
Voyon ensuite, en 1939, un autre acte isolé : celui de Georg Elser, ouvrier horloger opposé aux Nazis. Il sait que, tous les 8 novembre de chaque année, Hitler se rend à la Bürgerbräukeller de Munich, brasserie d’où il avait tenté en 1923 de lancer un putsch qui avait échoué. Ce « pèlerinage » lui permet de rencontrer ses vieux camarades du parti nazi de l’époque et d’évoquer avec eux le bon vieux temps. Il fait un discours enflammé qui commence vers 22 heures et dure assez longtemps puis reste bavarder avec son public.

Obscur, plausible mais incertain. Je vous livre l’anecdote sans garantie d’historien.
De plus en plus paranoïaque, isolé de son entourage, Hitler ne semble plus à même de diriger les forces armées : son absence de formation dans les domaines stratégiques et tactiques apparaît au grand jour.
Pour certains militaires allemands de haut rang, c’est Hitler lui-même qui constitue un obstacle au succès des opérations sur le terrain. Ceux-ci perçoivent clairement que la guerre à outrance dans laquelle l’Allemagne est engagée sur tous les fronts conduit le pays à son anéantissement. L’ambition des conjurés est donc d’assassiner le Führer pour établir à la place un gouvernement militaire conservateur voire directement la monarchie (abolie depuis le 9 novembre 1918). Sur le plan militaire, ils entendent signer une paix séparée avec les Etats-Unis et la Grande-Bretagne pour concentrer leurs forces à l’Est, où ils veulent continuer le combat contre l’Union Soviétique.
A partir de 1943, les tentatives s'enchaînent. Le 13 mars 1943, le lieutenant Fabian von Schlabendorff dépose une bombe dans un avion qui ramène Hitler de Smolensk à Berlin. Mais le dispositif de mise à feu ne fonctionne pas. Le 21 mars, le lieutenant Rudolf von Gersdorf se prépare à se faire sauter près d'Hitler durant une exposition de matériel ennemi capturé. mais Hitler traverse trop vite l'exposition et le kamikaze n'a pas le temps de mettre ses engins à feu. En novembre, une autre tentative de ce genre avec le capitaine Axel von dem Bossche échoue à son tour.

Le débarquement allié en Normandie (6 juin 1944) met en lumière le manque de coordination entre la marine (dirigée personnellement par Hitler) et le reste de l’armée. Pour certains officiers, si l'on veut éviter l'anéantissement total du pays, il faut éliminer un dictateur dont on se rend compte qu'il a maintenant sombré dans la folie.
L’attentat aura lieu le 20 juin 1944, ce sera l’ « opération Walkyrie ». Au jour dit, Stauffenberg se rend au Grand Quartier Général de Rastenburg, en Prusse orientale, où Hitler réunit certains de ses généraux. La bâtisse est en bois, ce ne sera pas sans conséquence.
Stauffenberg entre, une valise à la main. Dans la valise : une bombe. Non sans audace, il la dépose sous la table même à laquelle se tient la conférence. Puis il se rend à Berlin. Dès l’explosion connue, il appellera l’armée au soulèvement selon un plan coordonné avec d'autres militaires de haut rang.

Destiné à un public large et le plus souvent ignorant des luttes de pouvoir internes du IIIème Reich (et parfois tout simplement dépourvu de notions historiques élémentaires), le film Walkyrie héroïse à outrance un personnage, Claus von Stauffenberg, qui, en réalité, est le vecteur de motivations moins limpides qu'il n'y parait.

Et pourtant.
Ils se demandent s’ils vont réellement déclencher ou pas l’opération « Foxley ». Deux positions s’affrontent en effet au sein du commandement allié.
Il y a d’un côté ceux qui pensent, tel Thornley, un officier du Special Operation Service (le service « action » de l’armée britannique) que « toute tentative d’assassinat irait contre l’intérêt des Alliés ». Hitler apparaît en effet davantage comme un facteur de trouble dans la stratégie allemande que comme un facteur d’efficacité. Ses piètres talents de tacticien gênent la riposte de la Wehrmacht et favorisent a contrario les opérations alliées. De plus, s’il était assassiné par l’étranger, il risquerait de devenir un martyr aux yeux du peuple allemand, renforçant ainsi la popularité du régime nazi et la résistance de la population.
Il y a de l’autre ceux qui pensent que la mort du Fûhrer, au contraire, déstabilisera le régime et que ses successeurs seront enclins à rechercher une reddition négociée plutôt que de se battre à mort. Ils voient du reste l’ « opération Walkyrie » comme une démonstration de leur théorie. Le régime nazi est prêt à craquer : il faut briser la pièce maîtresse.
Le projet Foxley avance donc, sur deux théâtres d’opérations possibles :
* le train personnel de Hitler est évoqué. Il s’agit d’empoisonner la citerne d’eau avec un produit à retardement de quelques jours. L’opération s’avère pourtant difficile et aléatoire tant sont nombreux et imprévisibles les déplacements du Führer. Encore plus difficile est l’empoisonnement direct des mets de Hitler. Pourtant, les espions alliés savent quasiment tout du régime alimentaire de celui-ci : depuis le suicide de sa nièce et maîtresse Geli Raubal (18 septembre 1931), Hitler est strictement végétarien. Il prend ses repas à 16 heures et une heure du matin. Il n’absorbe aucun alcool mais se fait fabriquer une « bière » dans une brasserie de Munich pour sa consommation personnelle. Le projet va être finalement abandonné.
* le nid d’aigle du Berghof, la résidence d’Hitler à Berchtesgaden au sud de la Bavière est la cible de prédilection des services secrets britanniques qui ont préparé des scénarii alternatifs extrêmement précis. Le Berghof est en effet bâti tout en haut d’une montagne escarpée. On n’y accède qu’en ascenseur et, sur place, loge tout un personnel (soldats, cuisiniers) qui vit quasiment en autarcie grâce à des porcheries, un rucher, etc...
On y envisage un parachutage de troupes d’élite dans le cadre d’une attaque en règle du site : mais les aléas (météo, résistance des soldats sur place, caractère « suicide » de la mission) sont tels qu’on y renonce rapidement. On envisage alors l’infiltration par des SAS déguisés en chasseurs alpins allemands : ils abattront Hitler quand celui-ci, à son habitude, effectuera sa promenade quotidienne à 11 heures du matin. La réussite demeure pourtant incertaine.
Alors on envisage une dernière possibilité : placer un tireur embusqué le long de la route qui descend du Berghof, non loin d’un virage serré. A cet endroit, la voiture de Hitler ralentit en effet fortement et, dans le lacet, roule quasiment au pas. Le tireur sera placé de côté, à quelques mètres seulement de sa cible, avec un lance-roquettes anti-char. Sauf extraordinaire, il ne pourra pas rater sa cible.
Au mois de juin 44, le dossier est sur le bureau de Churchill. Un mot, un ordre et l’opération s’enclenchera. Churchill hésite. Une fin prématurée des hostilités, épargnant des milliers de vies humaines, serait certes préférable. Mais la mort d’Hitler fera-t-elle traîner ou bien accélérer la défaite de l’Allemagne ?
Il s’est entouré de tous les avis mais reste seul à trancher.
Après réflexion, Churchill renonce. Il choisit de parier sur l’avancée des troupes et la désorganisation du régime nazi. Quelques semaines plus tard, les Alliés effectueront effectivement en Normandie la percée décisive vers Paris. Mais il faudra encore 10 mois avant que la guerre ne s’achève et qu’Hitler, définitivement, ne rende son âme au diable dans son bunker berlinois.
Bonne journée à tous.
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