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LA PLUME ET LE ROULEAU

LA PLUME ET LE ROULEAU

200 chroniques éclairent le Présent à la lumière de l'Histoire


2008 : Etre ou ne pas être... dans l'OTAN (2) ?

Publié par La Plume et le Rouleau sur 19 Septembre 2008, 00:39am

Catégories : #Relations internationales & conflits

Cher(e)s Ami(e)s et abonné(e)s des chroniques de la Plume et du Rouleau,

Après la crise des années 1964 – 1966, les relations franco-américaines se calment pendant 40 ans. En 1991, le président socialiste François Mitterrand fait, selon ses propres termes « parler les armes » lors de la Guerre du Golfe. Les blindés français sont les premiers à franchir la frontière irakienne, depuis l’Arabie saoudite, lors de l’assaut mené par la coalition contre les troupes de Saddam Hussein qui avaient envahi le Koweït six mois plus tôt.

En 1995, l’OTAN est déployée en Bosnie après les massacres commis par les Serbes que la présence des troupes onusiennes (commandées par le pittoresque mais encombrant général français Philippe Morillon) n’avaient pu empêcher. La France, alors dirigée par Jacques Chirac, en fait partie.

Mais l’année 2002 ravive les tensions : le président Jacques Chirac s’oppose à l’invasion de l’Irak par les Etats-Unis dans laquelle les seconds tentent d’entraîner la France. Condoleeza Rice osera même, en 2003, demander de « punir » la France pour son indiscipline ! On se croirait revenu en 1966.

La querelle s’envenime du refus parallèle par les Américains de nommer, pour diriger la flotte de l’OTAN de la Méditerranée, un militaire européen. Quand aux Anglais, ils torpillent autant qu’ils le peuvent le projet de « Défense européenne » que la France et l’Allemagne tentent poussivement de faire avancer.

Lors de sa campagne électorale de début 2007, le candidat Sarkozy affirme-t-il ainsi : « La présence à long terme des troupes françaises à cet endroit du monde ne me semble pas décisive ». Il ajoute, avec un bon sens trempé dans l’apprentissage de l’histoire : « Aucune armée étrangère n’a réussi dans un pays qui n’était pas le sien. Aucune. Même la Chine sur le Vietnam, même les Japonais. Aucune. Quelle que soit l’époque, quel que soit le lieu. » A cette époque, la présence de la France en Afghanistan se monte à 2 300 hommes.

C’est donc la surprise quand, en avril 2008, le président français Nicolas Sarkozy, élu il y a moins d’un an, prend une étonnante (comme toujours) initiative.

Laquelle ?


« … TOUTE SA PLACE DANS LA STRUCTURE DE L’OTAN… »

Le 3 avril 2008, au sommet de l’OTAN tenu à Bucarest (Roumanie), le président français Nicolas Sarkozy fait en effet une annonce qualifiée par d’aucuns d’« historique ». Le chef de l’état confirme que, à l’issue de la présidence française de l’Union Européenne (juillet – décembre 2008), la France devra « reprendre toute sa place (une formule affectionnée par notre bouillant président) dans les structures militaires de l’OTAN ». Il est chaleureusement applaudi et les Etats-Unis se félicitent ouvertement de cette perspective.

Il est vrai que, devant le Congrès américain (novembre 2007) et devant le Parlement britannique (mars 2008), Nicolas Sarkozy avait déjà évoqué cette possibilité. Mais il l’avait conditionné à une « relance de l’Europe de la Défense ». Cette « Europe de la défense » est un projet que les Etats-Unis, plus ou moins ouvertement, n’ont jamais cessé de freiner, appuyés en cela par les Britanniques, hostiles à tout éloignement de leur allié américain.

George W. Bush ayant toutefois, en 2008, joué l’apaisement en ce domaine, Nicolas Sarkozy s’est, comme à son habitude, engouffré dans la brèche pour faire avancer ses projets.

L’Elysée a cependant laissé entendre que ce « retour » pourrait n’être annoncé officiellement qu’au sommet de l’OTAN de 2009, lequel sera précisément organisé par la France, conjointement avec l’Allemagne, et se tiendra tout à la fois à Strasbourg et Kehl (soit de part et d’autre du Rhin) en même temps.

Il n’en fallait pas davantage pour que, immédiatement, la polémique se déchaîne dans l’Hexagone (puisque c’est la tendance naturelle de ce pays).


CONTRE l’initiative sarkozienne : les résistants à l'impérialisme américain 

-       L’opposition de gauche a fustigé l’« atlantisme » d’un président choisissant de liquider l’indépendance française au profit des intérêts américains que défendrait l’OTAN. Une prise de position d’ailleurs étrangement « gaullienne » si on se rappelle que, en 1966, les socialistes français de l’époque étaient, au contraire… opposés à la décision de De Gaulle, qui pénalisait le tissu économique local !

-       Le gaulliste Dominique de Villepin, ex-Premier Ministre (ci-contre, à gauche), a aussi pointé, trois jours plus tard, le caractère  « dangereux » et « contraire aux intérêts de notre pays » de cette décision. Il a pointé le risque de « perte de marge de manœuvre, d’indépendance » ainsi que celui d’être « embrigadé dans un ensemble » « sous domination américaine » pour être embarqué dans des « aventures militaires dépourvues de stratégie globale » telle que l’Afghanistan où « le risque d’enlisement est extrêmement important ». D’une manière générale, cela « banaliserait notre diplomatie », cette « voie originale de médiation entre l’Est et l’Ouest, entre le Nord et le Sud ».

-       Le gaulliste-souverainiste Nicolas Dupont-Aignan (ci-dessus, à droite) célèbre également « l’aura » de la France dans le monde, laquelle tient, selon lui au fait que « c’est la seule nation occidentale à avoir gardé son indépendance ». Il dénonce « l’illusion » de croire que l’on pourra infléchir la stratégie mise en œuvre en Afghanistan là-bas par les Américains et déplore la « politique de soumission » mise en place par Nicolas Sarkozy

-       Même des députés UMP, tels que l’ancien ministre des Affaires Etrangères Hervé de Charrette, ont préconisé la « prudence » et proposé de temporiser pour, au minimum, attendre que les Etats-Unis aient un nouveau président et l’Union Européenne de nouvelles institutions…


EN FAVEUR de l’initiative sarkozienne : les conciliants et les pragmatiques

-       A contrario le ministre de la Défense Hervé Morin, (à gauche) lui, a rappelé avec enthousiasme que ce débat sur l’« indépendance » de la France était vain, pour ne pas dire factice : « La France a participé à toutes les opérations militaires de l’OTAN depuis 1995 et des généraux français assument même le commandement d’opérations de l’OTAN, comme au Kosovo ». Il a martelé que ce retour « était de l’ordre du symbole » sans « aucune conséquence sur la souveraineté de la France ».

-       Quant au porte-parole de l’UMP Dominique Paillé (ci-dessus, à droite), il a soutenu sans surprise l’initiative présidentielle au nom du pragmatisme, arguant que « pour peser et exister, il faut être aux postes de commandement », ajoutant que, in fine, « notre respectabilité tient à notre force de dissuasion nucléaire, laquelle reste indépendante et non-intégrée dans l’OTAN ».

-       L’historienne et politologue Nicole Bacharan (« Pourquoi nous avons besoin des Américains » Seuil, 2007) le rappelle utilement : « Les décisions au sein de l’OTAN se prennent à l’unanimité et aucun pays ne peut être contraint de participer à une action à laquelle il s’opposerait ». Elle rappelle aussi que la France fut bien contente, depuis 1945, de construire sa diplomatie et sa force de frappe « à l’abri du parapluie nucléaire américain ». Pour elle, il faut cesser cette hypocrisie et ce faux-semblant d’indépendance car, « la France est restée membre de l’OTAN depuis 1966 et n’en a jamais quitté les instances politiques ». Pour elle, il n’y a enfin chez Nicolas Sarkozy aucune marque de vassalisation : il s’oppose, ainsi, à l’entrée de la Géorgie dans l’OTAN (nous verrons cela un peu plus loin), laquelle est pourtant ouvertement soutenue par George W. Bush. Elle conclut avec pragmatisme : « La France ne doit pas faire semblant de se démarquer de l’OTAN : elle doit en être un des leaders et elle aura assurément plus d’influence à l’intérieur qu’à l’extérieur. »

Pour autant, la récente crise d’août 2008 en Géorgie a montré les limites d’une extension sans limite d’une organisation qui, depuis la disparition de l’antagonisme Est – Ouest, s’apparente tout à la fois à :

-      Une sorte d’alliance militaire des démocraties occidentales, comme au bon vieux temps de la Guerre Froide
-      Une force militaire d’appoint que l’ONU peut utiliser commodément en cas d’impossibilité d’envoi de casques bleus : l’OTAN devenant en quelque sorte les « mercenaires » inavoués de l’ONU
-      Un agrégat hétéroclite de forces militaires utilisées tout à la fois comme forces supplétives et comme caution morale par des gouvernements américains pour les besoins ponctuels de sa politique étrangère 
-      Une alliance qui permet à ses membres de marquer politiquement leur appartenance à un camp (celui de Washington) par opposition, notamment, à celui du Kremlin…


L’OTAN ET LE PIEGE GEORGIEN…

Ainsi, depuis plusieurs années, la Géorgie (pays d’Asie centrale situé à l’est de la mer Noire et terre de naissance de Staline) demande-t-elle à entrer dans l’OTAN. Les motivations de la Géorgie sont au moins aussi peu claires que les missions de l’OTAN. Quoique la Géorgie ne soit pas, en soi, un pays « européen » (une condition posée à l’adhésion par l’art. 10 du Traité, cf. supra), la candidature géorgienne est néanmoins ardemment soutenue par l’administration américaine. Elle est en revanche été farouchement repoussée par une dizaine de pays de l’OTAN, et notamment la France.

C’est pourquoi, finalement (les décisions se prenant à l’unanimité), l’OTAN a jusqu’ici repoussé cette offre spontanée d’adhésion. Il faut dire qu’une telle perspective déplait fortement (c’est un euphémisme) à la Russie, peu soucieuse de voir l’OTAN, autrefois ennemi farouche de l’Union Soviétique, venir désormais toucher ses frontières…

Parallèlement à ces tractations, au mois d’août 2008, le gouvernement géorgien, excédé par les tentatives sécessionnistes de sa province d’Ossétie du sud (située au nord du pays, ce que son nom n’indique pas), a lancé une attaque-surprise dans sa province ossète, le soir même de la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Pékin. La Géorgie tablait à l’évidence sur la mobilisation russe… devant son écran de télévision.

Mauvais calcul. N’attendant qu’une occasion de faire donner du canon, la Russie vola au secours de l’Ossétie du sud (furieusement slavophile) en infligeant rapidement une déculottée humiliante aux troupes géorgiennes. Fragilisé, le président géorgien Saakachvili, dans une conférence de presse, va déplorer alors publiquement et amèrement que son pays ne fût pas déjà dans l’OTAN. Le règlement (poussif) de la crise par des moyens diplomatiques, sous l’impulsion de la France et des Etats-Unis, s’engagera alors.

Or, si la Géorgie en avait été membre, l’alliance atlantique (cf. article 5 du Traité OTAN du 4 avril 1949) aurait été… obligée d’intervenir militairement dans un de ces conflits tribo-ethniques inextricables dont le Proche-Moyen Orient a le secret, trouvant alors face à elle un adversaire aussi redoutable que la Russie. Tout aurait donc été prêt pour une Troisième Guerre Mondiale...


« LES BOULES A KABOUL »

Cela pourrait être le titre d’une aventure de SAS ou d’OSS 117, n’étaient les circonstances tragiques qui vont nous occuper.

Car concrètement, pour la France, l’appartenance à l’OTAN suscite des interrogations accrues depuis le drame survenu non loin de Kaboul (Afghanistan), le 18 août 2008. Ce jour-là, une patrouille comprenant des forces françaises de l’ISAF (International Security Assistance Force) et des forces afghanes se trouve prise dans une embuscade tendue par les rebelles talibans non loin de la ville de Saroubi.

Bilan : 10 morts et 21 blessés : le plus lourd tribut pour des troupes françaises déployées à l’étranger, depuis 1983 (et l’attentat dans le restaurant Le Drakkar de Beyrouth, qui avait fait 61 morts et 15 blessés).

Indépendamment de la polémique suscitée (des soldats étaient-ils trop jeunes et mal préparés ? des tirs « amis » de l’OTAN ont-ils blessé des soldats français ? les secours ont-ils été trop lents ou trop tardifs ?...), l’émotion est considérable en France où, honnêtement, on n’avait jamais pris conscience, jusque-là, de la portée de l’engagement français en Afghanistan.

Devenu président de la République entre-temps, Nicolas Sarkozy avait ensuite créé la surprise en annonçant, début 2008, le… renforcement du contingent français (+ 700 soldats, soit 3 000 au total) afin d’appuyer les efforts de la coalition menée par les Américains !

La France marquait, par ce geste, sa volonté de peser ultérieurement davantage dans l’OTAN en proposant un effort militaire accru et visible. L’effort militaire s’est effectivement accru. Et le nombre de morts aussi. Alors…

Faut-il être en Afghanistan ?

Nous allons essayer d’éclairer les termes d’une réponse à cette question.


FAUT-IL ETRE EN AFGHANISTAN ? CERTES OUI.

Pourquoi ?

Pourtant, les pertes subies tragiquement en août 2008 ne peuvent constituer, en elles-mêmes, un argument pour un retrait français d’Afghanistan : du point de vue stratégique, la reprise du pouvoir dans ce pays par les Talibans ne ferait qu’accroître la menace pesant sur les démocraties en fournissant aux terroristes islamistes une base arrière d’entraînement et de financement (grâce à la culture du pavot, d’où est tirée l'héroïne). C’est une réalité, même si elle est, pour le moment, lointaine géographiquement.

De ce combat, la France ne peut être absente, c’est évident.

Avec un sens politique incontestable et une stature dépassant (pour une fois) l’étroite politique politicienne de l’éternel microcosme français, Nicolas Sarkozy a replacé l’engagement français dans un cadre plus vaste, lors d’un discours prononcé le 26 août 2008 à Castres, ville où est implanté le 8ème Régiment Parachutiste d’Infanterie de Marine (« RPIMA »).

-      La menace terroriste qui plane sur les nations civilisées trouve sa source et son origine dans cette région (une évidence, mais qu’il est quand même bon de rappeler). « Nous ne voulons pas qu'à cet endroit du monde une base se reconstitue pour alimenter, entraîner, financer le terrorisme du monde qui viendra frapper, comme ça a déjà été le cas, Paris, New York, Madrid, Londres et tant d'autres capitales » (…) « La civilisation, la démocratie, les valeurs de dignité humaine, on doit les défendre partout dans le monde parce que le monde est devenu un village et si nous les défendons pas là-bas, alors nous le paierons ici »

-      Si la France entend revendiquer un certain statut international, elle doit être prête à assumer les responsabilités (et les risques) qui vont avec. « En abandonnant nos alliés démocrates dans l'exercice des responsabilités internationales que nous confère notre statut de membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, nous renoncerions (…) au statut de grande puissance avec nos droits et nos devoirs pour la paix du monde ».

Assez gaullien, reconnaissons-le avec satisfaction… 


Mais comment être en Afghanistan ? C'est toute la question.

A laquelle nous allons, naturellement, répondre
au troisième et dernier épisode...

Bonne journée à toutes et à tous.

La Plume et le Rouleau © 2008 Tous droits réservés

Commenter cet article

Damien 28/01/2009 14:51

Très intéressant comme toujours.
Juste une petite remarque : à partir du pavot c'est surtout de l'héroïne qui est fabriquée. La cocaïne provenant des feuilles de coca d'Amérique du Sud.

Hervé 26/02/2009 14:45


Rectifié dans le texte. Merci.


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