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LA PLUME ET LE ROULEAU

LA PLUME ET LE ROULEAU

200 chroniques éclairent le Présent à la lumière de l'Histoire


2008 : Etre ou ne pas être... dans l'OTAN (1) ?

Publié par La Plume et le Rouleau sur 19 Septembre 2008, 00:40am

Catégories : #Relations internationales & conflits

Archives INA : conférence de presse du 22 février 1966 où De Gaulle s'exprime sur la place de la France au sein de l'OTAN

Cher(e)s Ami(e)s et abonné(e)s des chroniques de la Plume et du Rouleau,

Voici une chronique historique essentiellement trempée dans l’actualité la plus brûlante mais qui va pourtant nous permettre de juger au mieux la portée des news qui déferlent sur nous depuis quelque temps. Certains d’entre vous m’ont par ailleurs fait le reproche d’analyses éclairées mais sans prise de position finale clairement conclusive ? Ils verront à la fin de ce billet de quel bois se chauffe votre billet d’humeur historico-culturel préféré. Les débats seront ouverts.

Mais pour l’heure, venons-en aux faits :

Le 3 avril 2008 : le président français Nicolas Sarkozy a annoncé que la France pourrait, d’ici fin 2008 – début 2009, réintégré le « commandement intégré » de l’OTAN.

Il signait là une rupture avec la position historique de la France, puisque le général De Gaulle, en 1966, fulminant contre les Américains, avait précisément retiré le pays de ce « commandement intégré », dans un grand fracas diplomatique :

-      La France restait membre de l’OTAN (elle l’est toujours, depuis 1949), participant à cette alliance au plan politique et éventuellement militaire mais…

-      les forces françaises ne pouvaient être placées automatiquement sous commandement OTAN en cas d’opération de celle-ci. Quant aux bases de l’OTAN sur le territoire français : elles devaient fermer.

Ouste ! La France aux Français (au moins militairement).


Certes, la question pourrait n’avoir qu’un intérêt limité et n’intéresser le citoyen et lecteur de ces élucubrations épistolaires que sur un plan purement intellectuel ou sémantique ?


Elle est pourtant d’une importance majeure si on la replace dans l’actualité la plus immédiate. C’est en effet au titre de sa participation dans l’OTAN que la France est engagée en Afghanistan, où dix soldats viennent de trouver récemment la mort. C’est la place de la France dans l’OTAN (et donc la vie de nos militaires) qui est donc en jeu dans cette polémique qui agite les hommes politiques :


Alors, être ou ne pas être… dans l’OTAN ? Nous allons essayer d’y voir plus clair.


Et pour mieux se faire une opinion, revenons aux fondamentaux historiques pour clarifier la question : qu’est-ce que l’OTAN ? Une association d’états qui entendent…


« SAUVEGARDER LA LIBERTE DE LEURS PEUPLES,  LEUR HERITAGE COMMUN ET LEUR CIVILISATION, FONDES SUR (…) LA DEMOCRATIE, LES LIBERTES INDIVIDUELLES ET LE REGNE DU DROIT. ».

Ce sont les premières lignes du préambule du traité signé à Washington DC le 4 avril 1949 notamment par la France et son ministre des Affaires Etrangères Maurice Schumann (par ailleurs un des « pères » de l’Union Européenne). A ce traité, divers pays ont adhéré par la suite et, aujourd’hui, l’OTAN (Organisation du Traité de l’Atlantique Nord) rassemble 26 nations.


A l’origine, il s’agissait de créer un pacte militaire destiné à intimider l’Union Soviétique dans ses initiatives. Confortée par la Seconde Guerre Mondiale, aidée par les concessions faites par les Alliés (Conférences de Téhéran en 1943, de Moscou en 1944 et de Yalta en 1945), Staline n’avait eu de cesse de pousser ses pions dans les pays d’Europe Centrale.

En 1948 par exemple, par le « coup de Prague », les Communistes, quoique minoritaires démocratiquement, avaient pris le pouvoir en Tchécoslovaquie à la suite d’un « incident » regrettable : Jan Masaryk, seul ministre non-communiste du gouvernement tchèque était malencontreusement tombé par une fenêtre…


Il fallait que cela cesse et que l’Union Soviétique soit désormais consciente que l’Europe n’était pas un espace vierge : elle était dans le camp des Etats-Unis, lesquels étaient prêts à employer la force (toujours démocratiquement) pour y défendre leurs valeurs (et leurs intérêts).
 

Pour ne pas être en reste, le bloc de l’Est signerait, en 1955, un « Pacte de Varsovie » calquée sur le même modèle.


Actuellement, l’OTAN rassemble 26 pays, parmi desquels la Turquie (depuis 1952), ce qui en fait un pays « européen » au sens « otanesque » du terme… Il est vrai que l’« Europe », vue depuis les Etats-Unis, est un concept élastique.

Fait original et patriotiquement satisfaisant : les deux langues officielles sont l’Anglais et… le Français.

Pour davantage d’informations, allez jeter un coup d’œil sur le site internet de l’OTAN.

Voyons maintenant les termes du Traité originel grâce à des extraits sélectionnés par votre serviteur. Il est à noter que, dans sa rédaction, le traité de l’OTAN fait largement référence à la Charte des Nations Unies et se place clairement, de facto, sous l’égide de l’ONU. Il y a 14 articles au total.

Article 1
Les parties s'engagent (…) à régler par des moyens pacifiques tous différends internationaux dans lesquels elles pourraient être impliquées (…).

 

Artcle 3
Les parties, (…) par le développement de leurs propres moyens (et) en se prêtant mutuellement assistance, maintiendront et accroîtront leur capacité individuelle et collective de résistance à une attaque armée.

 

Article 5
Les parties conviennent qu'une attaque armée contre l'une ou plusieurs d'entre elles survenant en Europe ou en Amérique du Nord sera considérée comme une attaque dirigée contre toutes les parties, et en conséquence (…), si une telle attaque se produit, chacune d'elles (…) assistera la partie ainsi attaquée, y compris (par)  l'emploi de la force armée (…).

 

Article 8
Chacune des parties (…) assume l'obligation de ne souscrire aucun engagement international en contradiction avec le Traité.

 

Article 10

Les parties peuvent, par accord unanime, inviter à accéder au Traité tout autre Etat européen susceptible de (…) contribuer à la sécurité de la région de l'Atlantique Nord. (…)

Le Traité de l’OTAN (Organisation du Traité de l’Atlantique Nord, en Français dans le texte puisque la langue de Molière est, rappelons-le, l’une des deux langues officielles de l’OTAN-NATO) incarne donc l’atmosphère d’opposition diplomatique et idéologique entre le bloc « ouest » (l’occident libéral mené par les Etats-Unis) et le bloc « est » (l’Europe centrale et orientale communiste sous domination soviétique) que l’on appelle « guerre froide ».

Cette « guerre froide » n’est d’ailleurs « froide » qu’en Europe : partout ailleurs (Afrique, Asie), ça chauffe drôlement et les deux « super-Grands » s’affrontent en réalité indirectement. C’est le cas par exemple en Corée où la guerre, déclenchée en 1950, aboutira en 1953 au fractionnement du pays en deux (Corée du Nord, soutenue par la Chine et Corée du Sud), que nous connaissons encore en 2008.

Pour ce qui est de la France, à partir de 1950, plus de 100 000 Américains (dont 60 000 soldats) débarquent donc à nouveau, mais cette fois sous le drapeau de l’OTAN et pour y installer leurs bases militaires.

Les « GI’s » s’installent dans des bases qui leur sont dévolues sur le territoire national. Pour les responsables du « Quai d'Orsay » (le Ministère des Affaires Etrangères), c'est là « la preuve tangible de la volonté américaine de défendre l'Europe ». Pratiquement, c'est aussi le moyen d'assurer la protection éventuelle de la métropole contre une invasion soviétique, l'armée française étant à ce moment engluée dans le conflit « indochinois » qui s’achèvera par la défaite de Dien Bien Phu en 1954.



Sur le plan stratégique, la France devient ainsi une base arrière logistique pour la VIIe armée américaine stationnée en « RFA » la République Fédérale d’Allemagne (par opposition à la RDA, sous domination communiste et allégeance à Moscou). La France abrite de nombreux dépôts de l'US Army (armée de terre) et elle forme également, après l'Allemagne, une ligne de défense aérienne en Europe grâce aux bases que l'USAFE (US Air Force in Europe) (armée de l’air) y a installées. Les Etats-Unis installent même deux oléoducs pour acheminer l’essence jusqu’en Allemagne.

Sous une « IVème république » dirigée par une succession rapide de gouvernements de centre-gauche, ce rapprochement est politiquement courageux : il concentre en effet à la fois les critiques de la gauche communiste (près de 20 % des votes à l’époque) et de la droite gaulliste (nous dirions « souverainiste » aujourd’hui).

Les Français, quant à eux, vont entretenir avec ces encombrants alliés des relations mêlées de fascination et de méfiance. Car les Américains sont nombreux : il y a ainsi, en 1959, près de 61 000 soldats auxquels s’ajoutent 40 000 civils, pour la plupart des membres des familles. Certaines régions françaises vivent ainsi largement à l'heure américaine : dans l'Ouest par exemple (Saint-Nazaire, Bordeaux…), le Centre (Châteauroux et Orléans) ou encore le Nord-Est (Verdun, Étain, Toul, Nancy, Chaumont, Phalsbourg…).

Les Français, outre des soldats, côtoient des femmes et des enfants qui ont importé un étrange mode de vie : l' « American Way of Life ». Chaque famille américaine dispose à côté de la base d'un logement décent (la France en manque cruellement, à l’époque) : une cinquantaine de lotissements sont construits où les maisons y sont confortables, équipées en appareils électroménagers et ne sont séparées par aucune clôture, comme aux États-Unis.

Les Français peuvent acheter des produits « made in USA » dans les magasins installés sur les bases, les PX (« Post Exchange », coopératives militaires). Ils voient de grosses cylindrées « américaines » (des Chevrolet, des Buick ou des Cadillac) sillonner les routes de province. Ils obtiennent aussi des emplois sur les bases. En 1957, environ 30 000 Français sont salariés sur ces bases (3 000 à Châteauroux, 2 000 à Orléans ou Nancy, par exemple).

Dans une France au niveau de vie bien inférieur à celui qui existe outre-Atlantique, on découvre une autre musique, les disques grand public et la radio américaine, le cinéma hollywoodien, les sports pratiqués en Amérique…

Comme nous sommes en France, parlons un peu… d’amour (ah ! l’amour, toujours l’amour…) Les jeunes Françaises ne restent pas toujours insensibles au charme des GI’s (et réciproquement !) : si l’on omet la comptabilisation des flirts (hors mariage donc politiquement incorrect avant 1968) et des histoires sordides de jeunes filles séduites puis abandonnées, notons que 452 honorables mariages sont célébrés à Châteauroux entre 1951 et 1967 et sans doute autant à Chaumont durant la même période. Ce n’est plus de l’entente, c’est de l’osmose.

Mais tout n’est pas rose avec l’Oncle Sam. La presse française dénonce l'essor de la prostitution à proximité des bases US. Elle recense avec complaisance dans la rubrique « fait divers » les rixes, dégradations et tapages des soldats les soirs de libations excessives autant que les nombreux accidents de la route impliquant des militaires américains trop peu soucieux de ménager l’honnête automobiliste franchouillard.

A part ces collisions fortuites, un rapport américain de 1958 note que, d’une manière générale, il y a « peu de contacts entre les forces américaines et la population locale française ». Les Américains sont rebutés par la méfiance française, la barrière de la langue, la crainte de l'influence communiste dans les relations personnelles et une hygiène jugée insuffisante par des hommes marqués par une éducation anglo-saxonne très soucieuse de propreté.

Politiquement, les gouvernements de centre-gauche et/ou socialisants de la IVème république (qui ont signé le Traité de l’OTAN en 1949) s’accommodent toutefois bien de la présence yankee. Ce n’est pas le cas des députés communistes qui, dès novembre 1950, avaient dénoncé à l'Assemblée nationale les « enclaves étrangères américaines ». Les gaullistes, eux, s’ils approuvent l'Alliance atlantique, voient évidemment dans la présence militaire US une atteinte inadmissible à la souveraineté nationale.

Le
retour au pouvoir du général de Gaulle en mai 1958, va entamer le compte à rebours de la présence américaine sur le territoire national. Dès septembre 1958, De Gaulle adresse un mémorandum au président Eisenhower et au Premier ministre britannique Macmillan : il annonce sa volonté de réformer l'OTAN. Il critique le leadership américain et propose une organisation tripartite de l'alliance réunissant États-Unis, France et Royaume-Uni.

Car, dit-il « La France veut être fidèle à l’Alliance atlantique, c’est-à-dire à l’alliance avec les Américains. Mais la conception du Pacte atlantique est périmée. Ce pacte a été conçu seulement pour l’Europe occidentale; or, les menaces et, par conséquent, les dispositions stratégiques à prendre s’étendent aujourd’hui à la Méditerranée et à l’Afrique » (en véritable visionnaire, à son homologue italien Gronchi).

Mais vit-on jamais l’Amérique
partager son leadership ? Quant aux Anglais, la sévère admonestation américaine qu’ils ont reçue en 1956, lors de la crise de Suez où ils s’étaient imprudemment (et secrètement) alliés aux Français et aux Israéliens leur a servi de leçon : désormais, ils exécutent les ordres des Etats-Unis sans discuter.

Les propositions gaulliennes essuient donc un refus de la part des anglo-saxons.

Ah oui ? Très bien.

Alors De Gaulle entame un retrait progressif et ostentatoire :

-      en mars 1959, la flotte française de Méditerranée est retirée du commandement militaire intégré de l'organisation
-      en mai 1959, l’inflexible général interdit le stockage d'armes nucléaires américaines sur le sol national (la France ne possède pas encore elle-même l’arme nucléaire) : de facto, cela provoque le départ de trois escadres de chasseurs tactiques de l'US Air Force in Europe
-      en 1960, la France ne participe plus au système de défense aérienne intégré en Europe
-     en janvier 1964, les forces navales françaises sortent des commandements intégrés de l'Atlantique et de la Manche.

A cette époque, les relations entre la France du général De Gaulle et les États-Unis ne cessent donc de se détériorer. En janvier 1964, par exemple, la France reconnaît la République populaire de Chine sans consulter (évidemment !) qui que ce soit. A Washington, la méfiance est à son comble.

A la méfiance succède bientôt la colère face aux vexations gaulliennes délibérées à l’endroit des Etasuniens.

Car, en juin 1964, à la surprise générale, le président De Gaulle décide de… ne pas participer (à titre personnel) aux cérémonies commémoratives du vingtième anniversaire du débarquement allié en Normandie de1944 !

De Gaulle a la mémoire longue et, pendant vingt ans, il a remâché les avanies qu’il avait subies, à l’époque, de la part du président américain Franklin D. Roosevelt, lequel :

-      avait tenté, en 1942, de le remplacer par le docile général Giraud à la tête des troupes Françaises d’Afrique du Nord
-      avait demandé plusieurs fois (sans succès), via Winston Churchill, au Conseil National de la Résistance de Londres de limoger le général De Gaulle
-      avait fait former, dans le plus grand secret, des hauts fonctionnaires destinés à administrer de force la France dès l’arrivée des Américains en Normandie
-      avait fait imprimer des billets destinés, après le débarquement, à remplacer le Franc avec cours indexé sur le dollar (les « Francs américains »)
-      n’avait informé De Gaulle de l’opération Overlord (le débarquement en Normandie) que la veille, 5 juin et via Eisenhower, alors que cette opération d’une ampleur sans précédent se préparait depuis début 1944 !
-      et d’autres amabilités encore, que l’on peut lire avec délice dans le livre de François Kersaudy « De Gaulle et Roosevelt »…

Bref, De Gaulle n’a pas pardonné. Et il le fait savoir aux Américains. La France dispose désormais de l’arme nucléaire, elle affirme sa différence face au leadership yankee.

L'émotion est grande outre-Atlantique, où l’on se scandalise. Elle l'est aussi en France, où l'on comprend mal la décision du Général. Les cérémonies officielles se déroulent cependant sans incidents, le ministre des Anciens Combattants, Jean Sainteny et les officiels américains faisant de leur mieux et se montrant tous parfaitement « fair-play ».

Mais, quelque temps plus tard, De Gaulle enfonce le clou avec une nouvelle provocation : s’il a refusé de commémorer le débarquement en Normandie du 6 juin 1944 (le débarquement en Normandie c’est le film « Il faut sauver le soldat Ryan »), il annonce en revanche qu'il participera aux cérémonies commémoratives du débarquement en Provence (le 15 août 1944 par les troupes des colonies, c’est le film « Indigènes »)... Ce qu'il a refusé aux vétérans américains de l’opération « Overlord », le Général l'accorde donc aux anciens combattants des Forces françaises libres, qui ont massivement participé à l'opération « Dragoon » !

Je vous laisse imaginer le ton de la presse américaine de l’époque vis-à-vis Français…

Mais ce n’est pas fini.

En février-mars 1966, le général De Gaulle exécute en deux temps un coup de tonnerre soigneusement préparé.

Le 21 février 1966, lors d'une conférence de presse le général De Gaulle tient des propos menaçants : « Rien ne peut faire qu'une alliance demeure telle quelle, quand ont changé les conditions dans lesquelles on l'avait conclue. ». Vous observerez à cet égard que le général De gaulle réserve à ses concitoyens la primeur de ses annonces en matière internationale, contrairement à Nicolas Sarkozy qui fera au contraire l’annonce, en 2008, de la réintégration de la France dans l’OTAN devant les… parlementaire anglais !

Pour De Gaulle, puisque la France a accédé à la maîtrise du feu nucléaire et peut, en théorie, assurer seule la défense de son territoire, il est temps de redéfinir sa place dans l'OTAN. Il l’écrit dans une lettre du 7 mars 1966 au président américain, Lyndon B. Johnson : « La France se propose de recouvrer sur son territoire l'entier exercice de sa souveraineté, actuellement entravé par la présence permanente d'éléments militaires alliés ou par l'utilisation qui est faite de son ciel, de cesser sa participation aux commandements intégrés et de ne plus mettre de forces à la disposition de l'OTAN. »

Concrètement, c’est l'évacuation du territoire français par toutes les troupes alliées qui y stationnent (essentiellement américaines et canadiennes) qui est exigée.

En résumé : « US go home ! »

Du clair, du direct, du lourd, du De Gaulle, quoi.

Cette initiative provoque une nouvelle crise dans des relations déjà difficiles entre les États-Unis et la France.

En France même, la raideur ombrageuse du Général inquiète. La presse française, craintive, insiste sur les risques d'isolement de la France dans le dispositif de protection de l’Europe. L’opposition socialiste et centriste critique le retrait de l'OTAN en s’alarmant des conséquences économiques importantes pour l’emploi et pointe les licenciements économiques qui guettent les travailleurs. Le 16 octobre 1966, une grande manifestation réunit ainsi à Paris des employés des bases américaines de Châteauroux, de Verdun, d'Orléans, d’Évreux ou de La Rochelle, Cela oblige le gouvernement à des mesures compensatoires : installation de services de l'État dans les villes les plus sinistrées, incitations fiscales à la création d'emplois, aides diverses. Quand au peuple, il s’en fiche (comme toujours) : seulement 38 % des sondés désapprouvent la décision gaullienne.

Outre-Atlantique, naturellement, on est indigné : la presse dénonce l'ingratitude française devant les sacrifices consentis par les GI’s en 1917 et 1944 pour défendre la liberté de l'Europe (il y aura exactement les mêmes réactions en 2003, quand la France chiraquienne refusera d’emboîter le pas aux Etats-Unis dans leur équipée irakienne).

La classe politique est critique et acerbe : le représentant de Caroline du Sud, Rivers, se demande même avec une bonne dose de mauvaise foi si « dans l'hypothèse malheureuse d'un holocauste futur, la France ferait partie des alliés des Etats-Unis »  ! Le Département d'État (= Ministère des Affaires Etrangères) demande même une condamnation sans appel de la France. On prête aussi à Dean Rusk, le secrétaire d'État américain, cette réflexion faite à de Gaulle : « Votre décision concerne-t-elle aussi les corps des soldats américains enterrés dans les cimetières de France ? »

La rupture est consommée. A gauche, on s’en réjouit. A cette époque, pour le socialiste… François Mitterrand « l'OTAN appartient au passé ». Quel visionnaire…

En réalité, la décision de février 1966 n'est pas une surprise. Les Américains s'y attendaient puisque leur dispositif militaire en France s'était réduit : un document américain de septembre 1965 avait même envisagé l'hypothèse d'un retrait unilatéral de France. Sans suite, cela aurait donné à la France une stature de victime.

Alors les Américains sont pragmatiques : certes, la France est sortie du commandement intégré de l’OTAN, certes les Américains ont du revoir leur déploiement de troupes en Europe, certes tout cela a jeté un froid dans les relations entre les deux pays. Mais l’essentiel est cependant préservé :

-      la France demeure dans l' « Alliance atlantique »
-     les Américains continueront à utiliser les oléoducs qui traversent le territoire français et alimentent en pétrole les forces alliées stationnées en Allemagne
-      l’OTAN (désormais installé en Belgique) obtient le maintien des conditions de survol du territoire français
-      elle noue par ailleurs une coopération opérationnelle avec les forces françaises en Allemagne.

Les relations franco-américaines se calment donc durant les décennies qui suivent.


Jusqu'à quand ? Nous l'allons voir en cliquant sur le lien.

 

La Plume et le Rouleau (c) 2008 

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Commenter cet article

tuseki 11/04/2011 13:36


beaucoup trop de politiciens se disent "gaullistes""
S'ils l'étaient vraiment, ils n'auraient JAMAIS réintégrés l'OTAN.
Le Général de Gaulle, était un visionnaire. Pas un petit politicien !


La Plume et le Rouleau 11/04/2011 15:26



Le gaullisme est, hélas, devenu un fourre-tout idéologique dont les "vieux" se méfient et auquel les "jeunes" ne comprennent rien. Il a fait l'objet d'un kidnapping et d'un dépeçage qui l'ont,
d'une certaine manière, totalement "ringardisé".


A tort, car certaines idées sont totalement modernes et, en matière de droit des peuples à disposer d'eux-mêmes aussi bien que d'avancées sociales (droit de vote des femmes et des militaires,
pilule, participation et syndicalisme...) il en remontrerait à bien des soi-disants progressistes d'aujourd'hui...



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