle pas là du RER mais bien du métro…) ? C’est possible (cela dépend de votre âge) mais peu probable : cette station, située non loin de « Ecole Militaire »  a réellement existé mais elle a fermé en 1939. Est également fermée la station appelée « Arsenal », à côté du quai de la Râpée, ainsi que la station « Croix-Rouge » (la place de la Croix-Rouge est l’actuelle place Michel Debré, entre Sèvres-Babylone et Mabillon, 6ème arrondissement de Paris), tout proche du quartier où la reine Marie-Antoinette se dirigea et se perdit lors de sa fuite du Palais des Tuileries, le 21 juin 1791.

 

Les quais déserts de ces stations, désormais sans utilisation et aux accès de surface condamnés, restent cependant visibles par les voyageurs que leur rame longe aujourd’hui sans s’y arrêter : une vision brève et inattendue qui n’a pas manqué d’inspirer quelque projet artistique un brin provocateur.

 

Metro - Croix Rouge expoAinsi, le temps des mois de décembre 2007 et janvier 2008, les quais et les murs de l’ex-station « Croix-Rouge » accueillirent-ils une exposition d’œuvres picturales érotiques et de photographies suggestives issues des collections de la Bibliothèque Nationale de France. Ces œuvres étaient exposées derrière des voiles mobiles que le souffle du passage de la rame soulevait pour les laisser entrevoir dans un flash fugace et fantasmatique d’un maximum de 6 secondes (pour les voyageurs attentifs). Depuis Edouard Balladur, on savait qu’il faisait chaud dans le métro mais pas que le métro, lui-même, pouvait parfois être assez « chaud »…

 

De façon nettement plus rigoriste (compte tenu du nom), je me souviens que, étudiant, je passais souvent, sur la ligne 10, le long du quai d’une station fantomatique également laissée à l’abandon, dont je lisais brièvement le nom : « Cluny » (proche de la Sorbonne, sur la ligne 10) : elle fut finalement rouverte en 1988 dans le cadre l’inauguration de la gare RER B de Saint-Michel et élégamment rebaptisée « Cluny - La Sorbonne ».

 

Mais je n’ai jamais pris aucune rame à « Haxo » (drôle de nom, lignes 3 et 7 dans le 19ème arrondissement), ni à « Porte Molitor – Murat » (16ème arrondissement), ni à « La Défense-Michelet » (ligne 1), ni à « Elysées-La Défense » (ligne 1), ni non plus à « Orly-sud »... Et pour cause ! Si ces 5 stations ont été creusées, elles n’ont jamais reçu d’accès extérieur et n’ont jamais été mises en service ! Voyons dans quelles circonstances.

 

« Haxo » possède des voies empruntées par des rames pour des trajets internes et techniques.

 

« Porte Molitor – Murat » devait assurer la desserte dans le cadre de l’exploitation du stade du Parc des princes : l’idée a finalement été abandonnée.

 

Simples locaux aménagés, les stations de la Défense et d’Orly n’ont même pas de voies.

 

Celles de la Défense devaient à l’origine (années 60) être situées sur le trajet d’une future extension entre Neuilly et la Défense via un tunnel creusé sous la Seine : cette extension du métro a bien eu lieu dans les années 90 mais… le métro a emprunté finalement le pont de Neuilly, s’arrêtant alors à la station « Esplanade de la Défense » de surface, rendant alors les deux autres stations totalement inutiles.

 

Quand à celle d’« Orly sud », placée sous les parkings et censée accueillir un prolongement de la ligne 7, le métro de surface Orlyval mis en service en 1991 l’a rendu également désormais inutile.

 

Nous pourrions aussi parler d’une étrange station, bien réelle, mais dont le nom change et où les voyageurs sont parfois affublés de drôles de costumes… Nous allons voir cela un peu plus loin, patience…

 

-oOo-

 

Le métro de l’angoisse

 

Quels sont les risques encourus dans le métro aujourd’hui ?

 

Franchement, sur les chiffres de la « criminalité » dans le métro au sens large (petite délinquance, vols, vols à la tire, agressions, violences et crimes, de sang ou sexuels, mélangés), l’opacité la plus complète règne en maîtresse.

 

Le moteur de recherche du site internet officiel de la RATP affiche, pour délinquance : « votre recherche n’a abouti à aucun résultat ». Eh, pas folle la RATP ! Sur le site de l’INSEE : rien à déclarer non plus. Le site du Routard n’en parle pas, lui non plus (il ne faut pas effrayer le touriste !) pas mais recense honnêtement les échanges des internautes sur les forums. C’est instructif sur l’état d’esprit des touristes et des habitants de Paris, finalement assez confiants. C’est même plus instructif que le site de l’Office National de la Délinquance et des Réponses Pénales. L’ONDRP et son outil internet dédié (au nom anxiogène : Cartocrime !) ne nous apporte pas non plus de réponse claire et lisible, malgré des données statistiques et technocratiques à foison.

 

Or, dans une situation d’ignorance et sans analyse rationnelle de la réalité, la perception et l’intuition prennent le dessus. Et pas pour le meilleur.

 

Car, reconnaissons-le, malgré ses efforts, malgré ses couleurs, ses publicités, malgré ses agents de nettoyage qui briquent ses quais, malgré ses rames de plus en plus modernes aux sièges pourvus de couleurs chaudes et de caméras de vidéosurveillance, malgré ses annonces par haut-parleurs (où une voie suave vous informe que « par suite d’une avarie matériel, le service est très perturbé.. »), malgré ses caméras omniprésentes qui baladent leur œil de verre inquisiteur sur tous les quais, malgré ses 350 agents de sûreté à l’œil soupçonneux et à la carrure impressionnante, vous ne pourrez jamais vous sentir totalement à l’aise dans le métro.  

 

Pourquoi ?

 

La Plume et le Rouleau © 2012 Tous droits réservés.

Par Sho dan - Publié dans : Civilisation, vie politique, société
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Samedi 15 septembre 2012 6 15 /09 /Sep /2012 01:05

Cher(e)s Ami(e)s et abonné(e)s des chroniques de la Plume et du Rouleau,

 

Il faut vraisemblablement en chercher l’explication de l’angoisse qui nous saisit dans le métro dans les réflexes ancestraux de notre espèce, ancrés depuis des millénaires dans le fonds du tréfonds du bi du bout de notre néocortex, voire de notre cerveau reptilien : nous sommes des animaux qui vivons à l’air libre, qui aimons le soleil et la lumière. Les ténèbres, l’obscurité, l’étroitesse nous inquiètent et nous oppressent.

 

Ainsi, à minuit : vous sentez-vous ainsi plus en sécurité sur des Champs-Elysées illuminés au milieu de la foule ou seul(e) dans une forêt ? La réponse vous semble évidente, spontanée, intuitive. Et pourtant, rarissimes sont les attaques par un prédateur, les agressions, les vols de portable et les violences de toute sortes dans les forêts françaises alors que, dans le quartier de la plus belle avenue du monde, on recensait en 2006 plus de 1500 actes de délinquance (désolé, je n’ai pas trouvé de chiffres plus récents).

 

Et vous sentez-vous plus en sécurité sur un quai ou dans une rame ? Eh bien, sachez que, Métro + RER confondus, les chiffres 2007 de l’ONDRP indiquent que, en fait, 65 % du total des délits sont perpétrés à l’intérieur de la rame. Qui l’eut imaginé ?

Metro-passage.JPG

Pourtant, de l’avis général, « le métro, c’est dangereux ».

 

Ainsi, en 1982, 7 % des personnes interrogées déclaraient avoir été personnellement victimes d’une agression dans le métro : un chiffre évidemment extravagant puisque, à cette date, rapporté à la fréquentation générale, une telle donnée aurait mathématiquement induit un nombre d’agressions de… 150 000 (contre 1 585 recensées par la police) !

 

Et nul ne sera rassuré par le fait qu’un vol dans le métro peut (« peut » !) être sanctionné par 5 ans de prison (contre 3 en surface). Chacun sait que ces peines ne sont nullement dissuasives parce qu’elles sont ignorées des auteurs des faits et qu’elles ne sont jamais appliquées par les tribunaux dans la vraie vie.

 

La très modeste communication de la RATP sur le sujet de la sécurité dans le métro attise, dès lors, les amplifications navrantes sur la criminalité (réelle) dans le métro.

 

Il suffit de lire les blogs français ou la télévision pour mesurer combien tout fait divers (voyageur poussé, femme violée) est relayé avec gourmandise et annoncé d’un titre angoissant, donnant une impression d’insécurité massive et permanente dans le métropolitain. Sans parler des sites internet et de la télévision où des reportages (genre « immersion dans le métro avec les services de police ») reprennent des images choquantes de caméras de vidéosurveillance montrant des agressions gratuites, des coups, des vols de sacs à main, des portables arrachés, des adolescents rackettés, etc…, tout cela sur fonds de bruits de cavalcades et de musique angoissante.

 

La presse étrangère (pas toujours bien intentionnée au plan touristique) n’est pas en reste et se fait l’écho des lamentations (justifiées) de touristes dévalisés par des pickpockets roumains ou molestés par des groupes de jeunes délinquants venus perpétrer un raid dévastateurs depuis leur proche banlieue.

 

Les forums des sites internet touristiques se font même l’écho de voyageurs inquiets qui demandent s’ils doivent louer une voiture pour éviter le métro ?

 

-oOo-

 

Les risques du métro : la réalité criminelle

 

Gardons la tête froide : le métro est un endroit où la délinquance est présente, endémique et s’exerce essentiellement dans un but de vol. Y circuler nécessite un certain nombre de précautions élémentaires en terme de vêtement, d’horaire ou de destination. Le métro est surtout le repaire de pickpockets ou de zonards, très rarement de réels criminels. Le métro reste incontestablement dangereux dans certaines circonstances, mais pas davantage que n’importe quel boulevard parisien aux mêmes heures.

 

Pour s’en convaincre, ce n’est pas facile. Il faut se livrer à des recherches hasardeuses aux résultats difficiles à croiser mais dont il ressort tout de même quelques enseignements.

 

Les chiffres ci-après sont principalement issus de :

- l’article de Roger-Henri Guerrand dans le magazine L’Histoire (juin 1987 : Le métro de Fulgence Bienvenüe)

- du numéro 15 du magazine Grand Angle (le bulletin statistique de l’Observatoire National de la Délinquance) daté de décembre 2008 (page 5 et 6) et citant des chiffres de 2007 (je n’ai pas trouvé d’étude plus récente).

 

Date                            Agressions + vol          Vols simples    Meurtres

 

Jusqu’en 1970                < 100                         ND                   ND

1970                                 133                         ND                   ND

1981                              1 100                         3 469                10 sur les 10 années précédentes

1982     (métro + RER)    1 585                         ND                   ND

2000                            + 7.18 % / 1999           12 368 (*)

2007     (métro)             10 543  (**)                  10 072 (***)       0

 

(*) niveau identique à 1999                                                                  

(**) inclus 452 « violences et menaces sans vol » (= dites « gratuites » !)

(***) dont 85.4 % « sans violence » (ouf)

 

Ajoutons à ce charmant tableau un total de 37 plaintes pour « atteintes sexuelles » dans les transports en commun de l’Ile-de-France, tous moyens de transport confondus pour l’année 2007.

 

De cela, il ressort d'abord clairement que l’explosion de la délinquance dans le métro sur les années 80 à 90 est incontestable. Certains la minimisent pourtant en :

 

- s’abritant derrière la montée générale de celle-ci dans la société (du genre « Ah là là, de toutes façons, c’est partout pareil, quelle époque… »)

- arguant que cette insécurité se répercute fatalement dans les transports en commun (« en quoi le métro serait-il épargné ? » écrit Roger-Henri Guerrand sans penser que, précisément, il serait bon que les zones plus fréquentées soient précisément les plus sécurisées…)

- la rapportant au nombre de passagers transportés (1.4 milliard / an) dont le nombre a augmenté exponentiellement depuis 30 ans, ce qui est sans comparaison avec la hausse de la population elle-même (la plus belle des statistiques suffit toutefois rarement à calmer les inquiétudes du bon peuple…)

 

Ainsi, dans Le Parisien du 4 mai 2011, la RATP se félicite-t-elle : « Le métro est réputé 8 fois plus sûr que la rue. Nous nous maintenons au niveau des années 1989-90, je ne connais pas beaucoup d'autres grandes villes qui peuvent se targuer d'un tel résultat. On peut toujours faire mieux, mais l'insécurité est maîtrisée. » Et l’exercice d’autosatisfaction aussi, est bien maîtrisé…

 

Conclusion de ces beaux esprits : statistiquement, vous avez plus de chances de vous faire détrousser en-dehors du métro que dedans ! Donc, « y’a pire ailleurs »… Mais comme argument touristique, y’a mieux !

 

De l’analyse de l’excellente et honnête étude de l’OND sur l’année 2007 que j’ai effectuée pour vous, tirons aussi quelques grands traits, lesquels vous surprendront parfois :

 

Globalement, toutes plaintes confondues, les faits de délinquance sont commis entre 17 h 00 et 21 h 00 (l’heure de pointe, évidemment, propices aux vols à la tire).

 

Dans ce cadre, il apparait que la ligne 1 (La Défense – Vincennes, celle du Louvre, des Champs-Elysées bref, des touristes) concentre essentiellement des vols sans violences (919 sur 1012) soit 91 % du total des actes de délinquance qui y sont commis mais que c’est la ligne n° 4 (Porte d’Orléans – Porte de Clignancourt via Saint-Michel et Chatelet) qui détient le palmarès des vols (15 %) de tous styles et est donc la plus « dangereuse ».

 

On retiendra aussi que près de 20 % des agressions (avec vol ou « gratuites ») sont commises après 21 h 00.

 

Et que 75 % de ces agressions ont lieu en semaine.

 

Mais on se fera, au final, la réflexion que les vols ou agressions perpétrés sur les touristes sont vraisemblablement très sous-évaluées, compte tenu d’une faible propension de ceux-ci à porter plainte (une démarche difficile à mener quand on ne parle pas la langue, quand on est là pour trois jours et que, de toute façon, on n’espère pas récupérer ses biens…) D’ailleurs, d’une façon générale, même l’ONDRP a l’honnêteté de dire (non sans un humour involontaire) qu’« il ne faut pas confondre la délinquance commise dans les transports en commun avec celle connues des services de police » : en gros, il y a les chiffres (officiels) et il y a la réalité (pire). Merci de la précision !

 

Mais pas rassurant, tout ça…

 

MetroCar la conclusion statistique du touriste est sans appel : il vaut mieux éviter de se promener en semaine en métro au-delà de 21 h 00 sur les Champs-Elysées… Pas terrible pour la fréquentation de la plus belle avenue du monde !

 

On comprend mieux maintenant les motivations de l’omerta qui règne sur la délinquance dans le métro.

 

Mais on la déplore car, là comme ailleurs, l’absence de transparence suscite les pires méfiances, les craintes les plus irraisonnées et les angoisses les plus folles. Il n’y a pourtant que la vérité qui vaille le coup, tout mensonge par action ou par omission étant assurément une offense à la dignité humaine. Et en l’espèce, les dissimulations des Pouvoirs Publics sont particulièrement contre-productives pour l’image du métro.

 

Si l’on n’y recense (heureusement !) aucun homicide volontaire depuis bien longtemps, en revanche, des morts, il y en a dans le métro…

 

-oOo-

 

Le métro de la mort : suicides et accidents

 

On meurt pas mal dans le métro.

 

Pas tous les jours mais assez souvent. La RATP trouve périodiquement les corps d’infortunés sans-abris, tel celui retrouvé en mars 2011 sur la très chic ligne n°9 entre les stations huppées Trocadéro et Rue-de-la-Pompe (16ème arrondissement). Résultat : plus de 2 heures d’interruption de trafic. Si les riches se mettent maintenant à devoir être importunés par la mort des pauvres, où va-t-on ?

 

Et les suicides ? Là encore, la RATP est du genre avare en termes d’informations. Il lui arrive cependant de faire épisodiquement preuve de transparence. Ainsi, en 2006, a-t-elle reconnu une moyenne (impressionnante) de 2 suicides par semaine (les lignes ayant le plus fort trafic étant logiquement, du point de vue statistique, celles choisies majoritairement par les désespérés : RER A, lignes n° 7 et n°4). C’est ce que les annonces audio sur les quais appellent pudiquement des « accidents voyageurs »…

 

Pour gérer ce problème, la RATP a notamment mis en place une cellule de soutien psychologique… pour ses agents. C’est bien. Mais nul doute que les portes vitrées, désormais installées au bord des quais de la ligne n°1, joueront dans l’avenir un rôle bien plus efficace de dissuasion de ces gestes de désespoir.

 

En revanche, pour ce qui est du transport lui-même, disons-le tout net : le métro est un moyen de transport et de locomotion extrêmement sûr pour le voyageur : zéro collision, zéro mort au titre du transport de voyageurs depuis l’origine. Qui peut en dire autant ?

 

Il y a certes de temps en temps des déraillements, assez rares. Le dernier est survenu le 22 mars 2012 à 11h30 à la station « Nation » (ligne n°2) : une rame a déraillé juste avant d'arriver au terminus et la centaine de voyageurs présents a simplement du gagner le quai à pied (une défaillance d’aiguillage sans gravité). Le précédent déraillement, lui, avait eu lieu en août 2000 à la station Notre-Dame- de-Lorette (ligne n°12) : une rame dépassant la vitesse autorisée s'était carrément couchée sur la voie et l'accident avait fait 24 blessés.

 

Une fois passés ces incidents de conduite objectivement anecdotiques, disons cependant un  mot de la catastrophe du 10 août 1903 qui, elle, marqua les esprits mais qui, notons-le, ne fut pas imputable au transport des voyageurs lui-même.

 

Elle se déroula au métro « Couronnes ». D’aucuns, d’ailleurs, à l’époque, ne manquèrent pas de faire le rapprochement avec les prédictions de la voyante, en vogue à l’époque : la célèbre « Madame de Thèbes » (1845 – 1916, de son vrai nom Anne Victorine Savigny) pour l’année considérée. N’avait-elle pas « vu » par avance un évènement néfaste, grâce à la puissante déduction, opérée grâce à sa science des chiffres, que 1+9+0+3 = 13, chiffre maudit depuis l’aube du christianisme, mmmh ?

 

Plus sérieusement, qu’arriva-t-il, au juste ?

 

Couronnes est une station de la ligne n°2 du métro, située à la limite des 11ème et 12ème arrondissements, soit au nord-est de la capitale.

 

Le 10 août 1903, vers 19 h 30, un incendie se déclare dans la rame 43 à la station « Barbès », suite à un court-circuit. La rame est évacuée, l'incendie semble maitrisé et le train est alors poussé vers la station « Nation » pour libérer la ligne. Il n’y a là aucune victime. Ce qu’on ne sait pas, c’est que, en réalité, le feu couve…

 

Metro-catastrophe-Couronnes-1903.JPGArrivée en gare de Ménilmontant (« mais oui, madame… »), la rame 43 recommence en effet à brûler et on ne parvient, cette fois, pas à circonscrire l’incendie qui dégage d’importantes fumées. Ces fumées commencent à se répandre dans le tunnel et reviennent vers la station précédente : Couronnes. Là, la rame 48 stationne encore : quatre wagons bondés de 300 passagers. Averti de l'incendie, le wattman (c’est ainsi qu’on appelle le conducteur, également mécanicien, à cette époque) de la rame ne redémarre pas et demande aux voyageurs de descendre et d'évacuer la station par l’escalier de la sortie (→ en tête).

 

Or, cette sortie est la seule de la station (il n’y en a aucune à l’autre bout du quai), située en tête du train. C’est donc de ce côté qu’arrivent les fumées en provenance du tunnel et de la station suivante ! Mais la foule, inconsciente du danger, n’évacue pas assez rapidement : certains voyageurs, mécontents de cette évacuation, interrogent même plutôt le malheureux conducteur sur les mécanismes de remboursement des billets.

 

Quand la fumée devient soudainement dense, masquant les lumières, de nombreux voyageurs, au lieu d’avancer pour franchir le rideau de fumée et gagner les escaliers au plus vite, reculent au contraire en désordre sur le quai… au bout duquel il n’y a aucune issue. Enfumée, la station est maintenant plongée dans l’obscurité, sans indication lumineuse de secours. C’est le désordre, le sauve-qui-peut indescriptible, les cris. De nombreux voyageurs vont de l’avant et gagnent péniblement l’escalier à tâtons, s’échappant par la sortie normale. Ceux qui refluent sur le quai sont piétinés, écrasés contre le mur du fond et meurent étouffés par le reste de la foule ou asphyxiés par la fumée. D’autres encore tombent sur les voies : cinq ou six empruntent le tunnel à rebours et rejoignent la station précédente (« Belleville ») mais d’autres périssent rapidement, désorientés dans l’obscurité (les tunnels ne sont pas éclairés) et étouffés par le monoxyde de carbone.

 

Les pompiers ne parviennent à pénétrer dans la station (il n’y a à l’époque pas de masque à oxygène) qu’à cinq heures du matin le lendemain. Ils relèvent autour de 80 corps (les chiffres avancées par diverses sources ne concordent pas tous), dont la grande majorité est amoncelée au bout du quai, contre le mur du fonds, où il n’y avait aucune issue.

 

La nouvelle frappe les esprits et se répand en Europe : c’est la première catastrophe de ce genre dans un métro souterrain. Le cardinal-évêque de Paris, monseigneur Richard, prescrit des prières publiques mais la Compagnie du Métropolitain de Paris, elle, prend des mesures plus pratiques :

 

          le matériel, presque entièrement en bois, est mis en cause : on décide de le remplacer rapidement par du matériel en métal. Ce sera chose faite en 1907 et, en 1908, on mettra en service les fameuses rames dites Sprague-Thomson qui se signaleront par une extraordinaire longévité (la dernière ne cessant de rouler qu’en… 1983)

          l'alimentation électrique, de son côté, est répartie sur 2 réseaux indépendants : ainsi, en cas de rupture d’alimentation sur les trains, l'éclairage des stations peut être maintenu.

          on éclaire aussi les issues de sortie par un panneau lumineux spécifique

-           enfin, on éclaire désormais tous les tunnels de bout en bout

 

Et, jamais plus, à Paris, un accident ferroviaire de ce type ne se produira.

 

-oOo-

 

L’étrange crime du métro

 

Le métro connait son lot de faits divers. L’une des dernières affaires les plus médiatisées remonte à octobre 2011 où, à la station Crimée, un homme (« Babou ») avait été poussé sur les rails et était tombé, mourant électrocuté. L’accident, reportée avec tapage par une presse avide de sensationnalisme et peu regardante sur la rigueur des informations diffusées, semblait avoir eu lieu à la suite d’une altercation survenue dans des conditions mal éclaircies avec un autre homme et impliquant une jeune femme dont la trace n’a, par ailleurs, jamais été retrouvée. Les journalistes, naturellement, ne se sont ensuite guère excusés d’avoir relayé sans frein une information fumeuse d’abord présentée comme un drame de l’héroïsme individuel face à la délinquance dans les transports en commun… Pitoyable.

 

Le crime survenu le 16 mai 1937, lui, mérite, au contraire, une mention particulière, tant l’enquête a passionné l’opinion publique de l’époque, a suscité de spéculations, a balayé nombre d’idées reçues et, finalement, a posé davantage de questions qu’elle n’a apporté de réponses.

 

Ce jour-là, dimanche de Pentecôte, à la station Porte dorée (deuxième station après le départ de la ligne 8), six voyageurs montent dans la voiture de première classe. Le wagon est quasiment vide : un seul voyageur est déjà présent. C’est une femme coiffée d’un chapeau blanc qui semble somnoler. Quelques secondes plus tard, à 18 h 27… elle s’écroule dans une mare de sang ! Dans son cou, enfoncé de côté jusqu’à la garde, un couteau Laguiole qui a même sectionné la moelle épinière…

 

Parmi les voyageurs du wagon, un médecin l’examine. On prévient les secours, la police arrive et le jeune agent qui fait les premières constatations enlève l’arme du crime. On transporte la victime à l’hôpital Saint-Antoine mais elle meurt durant le transport…Si les voyageurs du wagon sont interrogés, ceux du reste de la rame repartent en revanche sans contrôle.

Metro - Laetitia Toureaux 1937

Dès la nouvelle connue et commentée dans la presse, c’est évidemment l’émotion. L’identité de la victime est rapidement établie : Laetitia Toureaux est une veuve de 30 ans, née Nourrissat en 1907 dans le Val d’Aoste, elle a émigré en France avec sa famille et a épousé un Français, industriel spécialisé dans les objets en étain repoussé, qui est décédé quatre ans plus tard. Laetitia Toureaux vit seule dans un appartement et sa concierge vante sa vie régulière, sa nature réservée et douce ainsi que sa bonne moralité (elle est membre d’une société philanthropique, la « Ligue du bien public »). Tous les matins, elle se rend par ailleurs à son travail : un emploi d’ouvrière dans une usine de pâtes à cirer à Saint Ouen où on loue son bon caractère et ses services sans reproche.

 

Alors, comme cela, on assassine les honnêtes femmes dans le métro à coups de couteau, maintenant ? Où va-t-on, vraiment ? Et que fait la police ?

 

La police, justement, mène l’enquête. Elle conclut rapidement que le meurtre a eu lieu entre la première et la deuxième station. De deux choses l’une : soit le meurtrier était dans le wagon du crime et en est sorti à la station « Porte dorée » sans que les 6 passagers qui montaient ne s’en aperçoivent, soit il est passé, avant l’arrêt, discrètement dans un wagon de seconde classe sans être vu des passagers de celui-ci. Quoiqu’il en soit, compte tenu des erreurs commises au départ (brouillage des empreintes digitales sur l’arme du crime, identité des autres voyageurs de la rame impossible à établir…), le commissaire Badin, de la police Judiciaire, a bien du mal à progresser.

 

A moins que la maréchaussée ne cache certaines choses ? C’est ce que pense une certaine presse d’investigation qui va, elle, se charger de mener une enquête serrée et va tenir l’opinion publique en haleine au fil de révélations plus nombreuses qu’on ne l’aurait imaginé…

 

La Ligue du bien public ? On y entre par parrainage. Et qui sont les parrains de Laetitia Toureaux ? Un commissaire de la PJ et un certain monsieur Rouffignac, directeur d’une agence de détectives privés, révèle ainsi Paris Soir, sous la plume de son journaliste vedette Géo-Charles Véran ! Drôles de fréquentations, pour une jeune veuve modèle… Et le sieur Rouffignac en rajoute : il a parrainé Laetitia Toureaux car il l’avait précédemment… employée comme « indic » et avait apprécié ses talents ! De mieux en mieux…

 

On découvre alors que Laetitia est rétribuée par la direction de son usine pour les services qu’elle lui rend au titre de sa surveillance du climat social… Vraiment serviable, cette Laetitia.

 

Tellement serviable que des rapports de police montrent que plusieurs inspecteurs ont aussi déjà fait appel à elle.

 

Rapidement, la vraie vie de Laetitia Toureaux s’éclaire donc d’un jour nouveau : sous le pseudonyme de « Yolande », Laetitia fréquente aussi les bals et les guinguettes. Elle a, par exemple, tenu le vestiaire de l’As de Cœur, un établissement situé au 26 de la rue des Vertus (3ème arrondissement, ça ne s’invente pas !). Dans cette rue populaire d’un quartier « chaud » sans être mal famé, plus d’une quinzaine de « bastringues » (bals populaires) drainent une faune interlope venue « en tourner une » (ou plusieurs) au son de l’accordéon. Ouvriers, petits truands et proxénètes, prostituées, flics, bourgeois encanaillés, militants d’organisations nationalistes françaises (notamment de la crapuleuse Cagoule), opposants au régime fasciste italien, habitués divers fréquentent cet établissement pas vraiment fait pour des pensionnaires de couvent…

 

Laetitia-Yolande, elle-même, n’a rien d’une oie blanche : elle a deux amants. Ce qui retient l’attention, c’est qu’ils ont un profil bien particulier : ce sont tous les deux des militaires sur des sites particulièrement sensibles, la ligne Maginot et le port de Toulon. Rappelons, pour situer un contexte assez tendu, que nous sommes en 1937, que le réarmement de l’Allemagne bat son plein et débouchera l’année suivante sur l’annexion des Sudètes (Tchécoslovaquie) et que le Japon s’apprête à envahir le reste de la Chine.

 

Enfin, d’une manière générale, on découvre que Laetitia-Yolande a aussi gardé des contacts étroits avec ses compatriotes italiens (elle devait participer à un banquet avec des Italiens le soir même du meurtre) et que l’ambassade d’Italie (l’Italie fasciste de Mussolini, au pouvoir depuis 1922) a un service de renseignement privé sur les feuilles d’émargement duquel figure le nom d’une dame Nourissat (le nom de jeune fille de Laetitia Toureaux) !

 

Les hypothèses s’accumulent. De truands, de Cagoulards, d’immigrés italiens antifascistes, ou d’autres encore : qui a eu la peau de Laetitia-Yolande Toureaux ? L’enquête n’aboutira à rien et sera finalement  classée.

 

Elle eut un rebondissement inattendu en juin 1962 : cette année-là, la police reçut une lettre anonyme, fort bien rédigée et fournissant de nombreux détails pour revendiquer le meurtre. Son rédacteur se présentait comme un homme né à Perpignan en 1915, monté à Paris pour y faire ses études de médecine et qui avait connu Laetitia au bastringue L’Ermitage. Amoureux sincère éconduit sans ménagement par la belle, taraudé par la déception, la frustration et la jalousie, l’homme aurait utilisé une clé « de pompier » pour s’éclipser d’un wagon à l’autre après le meurtre de Laetitia Toureaux.

 

Plausible et aisément vérifiable, il ne semble pas que cette piste ait été réellement exploitée par la police, ou bien celle-ci n’a-t-elle pas trouvé matière à conclure à quoi que ce soit ?

 

Aujourd’hui, encore, cette affaire reste inexpliquée.

 

-oOo-

 

Du Trou d’mon quai  au poinçonneur des Lilas

 

Partie intégrante du quotidien des Parisiens, le métro a naturellement inspiré nombre de chansons. Je ne vous les citerai pas toutes, de peur d’en oublier forcément. Je me contenterai d’un coup de projecteur sur quelques unes en observant que, d’une manière générale, le métro inspire majoritairement de la bonne humeur mais rarement de la mélancolie ou de la tristesse.

 

En 1906, le chanteur comique Dranem nous interprète le graveleux Le trou d’mon quai : une suite de contrepèteries à la finesse douteuse mais qui aura un certain succès puisque le groupe Les Charlots le reprendra en 1971.

 

En 1910, le métro inspire Au métro, chanté par Henri Vilbert et Le joyeux contrôleur chanté par Albert Faivre puis, vont s’enchaîner ensuite, au cours du XXème siècle, un grand nombre d’œuvre rarement impérissables mais qui, pour les maniaques et les nostalgiques, ont fait l’objet d’une compilation en CD à l’occasion des 100 ans du métro (Chansons métropolitaines, 1900 – 2000)

 

Citons donc :

La petite dame du métro (1911) par Germain Landry

Le jeune homme du métro (1912) par Nitta-Jo

Les petits pois du métro : chanson légumineuse (1912) par Eugène Mansuelle

Dans les couloirs du métropolitain (1918) par Marcelly

Le métro de l'amour par Borel's

Le métro qui passe (1927) par Fournier

Le Parisien par René Dorin

Anatole prend le métro (1932) par Jacki

Les martyrs du métro par Sarthel

La métropolitainette par Paul Nérac

Idylle souterraine par Jean-Loup

Métro Barbès par Line Viala

Dans le métro (1944) par Roger Dann

Stop par Irène de Trébert

Pour me rendre à mon bureau (1945) par Georges Tabet

Amour et métro (1948) par Félix Paquet (en 1974, le chanteur comique Patrick Topaloff - inoubliable interprète de l’impérissable « J’ai bien mangé, j’ai bien bu, j’ai la peau du ventre bien tendue, merci petit Jésus… »  en 1971 - nous livrera une resucée de cet opus particulièrement ringard, d’ailleurs même moi je ne m’en souviens pas)

Denfert Barbès (1948) par Lily Fayol

Le métro (1948) par Léo Ferré

Métro (1949) par Yves Montand et aussi par Robert Lamoureux

Le couple du métro par Georgette Plana

On danse au métro (1955) par Marie Dubas

Les amoureux du métro (1957) par Carline

 

La plus célèbre des chansons est certainement Le poinçonneur des lilas (comprenez « le poinçonneur de la station Porte des lilas ») composée et interprétée en 1958 par Serge Gainsbourg. Qu’est-ce ?

 

A cette époque, pas de tourniquet (les « tripodes », c’est le nom officiel) : on achète un billet puis l’on emprunte le couloir. Juste avant d’accéder au quai, un poinçonneur vous perce votre titre de transport d’un petit trou au milieu, ce qui le valide et le rend invalide pour un autre trajet. Quand on attend, c’est donc dans les couloirs, bien serré au milieu d’un troupeau compact d’autres usagers (on ne peut même pas marcher de long en large comme on le fait aujourd’hui sur le quai).

 

Gainsbourg dénonce poétiquement cette tâche déshumanisée (« le gars qu’on croise et qu’on n’regarde pas »), répétitive (« des p’tits trous, des p’tits trous, encore des p’tits trous… »), mécanique (« des trous d’première clâââsse, des trous d’seconde clâââsse… ») et abrutissante (« Y a d´quoi d´venir dingue, de quoi prendre un flingue, s´faire un trou, un p´tit trou, un dernier p´tit trou… »).

 

En 1974 aura lieu une avancée technologique majeure dans la vie de l’usager : la bande magnétique sur le ticket. Cela s’inscrit tout-à-fait dans un courant général de modernisation de la société française que le jeune président Giscard d’Estaing incarne à merveille. Cette année-là, on supprime donc les postes (déjà !) de poinçonneurs : la machine remplace l’homme. Désormais, on introduit son ticket dans une fente, la machine l’avale goulûment, elle semble le digérer avec un bruit de rouages aussi rapide qu’inquiétant et elle vous le recrache, tamponné d’une zébrure, dans une autre fente d’où vous l’arrachez avec vigueur avant de faire pivoter le tripode dans un grand « schlong » bien reconnaissable.

 

Ca y est : la civilisation a fait un grand pas… La suite...  

 

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Par Sho dan - Publié dans : Civilisation, vie politique, société
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Samedi 15 septembre 2012 6 15 /09 /Sep /2012 01:00

Cher(e)s Ami(e)s et abonné(e)s des chroniques de la Plume et du Rouleau,

 

Poursuivons notre évocation du métro en chanson avec :

 

Premier Métro par Lise Médini

Dans les wagons de première classe (1965) Henri Tachan

La vache dans le métro (1967) par Pierre Louki

Métro par Anne et Gilles

La jeune fille du métro (1972) par Renaud

Le joueur d'accordéon (1974) par Yves Simon

Le métro (1977) par Philippe Cosquer

Les chauves-souris du métro (1977) par Pierre Rapsat

 

Cette année 1977, le groupe de rock français Téléphone, dans son album Anna, nous livre une chanson entièrement dédiée au métro (mais pas pour le célébrer) : Métro, c’est trop et l’évoque très brièvement dans le célèbre et contestataire tube Hygiaphone, qui lance la notoriété du groupe (« Donne-moi plutôt un p’tit ticket doré pour aller m’balader… »)

 

En 1982, on l’a dit au début de cette chronique, le jingle « Tic-tac-toc… T’as le ticket chic, t’as le ticket choc » déferle sur nos TV dans le cadre de la publicité pour le métro (« Prenez la deuxième voiture ») : la chanson complète est l’œuvre d’Isabelle Dumont et de Germinal Tenas.

Metro 

Dans la foulée, on voit l’éclosion d’un groupe de musiciens inédit. Ce ne sont désormais pas seulement des artistes qui vont parler du métro (tel Jean Guidoni avec Le voyage en 1980. Non, c’est carrément une bande de… conducteurs de métro qui, sous la houlette du leader Jean-Michel Grandjean, se réunissent pour pousser la chansonnette sous le nom de scène de … « Service Public » (évidemment). Comme Grandjean a l’humour de le dire : Service Public est le groupe de musique le plus… underground ! 

 

Pendant une bonne dizaine d’années, ces garçons motivés composeront une petite huitaine de titres (un rendement faible mais, après tout, ils n’ont pas non plus que ça à faire : qui c’est qui conduit les rames, pendant qu’ils brament, hein ?) qui fleurent bon le syndicalisme à l’ancienne et l’amour de la capitale : Métromambo (1985), Nostradabus (1985), Privatisation (1987), Dans le métro (1988), Egales, égaux (1991) Fulgence Bienvenüe et Mai 1936 (2000).

 

Les années 90 voient les titres relatifs au métro continuer de paraitre régulièrement : La carte orange de Jean Guidoni en 1990 (un titre qui renvoie à une époque déjà révolue puisqu’il n’y a plus de « carte orange » mais uniquement maintenant des « pass navigo »), Bercy Madeleine et Le Métro (1992) de Pierre Perret, Obsolète (1996) de MC Solaar, Le métropolitain (1998) de Philippe Val, Métropolitain (1998) de Superflu, Le métropolitain (1998) de Zoazoo… Et les années 2000 ne seront pas en reste même si, franchement, aucune ne me vient spontanément à l’esprit, preuve que, décidément, les chansons du métro ne portent plus la même charge émotionnelle qu’autrefois.

 

Le métro, quoiqu’il en soit, est décidément, indissociable de Paris.

 

Et inversement

 

Et c’est pourquoi les cinéastes le considèrent comme un décor incontournable, dès qu’il s’agit de parler de la capitale.

 

-oOo-

 

Les films dont le titre évoque le métro… alors qu’on ne le voit pas !

 

La fascination du Septième art pour le métro parisien ne se dément pas.

 

Je vous rappelle au passage que le terme « Septième art » est une expression proposée en 1919 par Ricciotto Canudo pour désigner l'art cinématographique, suite au classement du philosophe Hegel qui, dans son Esthétique, distingue seulement six arts : l’architecture, la sculpture, la peinture, la musique, la danse, la poésie.


Bon, pour ce qui est des œuvres cinématographiques qui ont, de près ou de loin, un rapport avec le métro, on peut les classer sommairement en cinq grandes catégories.

 

La première concerne les œuvres dont le titre accroche le spectateur par un titre parlant du métro alors que le film ne traite pas du sujet.

 

Paradoxal, non ?

 

C’est le cas, par exemple, du Dernier métro (1980) de François Truffaut. Catherine Deneuve, Gérard Depardieu et Jean Poiret ne nous y décrivent pas la vie du métro sous l'Occupation mais celle du… Théâtre Montmartre, dont le directeur Lucas Steiner, israélite d'origine allemande, se cache dans les caves. Derrière ce titre-prétexte, c’est bien de planches et non de traverses dont il est question.

 

Le paradoxe est encore plus criant avec Zazie dans le métro (1960) de Louis Malle. Car non seulement Zazie arrive dans Paris… en train mais encore l’objectif du film est-il surtout de montrer la vie des quartiers de la capitale (aujourd’hui terriblement désuète) avec quelques personnages pittoresques et vaguement surréalistes (Philippe Noiret). Finalement, le seul moment où l’on montre le métro, c’est de l’extérieur, quand Zazie tente (sans succès) d’entrer dans la station « Bastille », fermée… pour cause de grève ! Dans ce film, finalement, Zazie ne mettra jamais les pieds dans le métro.

 

C’est n’importe quoi, quand on y réfléchit…

 

-oOo-

 

Les films dont le titre n’évoque pas le métro alors que, l’essentiel de l’intrigue s’y déroule directement ou indirectement…

 

C’est le paradoxe inverse.

 

La grosse caisse (1965) d’Alex Joffré est de ceux-là : Bourvil y incarne le chef de la station de métro « Quai de la râpée » qui s’évertue maladroitement à monter un plan pour s'emparer de la caisse (on paie beaucoup en liquide à l'époque).

 

Et dans Les portes de la nuit (1946) de Marcel Carné, le jeune résistant Diego (Yves Montand) s’éprend, lui, le temps d’une nuit dans les tunnels du métro, de la belle Malou (Nathalie Nattier), mariée à un collaborateur.

  

-oOo-

  

 

Les films dont le titre ou le propos n’évoque pas le métro mais dont tout ou partie du scénario se situe à Paris, ce qui nécessite donc quelques plans dans le réseau ferré souterrain.

 

Ce sont les plus nombreux car, pour mieux rendre l’ambiance unique de la capitale, rien de tel que quelques images du réseau ferré souterrain (ce n’est cependant pas absolument automatique, certains films comme l’excellent Minuit à Paris – 2011 - de Woody Allen ne comportant, bizarrement, aucune scène de ce genre).

 

Pour ces films-là, qui contribuent autant à la promotion de la capitale qu’à celle de son moyen de transport le plus célèbre, la RATP fait des efforts considérables. Elle accorde un soin particulier à aider les cinéastes à tourner dans le métro (mais aussi en bus, en tramways, ce qui n’est cependant pas le sujet immédiat de cette chronique), le plus souvent la nuit et en fournissant du matériel ferroviaire d’époque.

 

La ligne la plus prisée des cinéastes est la ligne 6 (de « Etoile » à « Nation » via « Denfert-Rochereau »).

   

Parmi les films récents comportant des scènes tournées dans le métro (et outre ceux mentionnés ci-dessus), citons, pêle-mêle et non exhaustivement :

 

Charade (1963)

Le samouraï (1967)

L’ami américain (1977)

Mauvais sang (1986)

Une époque formidable (1991)

Les rois mages (2001)

Mesrine (2008)

Les femmes de l’ombre (2008) de Jean-Paul Salomé, qui nous offre une spectaculaire fusillade (inventée) entre résistantes et collaboratrices à la station Concorde. On pourra aussi citer Julie et Julia (2009), Ca commence par la fin (2009), The tourist (2010) et bien d’autres…

 

Et A bout portant (2010), me direz-vous ? Voilà en effet un film spectaculaire avec de nombreux plans, scènes d’action, courses-poursuites endiablées et fusillades nourries, tourné en partie dans les couloirs du métro (« Chatelet-les-Halles », « Auber »). Or, les prises de vues n’y dépassent, hélas, pas deux ou trois secondes de plan fixe et, quoique leur succession rapide donne au film un rythme haletant et moderne, le métro parisien, en lui-même, n’y gagne pas en visibilité.

 

La RATP, pourtant, fait de gros efforts pour favoriser les tournages. S’il n’est pas possible de tourner in situ (dans un wagon « privatisé » pour l’occasion, par exemple ou sur un quai désert) la RATP aide les cinéastes à recréer l’atmosphère ad hoc : si le cinéma ne peut pas aller au métro, c’est le métro qui va au cinéma.

 

Metro - Studio Porte des LilasComment ? Par la mise à disposition d’une station désaffectée au trafic depuis 1939 et désormais dédiée spécifiquement aux tournages : une station-studio, en quelque sorte, située Porte des lilas (nord de Paris).

 

Dans cette station authentique de 75 mètres de long se tournent, en moyenne, 5 films par an (à comparer à une moyenne de 50 à 70 productions annuelles sur l’ensemble du réseau métro-bus-tramway-RER). On la personnalise en y changeant le nom au gré du scénario : c’est ainsi que « Porte des lilas » est transformé en « Concorde » pour les besoins de Les femmes de l’ombre, en « Opéra » pour A bout portant et en « Abbesses » pour Le fabuleux destin d’Amélie Poulain (2001). On place ensuite les panneaux publicitaires adéquats et on fait circuler la rame de l’époque correspondante (la RATP fournit pour cela les conducteurs, électriciens et personnels de maintenance qui se divertissent assez de ce « Lilaswood » du 9-3)…

 

Et, en plus, ça rapporte à la RATP : 15 000 à 18 000 euro la journée, chiffre d’affaires total annuel : 200 000 ! Que demande le peuple ? De pouvoir visiter cette station très spéciale. Eh bien, c’est même faisable durant les journées du patrimoine. RATP : c’est possible !...

 

Mais parlons maintenant de l’endroit où a été tournée, d’un point de vue purement personnel, la scène la plus marquante mettant le métro en scène au cinéma.

 

Souvenez-vous…

 

En 1975, Henri Verneuil tourne Peur sur la ville. Le film comporte une séquence restée dans la mémoire collective (au moins d’une génération : la mienne !) : le commissaire Letellier (énergique Jean-Paul Belmondo) y poursuit un bandit en n’hésitant pas à… grimper sur le toit du métro de la ligne 6 (celle qui relie l’Etoile à la place de la Nation via la place Denfert-Rochereau) lors du passage sur le pont de Bir-Hakeim, depuis lequel on voit (merveilleusement) la tour Eiffel.

 

Metro - Peur sur la ville - Belmondo 1Rappelons brièvement ce moment épique pour en souligner tout à la fois le caractère emblématique d’une époque, ses anachronismes et en même temps son réalisme qui force l’admiration.

 

Voyons cela.

 

L’argument du film est simple : tout en tentant de mettre hors d’état de nuire un tueur en série qui terrorise la capitale, Bébel, le héros bondissant aux biceps d’acier, s’emploie aussi à mettre la main au collet d’autres malfrats. Comme ce commissaire est très au-dessus du niveau moyen de ses collègues, il utilise des méthodes pas toujours autorisées par les procédures et emploie les techniques les plus modernes. Ainsi utilise-t-il un téléphone « portable » (innovation technologique à peine concevable à l’époque) embarqué dans sa voiture.

 

Recevant un coup de fil boulevard Haussmann (face aux Galeries Lafayette) lui indiquant qu’un des gangsters qu’il recherche a été repéré dans le métro, Belmondo se gare le long du trottoir (franchement, si vous voyez une place pour se garer à cet endroit, vous me faites signe) et descend à pied les escaliers qui mènent à la station du RER « Auber » (où il entre sans ticket mais, bon, c’est Belmondo).

 

Là, changement de plan : si les escaliers sont bien ceux d’« Auber », le quai sur lequel débouche Belmondo, lui, est celui du métro… « Charles-De-Gaulle-Etoile », sur la ligne 6 ! Ce « faux raccord » passe évidemment inaperçu pour les non-initiés. Car l’essentiel n’est pas là mais dans l’innovation qui va suivre. C’est Belmondo lui-même qui a suggéré que l’on modifie le scénario : il a proposé que, pour la poursuite, le bandit soit à l’intérieur du métro tandis que son poursuivant reste, lui, à l’extérieur. Sur le toit par exemple, ce qui serait assez original.

 

Pour le moins… Et Belmondo, qui a le sens du spectacle, n’hésite pas à payer de sa personne.

 

Metro - Peur sur la ville - Belmondo 2Car, en dehors de quelques plans un peu secondaires tournés en studios, l’essentiel de l’action est tourné in situ et Belmondo (qui n’utilise pas de cascadeur) va prendre des risques très significatifs. Le tournage a lieu de nuit pour les scènes à l’intérieur des tunnels : l’acteur y court sur le toit des wagons lorsque le métro passe dans une station (le plafond y est plus haut, ci-dessus) avant de s’aplatir lorsque le métro s’enfonce dans le tunnel. Un mauvais calcul et c’est la décapitation assurée.

 

Le point d’orgue de la séquence est atteint quand le métro débouche à l’air libre et franchit la Seine en surplombant le pont de Bir-Hakeim, venant de la station « Passy » (sens nord-sud). Là (en plein jour) Belmondo se redresse et se met debout quelques secondes sur le toit du convoi qui roule à la vitesse de 60 km/h (contre 80 km/h, normalement). C’est impressionnant, c’est du jamais vu auparavant et c’est réalisé sans sécurité, ni trucage, ni doublure (Bébel tenant à faire toutes les cascades lui-même).

 

Chapeau, monsieur Belmondo... Aujourd’hui, plus personne ne prendrait de tels risques.

 

Personnellement, je pense à cette scène à chaque fois que je prends ce trajet : je crois d’ailleurs avoir désormais repéré l’endroit où étaient placées les caméras (notamment un immeuble sur la rive sud, qui possède une terrasse).

 

-oOo-

 

Les films qui n’ont rien mais alors rien à voir avec le métro, ni de près ni de loin, dont l’intrigue ne se situe absolument pas dans cet univers, mais qui, bizarrement, l’évoquent…

 

Où suis-je allé chercher cela ?

 

Imaginez quatre hommes (Mario, Jo, Luigi et Bimba, aux parcours personnels sur lequel il vaut mieux jeter un voile pudique) échoués, ensablés dans un village pouilleux d'Amérique centrale nommé Las Piedras, qu’ils rêvent de quitter sans en avoir les moyens financiers. Pour en sortir, ils vont accepter de prendre l’énorme risque de convoyer, au péril de leur vie, un chargement de nitroglycérine sur cinq cents kilomètres de routes défoncées. S’ils réussissent : à eux les dollars, la fortune et la belle vie. Mais au moindre chaos, à la moindre erreur : Boum !... C’est Le salaire de la peur (1953) d’Henri-Georges Clouzot, palme d'or au festival de Cannes de la même année.

Metro - Ticket - le salaire de la peur 

Eh bien, dans ce film-culte, je me suis amusé à noter l’évocation du métro parisien. Sur le mur de sa chambre, Mario (Yves Montand)  a en effet dessiné une entrée de métro style Hector Guimard et a épinglé ce qu’il considère comme « le trésor », dit-il. Il le montre à Jo (Charles Vanel) avec une quasi-religiosité : c’est un ticket de métro usagé marqué « Pigalle ». Ca c’est Paris ! Et les deux titis parisiens, égarés dans ce bled du bout du monde, de manipuler le bout de carton avec émotion et nostalgie…

 

-oOo-

 

Enfin (enfin !) des films dont le titre et le propos parlent tous deux du métro et qui y sont tournés quasiment intégralement.

 

La totale.

 

Metro - Subway - AfficheIls sont rares et, pour tout dire, je n’en ai recensé qu’un seul, Subway (1985) de Luc Besson, avec une pléiade de « tronches » du cinéma : Christophe Lambert (rigolard et facétieux), Isabelle Adjani (belle et lasse), Jean-Pierre Bacri (nerveux et brouillon), Michel Galabru (truculent et malin), Jean-Hugues Anglade (marginal et débrouillard), Jean Réno (silencieux, sauf à la batterie), Richard Bohringer (trop serviable), Jean Bouise (bonnasse)… C’est le deuxième long métrage de Luc Besson, qui embauchera certains de ces acteurs dans ses opus suivants.

 

Rappelons-en brièvement le propos. Après avoir dérobé des documents compromettants, Fred (Christophe Lambert), sympathique cambrioleur au caractère imprévisible, se trouve poursuivi par les hommes de main de sa victime. Il se réfugie alors dans le métro parisien.

 

Au fil des négociations ambiguës avec sa victime Helena (Isabelle Adjani, rebelle aux brimades et au snobisme d’un mari brutal et âpre au gain), Fred entraine le spectateur dans un monde souterrain, étrange et inconnu : celui du métro. Pas celui des techniciens et du personnel de la RATP. Non, celui des marginaux, des fuyards, des asociaux, des personnages troubles et glauques qui vivotent de petits métiers, de débrouilles, de recels et de trafics et qui ont investi des couloirs oubliés, des zones « techniques » désaffectées où ils vivent, dorment, errent loin du regard du reste du monde.

 

Subway est un film atypique dont les qualités cinématographiques, malgré 11 nominations aux Oscar (dont 3 récompenses) ont, à mon avis, été injustement sous-évaluées. Peut-être le vois-je de l’œil trop bienveillant des souvenirs de jeunesse ? Qu’importe, Subway n’est pas un film comme les autres, c’est un OVNI du Septième art.

 

Metro - Subway - Roller cascade 1

Le scénario est certes pauvre. Ce n’est pas là l’essentiel. Subway est une fable poétique au déroulé imprévisible : la trame, les lieux, les personnages, le jeu des acteurs, les angles des prises de vue, les musiques, les cascades, tout est inédit et innovant dans ce film.

 

L’univers de Besson n’est pas forcément rationnel (comment peut-on garder allumé un néon qui n’a pas de source d’électricité ?) Mais il est onirique et donc crédible. Dans cet univers parallèle de quais, de couloirs et d’escalators gris éclairés par des néons agressifs, personne ne s’étonne de voir déambuler un visiteur en smoking, de rencontrer une femme en robe de soirée chamarrée, d’apercevoir un vendeur de fleurs fraîches, d’écouter une troupe de musiciens qui jouent leur mélodie (en sous-sol, forcément, ah ! ah !) sans public, de découvrir une salle de musculation et une fête d’anniversaire ou encore de croiser un (insaisissable) délinquant en patins à roulettes qui ouvre  nuitamment les bars des stations pour s’y servir un café... D’une certaine façon, il y a du Marcel Carné dans Luc Besson (du moins, à l’époque).

 

Dans Subway, les plans-séquence sont relativement longs mais sont dynamisés par un usage intensif (et donc moderne à cette date) du travelling, ce qui tranche avec le cinéma de l’époque où les caméras sont fixes mais où le rythme est donné par une accélération des plans. Cela permet de détailler longuement (et assez facilement pour les habitués) les lieux du tournage, parmi lesquels :

 

- la salle centrale de « Chatelet-les-Halles » (où se trouve le PC de la police, que l’on retrouve d’ailleurs dans A bout portant en 2010 !) traversée en courant par Fred

 

- le long couloir de « Chatelet-les-Halles » qui fait accéder aux lignes 11 et 14 (avec son double et immense tapis roulant) où le « roller » - Jean-Hugues Anglade - arrache son sac à main à une voyageuse

 

- l’immense station « Auber » (et son double tapis roulant) menant aux ascenseurs qui montent vers la station « Opéra » d’où Fred, poursuivi par la police, s’éclipse en déverrouillant une porte : une porte qui existe effectivement dans la réalité, mais que je ne l’ai personnellement jamais trouvée ouverte !

 

- la station « Charles-De-Gaulle-Etoile » (et ses escalators qui permettent la jonction entre la ligne 1 du métro et la ligne A du RER). Là, le « roller », poursuivi par une escouade de policiers en képis et chemisettes bleu ciel (toute une époque) emprunte les escaliers mécaniques qui descendent au RER. Pour aller plus vite, il se jette entre deux escalators et glisse, comme sur un toboggan (ci-dessus), à toute vitesse, moitié sur les fesses moitié sur ses roulettes, jusqu’en bas. Là, d’un rétablissement, il se remet sur ses roues, enfile le couloir d’en-face puis, au bout de 50 mètres, prend un virage serré à droite, débouche sur un quai et, d’un bond, il franchit les voies, sous le regard ébahi du conducteur de la rame qui stationne, et atterrit sur le quai opposé !  Fin de la poursuite, inédite et spectaculaire. Et qui appelle quelques remarques anecdotiques pour être mieux comprise... 

 

Metro - Subway - Roller cascade 2

D’abord, dans la réalité, il n’est pas vraiment possible de faire du toboggan entre des escalators (il y a des petites pyramides en métal disposées à l’endroit d’une glissade éventuelle sur le postérieur) : il a donc fallu aménager les lieux pour l’occasion pour que le cascadeur ne se blesse pas.

 

Ensuite, au bas des escalators concernés, il y a certes un long couloir en face. Mais ce couloir mène au RER A et il n’y a aucune sortie sur la droite, seulement un mur… Il s’agit donc là, naturellement, d’un « faux raccord » car les prises de vue montrent deux couloirs différents et le quai duquel le « roller » prend son élan pour franchir les voies appartient en fait à… la ligne 6 (encore elle !). Elle est facilement reconnaissable car, au départ de « Charles-De-Gaulle-Etoile », elle ne comporte qu’une seule voie (le métro fait une boucle et repart dans l’autre sens) : c’est plus étroit et donc a été moins difficile à franchir d’un bond par le cascadeur en roller Thierry Penot, au mérite duquel cette anecdote n’enlève évidemment rien.

 

Mais je vous concède qu’il faut avoir visionné la scène de nombreuses fois et être en même temps un habitué des lieux pour comprendre la supercherie.

 

Sacré Luc Besson, toujours prêt à nous mettre dans le (Grand) bleu…

 

-oOo-

 

Terminus

 

Nous voici maintenant parvenus au terme de notre ligne de métro autant que des lignes de cette chronique.

 

Si le métro continue de se transformer (bornes électroniques d’accès aux quais, rames sans conducteurs, publicité omniprésente, extension des lignes existantes…), il est à la fois pétri de permanence et objet d’évolutions. Globalement, malgré tout, la première l’emporte sur les secondes. Certes, des aménagements ont lieu à la marge, des stations sont rénovées (pas toujours embellies…) mais, d’une façon générale, la structure des couloirs, des quais et des liaisons, établie par Fulgence Bienvenüe il y a plus d’un siècle, reste la même.

 

L’homme, lui, est relativement (et injustement) tombé dans l’oubli de nos jours. Fut-il d’ailleurs jamais un héros pour ses contemporains ? Rien n’est moins sûr…

 

Le 3 aout 1936, Fulgence Bienvenüe mourut à l’âge de 84 ans à son domicile parisien et fut inhumé le 7 suivant, au cimetière du Père-Lachaise… dans la plus stricte intimité. Aucun ministre ne vint s’incliner sur la tombe de celui dont l’invention, pourtant, l’avait certainement convoyé au moins une fois dans sa vie ! Bienvenüe subissait là la concurrence posthume d’un autre précurseur plus spectaculaire : Louis Blériot (le premier à avoir traversé la Manche en 1911), inhumé la veille en grande pompe aux Invalides en présence des représentants du gouvernement.

 

Pourtant, aujourd’hui, grâce à Bienvenüe, 1.4 milliard de voyageurs effectuent 3 milliards de déplacements par an sur un réseau où aucune station n’est distante d’une autre de plus de 500 mètres.

 

Sans commentaire.

 

Bonne journée à tous et à toutes.                                            

 

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Par Sho dan - Publié dans : Civilisation, vie politique, société
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Vendredi 25 mars 2011 5 25 /03 /Mars /2011 01:00

Cher(e)s Ami(e)s et abonné(e)s des chroniques de la Plume et du Rouleau, amateurs et amoureux de Paris,

 

Paris est une ville animée par le souffle de 2000 ans d’histoire, d’invasions, de batailles et de révolutions, constituée de bâtiments construits, démolis, reconstruits, détruits, aménagés et réaménagés, qui se succèdent ou s’empilent dans des quartiers qui ont souvent mystérieusement conservé la structure des champs médiévaux auxquels ils se sont substitués et qui ont gardé le tracé des berges (devenues des quais) autant que celui des routes et des chemins (devenus des boulevards et des rues).

 

C’est d’une de ces aventures dont nous allons parler ici (et, rassurez-vous, il n’y aura plus de phrase de 5 lignes par la suite), laquelle se situe dans zone très (trop) étroite de Paris : un espace compris entre la place Louis XV et la rue Royale.

 

Dans ce drame, Marie-Antoinette et Louis XVI n'ont aucune responsabilité. pourtant, ils en sont malgré eux à l'origine.

 

marieantoinette.jpgDe son vrai nom Maria Antonia Josépha Johanna de Habsbourg-Lorraine, Marie-Antoinette « d'Autriche » puis « de France » est née à Vienne le 2 novembre 1755, est le quinzième (!) et avant-dernier enfant de l’empereur germanique François 1er de Lorraine et de l’archiduchesse d’Autriche Marie-Thérèse. Dans ce cadre, Marie-Antoinette est promise au futur souverain de France : le « dauphin » Louis (futur Louis « XVI »). Après avoir officiellement renoncé à ses droits sur les couronnes dépendant de la maison d’Autriche le 17 avril 1770, elle est emmenée vers Paris. Elle a moins de 15 ans.

 

En 1770, Paris est une ville bruyante, sale et tortueuse, populeuse et engorgée, qui s’est développée de façon anarchique autour de quelques grands axes ponctués par des édifices religieux ou des bâtiments administratifs ou militaires. Il n’y a pas eu d’urbanisme ordonné et, à Paris, rares sont les boulevards rectilignes, nombreuses sont les rues dont la largeur n’est pas la même sur toute leur longueur et innombrables sont les ruelles, venelles et passages nauséabonds, isolés, fangeux où se cachent de dangereux coupe-jarrets.

 

Paris reste habitée par quelques grandes familles aristocratiques qui y ont un hôtel particulier mais elle n’est plus, depuis Louis XIV, la capitale du pouvoir royal, désormais transféré à Versailles. Le vieux Louvre n’est plus utilisé, il est en partie démoli. Le seul « palais » qui existe alors est celui des Tuileries, aujourd’hui difficile à imaginer puisque, à son endroit, de nos jours, il n’y a… plus rien !  Nous en reparlerons plus tard.

 

Paris, d’une façon générale, est une ville peuplée de boutiquiers, d’ouvriers, d’artisans et de tout un petit peuple affairé qui commerce et travaille. Paris est une fourmilière industrieuse, laborieuse et où l’on vit de façon bien souvent miséreuse : c’est une ville prompte à la révolte, à l’indignation, au coup de sang populaire et où il règne un fort esprit d’indépendance. Rien d’étonnant à ce que le pouvoir royal s’en méfie…

 

Lorsque, au mois d’avril 1770, Marie-Antoinette, arrive en France, en provenance de Vienne, elle n’a donc aucune raison de loger à Paris : dans l’attente de la cérémonie de son mariage, elle est installée au château de la Muette. Situé dans l’actuel très chic XVIème arrondissement de Paris, à proximité du bois de Boulogne, le château (qui a, depuis, été rasé et a été remplacé au début du XXème siècle par le bâtiment qui abrite actuellement le siège de l’OCDE) est, à l’époque, en pleine campagne : un endroit idéal pour être au calme.

 

louis16france.jpgLe 16 mai 1770, l’adolescente de 15 ans épouse le dauphin Louis (futur Louis XVI) à Versailles, résidence royale officielle. Son époux, lui, n’a pas 16 ans. On l’aura compris : l’union entre ces deux jeunes gens, quasiment encore des enfants, n’est pas un mariage d’amour mais un outil de diplomatie et de politique étrangère. La cérémonie a lieu au château de Versailles. Elle est, hélas, largement gâchée par plusieurs orages.

 

Comme il est important que le bon peuple puisse également participer aux réjouissances royales, on décide de procéder à une grande fête populaire. Les festivités destinées à la populace sont prévues, elles, pour le 30 mai 1770 et, durant les semaines qui les précèdent, les projets fleurissent.

 

On propose un bal champêtre sur le bas des Champs-Elysées (à l’époque dénommée « route de Saint-Germain ») et aussi des courses de chevaux inspirées des courses de chars antiques. Mais le lieu est mal commode, humide, forestier et peu éclairé. On imagine alors des joutes aquatiques (comme en Italie) sur la Seine entre jouteurs montés à la proue de « gondoles, poissons et monstres marins ». Pour donner un caractère festif, on suggère aussi un vaste déploiement de marchands et de forains, bateleurs, jongleurs et danseurs à travers la ville de Paris dont les principales rues et places seraient illuminées.

 

Hélas, tout cela est bien coûteux et les finances de la ville de Paris sont au plus bas.

 

Les échevins (= l’équipe municipale) parisiens décident alors, plus simplement, la tenue d’une grande foire commerciale sur les « boulevards nord », c’est-à-dire les voies de circulation bordées d’arbres qui vont du chantier de l’église de la Madeleine (en construction depuis 1763 - elle ne sera achevée qu’en 1777) jusqu’à la « porte Saint-Denis » (aujourd’hui boulevard Sébastopol). Trois cents lanternes à réverbère y seront accrochées car l’endroit est, d’ordinaire, mal éclairé.

 

Ces « boulevards nord » parisiens sont ce que l’on nomme aujourd’hui les « grands boulevards », rationalisés et bordés d’immeubles homogènes depuis le baron Haussmann et ses travaux des années 1855 - 65 : le très chic boulevard des Capucines avec ses magasins de luxe, le boulevard des Italiens avec ses banques, ses cinémas et ses restaurants, le boulevard Poissonnière, déjà plus populaire, et le boulevard de Bonne nouvelle, avec ses magasins bon marché.

 

Il y a 230 ans, en 1770, ces voies sont de simples chemins de terre non pavés qui marquent la… limite de Paris ! Au-delà, vers le nord, c’est déjà la campagne : des champs à perte de vue, jusque vers les collines de Montmartre, d’où surgissent çà et là quelques rares hôtels particuliers isolés, parfois des monastères, quelques fois des granges… Pourquoi est-ce la limite de Paris ? Parce qu’il y avait là, jusqu’à Louis XIV, une enceinte de fortifications que le Roi-soleil a fait démolir…

 

Essayez de vous imaginer cela en vous y promenant à pied. Personnellement, j’y parviens à peine…

 

Et pour ce qui est du spectacle, l’équipe municipale choisit la place Louis XV (l’actuelle… place de la Concorde). Il s’agit d’un espace (non pavé) de presque huit hectares où vont se rassembler trois à quatre cent mille personnes afin d’y admirer un feu d’artifice, clou de la soirée qui sera tiré par… Ruggieri, évidemment !

 

Oyez braves gens et réjouissez-vous ! Le 30 mai 1770 est décrété jour chômé et, pour bien en marquer l’importance, on tire le canon à six heures du matin. On mobilise naturellement nombre de gens d’armes pour assurer l’ordre : 280 gardes municipaux surveillent la place Louis XV, où l’on a mis des tonneaux en perce et où l’on distribue gratuitement du pain, de la viande et du saucisson à des buffets où se ruent les pauvres, que 40 gardes peinent à contenir. C’est la fête, l’abondance et l’enthousiasme.

 

Le Lieutenant de police (= Ministre de l’Intérieur) Sartine (personnage bien connu des lecteurs des œuvres de l’écrivain Jean-François Parot – cf ci-après) a, par prudence, interdit toute navigation fluviale sur la zone. Il a aussi interdit toute construction d’estrade sur la place, susceptible de s’écrouler sous le poids de l’allégresse. Ce n’est cependant pas lui qui est en charge de la sécurité globale de cet évènement.

 

Les responsabilités de l’organisation ont été confiées au prévôt (responsable élu) des marchands de Paris Armand-Jérôme Bignon et, sur le terrain, au commandant de la garde de Paris (une milice municipale) du nom de Lelaboureur de Blérenval. Médiocrement payés, mal formés et encadrés par des officiers peu aguerris, les hommes de la garde municipale sont d’une qualité douteuse et régulièrement sanctionnés pour vol, escroquerie, paresse, violences ou ivrogneries sur la propre voie publique qu’ils sont censés surveiller ! Des individus de ce calibre ne sont, à l’évidence, pas prêts à gérer un évènement de cette importance. Leur quotidien est surtout composé de tâches de police simples : chasser les mendiants, interpeller les prostituées trop hardies, faire dégager promptement certains axes et conduire les prisonniers au supplice…

 

Parce qu’un court croquis vaut mieux qu’un long discours (dixit Napoléon), je vous ai déniché sur Gallica un plan de la place de la Concorde datant de 1761 (donc 9 ans avant la date qui nous occupe) : rien n’a fondamentalement changé de 1761 à 1770, hormis le fait qu’on a érigé, depuis 1763, une statue de Louis XV au milieu de la place (là où se trouve, de nos jours, l’obélisque de Louxor).

Place Louis XV Plan

Ce plan, je l’ai annoté afin de vous permettre de bien avoir en tête la topographie du lieu et de mieux visualiser le théâtre de la tragédie qui va avoir lieu. Rien que pour vous...

 

ð      A l’ouest, la place donne sur la « route de Saint-Germain » (aujourd’hui la partie basse de l’avenue des Champs-Elysées) : un chemin forestier non éclairé, dépourvu d’attractions et vers lequel la foule n’a aucune raison de se rendre

 

ð      Au sud, l’actuel pont de la Concorde n’existe pas (on le construira à partir de 1778 seulement) : c’est de cet endroit, dos à la Seine, que sera tiré le feu d’artifice

 

ð      Au sud-est, le « quai de la Conférence » (aujourd’hui la « voie Georges Pompidou ») est engorgé par de nombreux fiacres et voitures qui y stationnent après avoir déposé leurs passagers fortunés sur la place

 

ð      Du côté est, la place est bordée par un large fossé et par une balustrade en pierre : ce fossé sépare la place du jardin des Tuileries (il est comblé de nos jours). Si l’on veut franchir ce fossé, il faut emprunter un pont « tournant » (amovible) qui, en l’espèce, a été fermé : il n’y a donc aucune issue vers le jardin des Tuileries

 

ð      Au nord-est, la future rue de Rivoli (qui portera un jour le nom de la victoire italienne du général Bonaparte) n’a pas encore été percée : là où se trouve aujourd’hui l’entrée de la station de métro « Concorde », il y a la partie nord du mur en pierre qui sépare la place du jardin des Tuileries

 

ð      Finalement, pour se rendre sur la place et en partir, il n’y a qu’une seule issue : la rue Royale (elle porte toujours ce nom).

 

Hélas, si cette rue est carrossable et pavée dans sa première partie (200 m environ jusqu’à la rue du faubourg Saint-honoré, laquelle est alors le principal axe de pénétration est-ouest de la capitale), elle est ensuite encombrée par des poutres, des pierres et divers matériaux destinés à la construction de l’église de la Madeleine, située un peu plus loin. Et cette partie du chantier est évidemment peu ou pas éclairée.

 

A ce stade, une question se pose : avez-vous lu Le fantôme de la rue Royale de Jean-François Parot (2003 et coll. 10/18), thriller historique appartenant à une série que son succès a conduit à être portée à la télévision (Les aventures de Nicolas Le Floch, commissaire au Châtelet) ?

 

Rue Royale Place Concorde1Que votre réponse soit oui ou non, reportez-vous aux premières pages de cet excellent opus pour avoir une idée romanesque et dramatique des évènements que je vais vous décrire de façon plus académique.

 

A la nuit tombée, en ce 30 mai 1770, le feu d’artifice est lancé. Il est malheureusement de médiocre qualité : le bouquet final s’enflamme trop tôt et part en plein milieu des autres tirs. En sus, il met le feu à l’estrade depuis laquelle il est tiré : un temple de l’Hymen (mariage) en stuc et en toiles peintes qui prend très vite feu. Les pompiers doivent maintenant intervenir et, de fait, le spectacle tourne court, dans une certaine déception.

 

On illumine alors rapidement la place (elle était restée dans le noir) et la foule se dirige maintenant vers la seule issue possible : la rue Royale qui, si on la prend du sud vers le nord, se rétrécit ainsi bigrement en un dangereux goulet d’étranglement. Il s’agit pour les trois à quatre cent mille spectateurs, d’aller maintenant vers l’actuel boulevard de la Madeleine pour y profiter des animations offertes par les étalages de la foire qui y est installée.

 

Or, en face deux voitures-pompes s’avancent en sens inverse, se dirigeant vers la place Louis XV pour y éteindre le feu du temple de l’Hymen. Des carrosses s’y engagent également et la foule est de plus en plus nombreuse et compacte sur un espace qui se rétrécit.

 

L’énorme poussée conduit les premiers spectateurs à trébucher sur les poutres du chantier de la Madeleine. Ils tombent à terre, bientôt piétinés. On tente de reculer mais la pression est énorme, certains spectateurs sont étouffés debout. D’autres escaladent les carrosses, montent sur les chevaux qui, bientôt, s’écroulent. On crie, on hurle dans l’obscurité, on essaie de survivre dans une cohue indescriptible en montant sur n’importe quel point surélevé, tas de pierre, rebord, muret ou en se rencognant dans une éventuelle porte cochère.

 

Sur la place, à l’entrée de la rue Royale, le reste de la foule n’a pas conscience du drame qui se joue deux cents mètres plus loin et accentue sa poussée. Le major de Bar s’avise alors de ce qui se passe. Péniblement, il parvient à faire rappeler des gardes postés sur les boulevards, lesquels arrivent vers la place Louis XV par les deux rues parallèles à la rue Royale : à l’ouest, la rue de la Bonne-Morue (aujourd’hui rue Boissy d’Anglas, c’est plus chic !) et à l’est, la rue de l’Orangerie (actuelle rue Saint-Florentin, du nom de l’hôtel particulier du duc du même nom, aujourd’hui siège du ministère de la Marine). Les gardes parviennent à se rejoindre et à bloquer la foule à l’entrée de la rue Royale. Celle-ci reflue alors et se disperse sur la place.

 

Rue Royale, c’est le chaos, la mêlée dont il faut extirper les corps enchevêtrés, certains morts et d’autres à peine vivants. On administre aux rescapés de l’eau-de-vie, de l’eau de mélisse, du vinaigre et de l’eau fraîche.

Rue Royale Place Concorde2 

Pour transporter les blessés, on doit réquisitionner, de force, des carrosses dont les propriétaires ne sont par ailleurs pas toujours d’accord !

 

On dénombre alors les cadavres : cent-trente deux officiellement. La victime la plus jeune a six ans et la plus âgée en a soixante-quinze. Sans surprise, ce sont des femmes et des plus de cinquante ans, appartenant aux classes peu favorisées, qui ont été majoritairement écrasées. Aucun aristocrate ou personne possédant du personnel n’a été touché : il semble que les laquais et serviteurs musclés aient rempli leur office en protégeant leurs maîtres. On transporte les morts dans le cimetière du village de la Ville-l’Evêque : une bourgade à l’époque à l’extérieur de Paris et dont l’église se trouvait à l’emplacement de l’actuel… square Louis XVI, au 90 boulevard Haussmann (IXème arrondissement en 2011) ! Là encore, on a du mal à s’imaginer, aujourd’hui, que cette artère typiquement parisienne fut un jour un village au milieu des champs…

 

Le nombre global des blessés, lui, est beaucoup plus flou : les estimations varient de six mille ( ! ) à huit cents. Le chiffrage le plus réaliste devrait tourner autour de mille à mille cinq cents. Il est vrai que les rumeurs les plus folles se mettent à courir la capitale, colportant les chiffres les plus extravagants.

 

Marie-Antoinette et son mari le dauphin se montrent profondément attristés par la tragédie et, dans les jours qui suivent, le futur louis XVI fait don de l’argent de poche qui lui est versé par son grand-père le roi Louis XV (deux mille écus par mois) pour les victimes. Il fait remettre l’argent au lieutenant de police Sartine, homme scrupuleux et dévoué, à l’intégrité irréprochable.

 

Ne pouvant demeurer en reste devant la royale générosité, les princes du sang (= la famille royale), la dauphine Marie-Antoinette, l’archevêque de Paris et divers membres du clergé versent également une contribution aux fins d’aider financièrement les familles endeuillées qui ont perdu un proche. Cette soudaine manne aiguise derechef les appétits d’escrocs qui tentent de déclarer un décès lié à la « presse de la rue Royale » ou de se faire reconnaître comme membre de la famille d’une victime ! Des ordres sont rapidement donnés pour démasquer les resquilleurs et pour que les curés, du haut de leur chaire, soulignent clairement aux fidèles la générosité de leurs majestés.

 

Dans une population crédule et pétrie de superstitions, des interrogations demeurent : faut-il voir dans ce drame un signe immanent d’avertissement ou d’une malédiction divine de l’épouse royale (on s’avise que, le jour de la naissance de Marie-Antoinette, un terrible tremblement de terre a par ailleurs ravagé Lisbonne) ? Ou bien faut-il chercher là le signe d’un complot d’assassins (on évoque la présence de mystérieux hommes masqués) ? La tragédie a-t-elle été délibérément provoquée par de vulgaires bandits (certaines aristocrates s’étant fait voler leurs bijoux dans la cohue…) ? Ou, tout simplement, s’agit-il là de la simple conséquence de la fatale impréparation de l’évènement et de l’incompétence de Bignon, prévôt des marchands et de Lelaboureur, commandant de la garde municipale ?

 

Car d’aucuns pointent rapidement les graves lacunes de la gestion de l’évènement : pont tournant fermé, faible nombre de gardes, par ailleurs mal placés, mauvaise évaluation générale de la foule, des risques potentiels, de l’éclairage… Pour déterminer les causes exactes du drame, le Parlement de Paris (= Tribunal chargé de faire appliquer les décrets royaux au niveau municipal) décide de procéder à des auditions. C’est donc une sorte de commission d’enquête avant l’heure, destinée à dégager les responsabilités.

 

Et au bout d’un mois, le verdict tombe : la catastrophe est due… « à l’impétuosité du peuple » ! Qui n’avait qu’à mieux se tenir, non mais… Bien qu’on reconnaisse que Bignon et Lelaboureur n’ont pas été très bons sur ce coup-là, aucune sanction n’est prise à leur encontre. En représailles, cependant, les compétences de la police municipale sont sévèrement restreintes. Désormais, dans Paris, toute fête ou manifestation sera supervisée par le Lieutenant de police (Ministre de l’Intérieur) royal : le pouvoir central a désormais mis la main sur Paris. Quelque soit le gouvernement futur (royal, impérial ou républicain) il faudra attendre… deux siècles (1977 !) pour que Paris ne soit plus administrée par un préfet mais par un maire élu (ce sera Jacques Chirac).

 

Ce sera la première (mais pas la dernière fois) que Paris portera malheur à Marie-Antoinette

 

Bonne journée à toutes et à tous.

 

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Par La Plume et le Rouleau - Publié dans : Civilisation, vie politique, société
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Jeudi 10 septembre 2009 4 10 /09 /Sep /2009 01:01

Cher(e)s Ami(e)s et abonné(e)s des chroniques de la Plume et du Rouleau,

 

Versailles : centre de l’Univers du plus grand roi de l’Univers !...

 

N’exagérons rien. Surtout qu’à l'époque de Louis XIV, la Russie ou la Chine peuvent aussi prétendre à ce titre pompeux. Mais, comme 3 millions de visiteurs qui arpentent annuellement les salles de son château, comme 7 millions de visiteurs qui hantent (c’est le cas de le dire, vous verrez pourquoi plus tard) chaque année son parc, nous allons, durant les lignes qui vont suivre, nous étonner à la découverte de ces lieux chargés d’histoire et qui suscitent, légitimement, l’admiration.

 

Cette chronique historique ne sera pas une énième  « histoire de Versailles », égrenant les réalisations louis-quatorziennes et s’esbaudissant (à juste titre) devant les peintures extraordinaires et les parterres impeccablement alignés et taillés. Tout cela, vous le trouverez aisément dans d’autres livres, sûrement plus exhaustifs et bien mieux illustrés.

 

Non. Comme d’habitude, cette chronique se voudra d’un genre inédit, retraçant l’histoire du château et de son parc, mais le faisant au gré de quelques coups de projecteurs (savamment) jetés au hasard sur des évènements précis, petits ou grands, mais toujours chargés d’émotions. Prêts ? Alors, partons à la conquête de l’ouest. L’ouest parisien, évidemment.

 

La région de Versailles est une terre riche et giboyeuse, située non loin de Paris : ces deux atouts, probablement, ont joué un rôle important dans l’habitude que prend le « bon » roi de France (et de Navarre) Henri IV (1553 – 1610) d’y aller chasser et de s’y isoler pour avoir un peu la paix.

 

En 1623, son fils Louis XIII (ci-contre : celui des aventures de d’Artagnan et le père de Louis XIV) y acquiert, en les rachetant aux seigneurs locaux, des propriétés foncières et leurs droits seigneuriaux : celui de percevoir les impôts directement sur les manants qui y résident, Louis XIII fait alors construire et agrandir (1631 – 1634) un petit château. Ce petit édifice existe encore : sa cour correspond à l’actuelle cour de marbre. On commence par aménager le parc, on assèche un peu la zone, on crée un potager à la place d’un petit manoir.

 

Pour susciter l’intérêt du sujet (comme du citoyen), rien ne vaut une bonne incitation fiscale. Louis XIII supprime les taxes qui frappent les marchandises (et donc le consommateur final) du marché hebdomadaire de Versailles et des trois foires annuelles.  Le bourg s’étend, voit sa population s’accroître (7 000 habitants vers 1645) et est doté d’un chenil et d’un « jeu de paume » (enfin, pas pour les gueux, évidemment) : une sorte de court de Tennis qui abritera, un siècle et demi plus tard le « serment ».qui constituera le Tiers état en « assemblée nationale ». Mais ceci est une autre histoire. Louis XIII ne fait cependant pas du château de Versailles un lieu royal officiel : c’est simplement sa maison de campagne privative.

  

La mort de Louis XIII (1643) marque donc logiquement un assoupissement du lieu : la régente Anne d’Autriche et le cardinal Mazarin n’ont guère de goût pour la campagne. S’ils quittent Paris, c’est seulement qu’ils en sont chassés par la « Fronde » (1648 – 1651) : cette révolte psychodramatique de l’aristocratie d’épée, de l’aristocratie de robe et de la populace parisienne réunies qui agite la France durant quatre ans environ. Sitôt le calme revenu, ils s’y installent de nouveau pour mieux rester au cœur du pouvoir.

 

A partir de son avènement (1651 : il a 13 ans), Louis XIV, va, lui, au contraire, chercher à fuir la capitale, ville inquiétante, menaçante, qui a contesté jusqu’à son trône et l’a, deux auparavant, contraint à fuir et à dormir dans des conditions humiliantes au château de Saint-Germain-en-Laye. Son adolescence et sa vie de jeune homme deviennent alors itinérantes : la cour suit le jeune monarque dans ses pérégrinations successives (Saint Germain-en-Laye ou Carrières-sur-Seine, dont la mairie actuelle est l’ancien château où le jeune homme passa des moments agréables avec sa maîtresse Louise de la Vallière).

 

Quand Mazarin meurt, Louis XIV a 23 ans (1661). Le pouvoir ne reste pas vacant bien longtemps. Le roi annonce qu’il gouvernera désormais seul, sans premier ministre. De jeune roi soumis jusque-là à l’influence omniprésente de feu son parrain, il devient sans transition un monarque absolu. Et comme preuve que les temps changent et que, désormais, il n’y a plus qu’une seule autorité, il fait arrêter Nicolas Fouquet, son puissant surintendant (ministre) des Finances, l’homme le plus riche du royaume, dont il supprime d’ailleurs le poste ! Fouquet expédié au cachot, Louis XIV fait piller sans vergogne son magnifique château de Vaux-le-Vicomte : il fait tout rafler, tableaux, tapisseries, meubles, décorations, chandeliers et jusqu’à la moindre fourchette. Et Louis XIV réquisitionne également ceux qui ont travaillé avec Fouquet : l’architecte Le Vau, le peintre-décorateur Le Brun, le jardinier-paysagiste Le Nôtre...

 

A 24 ans, Louis XIV s’intéresse alors au bourg de Versailles : « Le plus ingrat de tous les lieux, sans bois, sans eau, sans terre. Presque tout y est sable mouvant ou marécage, sans air, par conséquent qui n’y peut être bon » nous dit le mémorialiste Saint-Simon, certainement avec exagération.

 

Ceux qui ont fait la magnificence de Vaux-le-Vicomte sont chargés de faire la même chose à Versailles. Mais en mieux, en plus grand, en plus spectaculaire, en plus éclatant pour, désormais, le service du roi. Rapidement, fêtes, bals, musiques, comédies, ballets et opéras se succèdent dans le parc. Louis XIV, du reste, jusqu’au 4 février 1670 (avec le spectacle d’Apollon et du Python), participe lui-même aux spectacles et aux danses.

 

Le parc de Versailles doit tout, ou presque, à l’architecte-paysagiste-jardinier en chef Le Nôtre, qui le dessine dès 1662 : c’est lui qui assainit les lieux en détournant les rivières avoisinantes dans le cadre de travaux véritablement pharaoniques et en drainant leur eau vers un Grand Canal qu’il fait creuser, c’est lui qui choisit la structure du parc, l’alignement des allées et des « bosquets » (ces mini-jardins à thème organisés autour d’une pièce d’eau ou d’une statue).

 

Car rien de ce que l’on voit à Versailles n’est neutre ni laissé au hasard : tout est code, symbole, message politique. Le choix des personnages mythologiques statufiés, par exemple, est compris par les contemporains du Roi-soleil : leur attitude, leur placement, leur association, la direction dans laquelle ils regardent portent un message ou une information. Au centre du grand bassin trône ainsi Apollon, le dieu du…soleil.

 

Ces messages, qui échappent aujourd’hui au promeneur du XXème siècle, frappent au contraire l’esprit des contemporains de Louis XIV. Ainsi la reine Marie-Thérèse d’Autriche (épousée en 1659) fera déplacer deux statues qui regardent l’une vers l’autre et en lesquelles elle reconnait l’incarnation, malicieuse, de son mari Louis XIV et de l’une de ses nombreuses maîtresses…  Mais attention aux raccourcis simplificateurs car, ainsi que nous dit la « princesse Palatine », épouse allemande du frère du roi : « Il n’y a pas un endroit à Versailles qui n’ait été modifié dix fois ».

 

En effet, de 1664 (première festivités) à 1715 (mort de Louis XIV), Versailles ne cessera, dans les faits, d’être en travaux, en amélioration, en agrandissement, en restauration. Versailles, son château,  ses alentours et sa ville sont un gigantesque chantier à ciel ouvert dévolu à la gloire personnelle du monarque.

 

Ils sont de 30 000 à 40 000 ouvriers, manœuvres et journaliers divers employés sur le royal chantier. Mal logés, payés misérablement et tenus pour quantité négligeable, ces hommes travaillent dans des conditions que leurs contemporains jugent inhumaines. En 1678 a ainsi lieu une épidémie et, compte tenu des conditions d’hygiène effroyables, c’est une véritable hécatombe. Dans ses écrits, la marquise de Sévigné note « la mortalité prodigieuse des ouvriers dont on emporte toutes les nuits, comme de l’hôtel Dieu [n.b. le plus ancien et le plus célèbre hôpital de Paris, construit dans l’Ile de la Cité] des charrettes pleines de morts ». Leurs révoltes (« cabales ») sont nombreuses : elles sont impitoyablement écrasées par la force à chaque fois. Déjà que les aristocrates ne sont pas autorisés à lever le moindre sourcil, on ne va évidemment pas tolérer que des gueux se rebellent…

 

Versailles coûte-t-il cher ? La réponse n’est pas aisée. Le coût de la main-d’œuvre est faible mais celle-ci est nombreuse. Versailles coûte, au total et sur cinquante ans, de l’ordre de 80 millions de « livres ».  Qu’est-ce à dire ? Plutôt que de tenter une hasardeuse approximation de valorisation en terme de pouvoir d’achat exprimé en Euro, il est préférable de regarder combien a coûté Versailles, en moyenne, annuellement, au budget de l’Etat (par ailleurs en déficit, mais en a-t-il jamais été autrement en France ?!) Réponse : de 2 à 3 % des dépenses annuelles (c’est à peu près ce que coûte la Justice en 2009).

 

Contrairement à ce que l’on pourrait intuitivement penser, ce n’est pas le faste versaillais qui ruine la France de Louis XIV, ce sont les guerres incessantes, de plus en plus coûteuses et pas toujours couronnées de victoires qui grèvent lourdement la situation financière du royaume. A côté des dépenses militaires faramineuses (50 % du total des dépenses budgétaires !), Versailles fait presque figure de « gadget ». Un gadget qui procure au roi un bénéfice politique immense: 6 000 courtisans y accourent et y logent dès les années 1650 – 1660. Des courtisans qui n’ont qu’une obsession : respecter l’« étiquette » pour vivre au plus près du monarque. Ce n’est donc pas par la force mais par la mode, les usages, les convenances, la pression sociale, la manipulation des amours-propres, par le jeu des pensions, des gratifications et des récompenses que Louis XIV, enfin, musèle définitivement la noblesse et obtient la paix sociale. Le coût de cette réussite-là est incalculable et sa rentabilité, comparée aux capitaux investis, est presque illimitée.

 

Louis XIV règne sur 20 millions de Français (dont à peine plus de 500 000 aristocrates) dans une paix civile inédite. Versailles, c’est aussi le symbole de cette victoire-là, rarement mise en exergue.

 

Louis XIV meurt en 1715.

 

Il  avait fait de Versailles, pour la postérité, un lieu à sa gloire et l’emblème même du pouvoir politique. Qu’en feront Louis XV et tous ceux qui dirigeront la France après lui ? Son neveu, le Régent Philippe II d’Orléans prend temporairement les rênes du royaume, par ailleurs assez mal en point, il faut le dire. L’homme est un fêtard intéressé par les idées neuves et les plaisirs de la nuit. Le bucolique Versailles n’est pas pour lui : il réintègre le cœur de la capitale.

 

Le 15 juin 1722, le jeune Louis XV, arrière-petit-fils de Louis XIV, âgé de 12 ans, est emmené visiter Versailles. Il n’y était pas revenu depuis la mort de son arrière-grand-père Louis XIV. Courant dans les jardins (sa suite à ses trousses), l’enfant déboule finalement dans la Galerie des Glaces. Et là, tout naturellement comme le font les enfants, il s’allonge de tout son long sur le parquet pour regarder le plafond. Et tout son entourage fait de même. Louis XV, devenu roi un an plus tard, en 1723, va revenir à Versailles.

 

Avec Louis XV, Versailles redevient le lieu du pouvoir. Or, le pouvoir corrompt. Et le pouvoir absolu corrompt… absolument. Si le surnom de Louis XV est resté dans l’histoire comme celui de « Bien-aimé », les historiens savent que, en réalité, il n’en fut rien à l’époque. Velléitaire et inconstant, Louis XV marque son règne par de nombreuses hésitations et erreurs politiques. Surtout, à partir des années 1740, l’impopularité du souverain est avérée : des traités hasardeux ont amputé une partie du royaume au profit de la Prusse (alors que les territoires en question avaient été reconquis lors de guerres) : on a donc « travaillé pour le roi de Prusse », la contestation interne (écrivains, encyclopédistes et philosophes) grandit sur fond d’une société française troublée par des querelles religieuses (jésuites / jansénistes…).

 

Pour mieux tenter de faire pression sur le souverain, le clergé exploite auprès de l’opinion publique naissante la vie dissolue du monarque, lui qui est désormais préoccupé par l’entretien de ses maîtresses (Pompadour, du Barry et tant d’autres) et l’organisation de fêtes « galantes » qui rassemblent dans les jardins de Versailles des femmes de plus en plus jeunes. En clair et en langage moderne, les services du roi se livrent, au bénéfice de la cour et du souverain, à du proxénétisme sur mineures. Le château et son parc deviennent les lieux d’ébats sans retenue avec des adolescentes. Ce n’est plus Versailles, c’est Sodome et Gomorrhe…

 

Avec son petit-fils Louis XVI, c’est tout différent. Le roi Louis XVI est sacré en 1775 et, avec lui, l’ambiance change radicalement à Versailles. Le monarque est peu porté sur la bagatelle. Il travaille lui-même, avec les jardiniers, dans le potager du parc. La reine Marie-Antoinette, elle, s’isole dans son domaine de Trianon et organise dans le parc des fêtes coûteuses destinées à tromper son ennui. Le parc de Versailles n’est plus tant le lieu de fornications que celui d’intrigues politico-crapuleuses. Ainsi, en est-il de l’incroyable escroquerie dite de l’« Affaire du collier », qui fit scandale en 1785…

 

Nous sommes en 1784. Le cardinal de Rohan est un ecclésiastique libertin, débauché, cynique et blasé qui a deux faiblesses : il est d’abord affreusement endetté, il est ensuite « mal en cour » auprès de la reine Marie-Antoinette et obsédé par le désir de rentrer en grâce auprès d’elle. C’est cette dernière corde que Jeanne « comtesse » de la Motte, aristocrate déchue que le cardinal a occasionnellement comme amante mais qui a vaguement réussi à s’insinuer dans l’entourage de la reine, va faire vibrer.

 

Jeanne va faire croire à Rohan qu’elle fréquente régulièrement la reine et que celle-ci est prête à, secrètement, entretenir une correspondance avec lui. Au mois d’août 1784, Jeanne recrute une prostituée (Nicole Leguay, dite la "d’Oliva") en raison de sa ressemblance frappante avec Marie-Antoinette. Elle lui assigne une mission simple :

 

- se promener, les yeux revêtus d’un masque, le 11 août 1784 vers 23 h 00 dans le parc du château de Versailles autour du bosquet dit « de Vénus »

- tendre une rose à un individu qui viendra se jeter à ses pieds

- lui murmurer une phrase sibylline (« Vous savez ce que cela signifie… ») puis disparaître dans l’ombre.

 

L’individu, abusé par la pénombre, par l’atmosphère de mystère et par ses propres ambitions, qui se jette aux pieds de la pseudo-reine, c’est évidemment le cardinal de Rohan. Persuadé d’être désormais rentré en grâce auprès de Marie-Antoinette, Rohan s’entremettra, début 1785, auprès de bijoutiers pour acheter, soi-disant au nom de la reine, un fabuleux collier sur lequel Jeanne de la Motte et ses complices feront main basse et qu’ils écouleront en pièces détachées à leur propre profit !

 

Des aristocrates se comportant comme de vulgaires « larrons », un ecclésiastique de vieille famille débauché et sans scrupule, la crédibilité donnée à l’escroquerie par la funeste réputation de Marie-Antoinette de dilapider son argent : tout cela pèsera lourd dans le scandale qui éclaboussera le trône en 1785 et auquel Napoléon Bonaparte attribuera, à titre personnel, une influence majeure dans les causes de la Révolution.

 

La Révolution : parlons-en brièvement. C’est dans la ville de Versailles qu’ont lieu les Etats Généraux (Hôtel des Menus Plaisirs – aujourd’hui 22 avenue de Paris). C’est là aussi que, le 4 août 1789, dans une atmosphère survoltée et à l’instigation d’authentiques aristocrates (le duc d’Aiguillon et le vicomte de Noailles), l’« Assemblée nationale constituante » décide d’abolir les privilèges fiscaux, les droits féodaux et les impôts ecclésiastiques et, partant, le fondement de la division de la société en trois ordres : noblesse, clergé, Tiers-état.

 

Mais Louis XVI résiste : il n’est pas question pour lui de signer les décrets validant les décisions de cette Assemblée constituante autoproclamée. Il s’y oppose jusqu’au 5 octobre 1789, jusqu’à ce qu’une manifestation parisienne (la « marche sur Versailles ») conduise à l’invasion du château de Versailles par la populace et que, malgré la canonnade qui fait de nombreux morts, Louis XVI et la famille royale soient ramenés sains et saufs mais fermement à Paris.

 

C’en est fini de Versailles. Avec la Révolution, le pouvoir revient donc physiquement à Paris, au milieu du peuple : dans la salle du Manège du palais des Tuileries (aujourd’hui détruit). Dans un souci de transparence comme de proximité, on se méfie en effet d’un lieu de pouvoir éloigné de la vue des citoyens, propice à toutes les dissimulations et à toutes les turpitudes, on l’a vu. Le château est alors abandonné. Le personnel quitte les lieux. On déménage les tableaux au Louvre. De 1793 à 1796, on vend le mobilier lors d’enchères dont de nombreux aristocrates anglais profitent pour acquérir à bon compte des pièces de valeur. Versailles devient (le croirait-on) un palais-fantôme. On dérobe les serrures et les portes mais la populace n’y fait pas de dégradation particulière : seuls des vagabonds s’installent dans les murs. Franchement, « squatter » à Versailles, c’est royal !

Et la suite...

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