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LA PLUME ET LE ROULEAU

LA PLUME ET LE ROULEAU

200 chroniques éclairent le Présent à la lumière de l'Histoire


1822 : CHAMPOLLION, un savant qui aurait mérité la... rosette

Publié par La Plume et le Rouleau sur 14 Septembre 2001, 14:51pm

Catégories : #Personnalités célèbres

Mes Chers Amis,

L’actualité du passé s’avère parfois plus réjouissante que celle du présent. Pour vous mettre un peu de baume au coeur en ces temps troublés, je vous propose de vous narrer par le menu un évènement qui advint le 14 septembre 1822.

Ce jour-là, un homme âgé de 31 ans arrive en courant dans la chambre de son frère (ils logent tous deux dans le même appartement). Devant celui-ci médusé et qui ne comprend rien, il hurle ces mots (apparemment) incohérents : « Je tiens l’affaire ! ». A l’évidence exultant, fou de joie mais finalement terrassé par l’émotion, il s’évanouit immédiatement !

Je sens là immédiatement votre curiosité s’aiguiser.

De quoi s’agit-il donc et quelle découverte cet individu vient-il de faire, qui va à ce point le rendre célèbre et faire, n’ayons pas peur des mots, progresser l’humanité toute entière ?

Revenons un peu en arrière, grâce à notre habituel véhicule spatio-historico-temporel,

Jean-François (appelons-le par son prénom, c’est plus mignon, n’est-ce pas ?) est né le 23 décembre 1790 à Figeac, dans le Lot. A ce niveau de cette chronique historique, les plus cultivés d’entre vous ont déjà compris de qui je vais parler.

Je pourrais m’arrêter là, donc.

Je continuerai cependant, autant pour les ignares du fond de la classe, qui tentent péniblement, leur bâton de pèlerin à la main, de progresser dans la voie de la connaissance, que pour ceux qui ne cherchent qu’à briller lors du dîner en ville de demain soir.

Jean-François, donc, est un enfant qui se distingue très jeune par un goût prononcé pour les disciplines littéraires et historiques. Il apprend vite à lire et, quasiment seul, entreprend l’apprentissage du grec, du latin, de la plupart des langues sémitiques (hébreux, arabe), tout autant que de notions en chinois, persan et sanskrit.

A 12 ans, il part à Grenoble poursuivre ses études. A 14 ans, Jean-François se met en demeure d’apprendre le copte.

Le copte est une langue ancienne, issue de l’égyptien antique mais qui ne se rédige pas en hiéroglyphes. Elle fut parlée en Egypte jusqu’au XIIIème siècle et est encore utilisée de nos jours dans la liturgie des chrétiens d’Egypte et d’Ethiopie (les Coptes, précisément).

Jean-François rédige alors une note sur la parenté de cette langue avec celle des pharaons. Mais cet essai reste inachevé, les hiéroglyphes, à l’époque, n’ayant pas encore été déchiffrés.

Nous sommes maintenant en 1820. A l’issue de ses études, Jean-François se lance dans l’enseignement de l’histoire (l’heureux homme) et dans une tâche d’une complexité effarante : le déchiffrement des hiéroglyphes, dont le mystère le passionne et l’hermétisme l’excite.

Je dis « effarante » car la langue égyptienne évolua, au long de son histoire, en 3 écritures différentes :

- la hiéroglyphique (avec les dessins)

- la cursive (ou hiératique) avec des lettres

- et la démotique (à partir du VIIIème siècle av JC).

Or, à l’époque de Jean-François (début XVIIIème siècle), personne ne comprend comment l’on est passé de l’une à l’autre de ces écritures et la correspondance entre les langues, qui aurait permis le décryptage des hiéroglyphes, a été perdue sans jamais être retrouvée.

Les hiéroglyphes sont composés d’images et de lettres. Le problème de leur compréhension tient en deux questions :

- Les lettres expriment-elles autre chose que des sons ?

- Les images expriment-elles autre chose que des idées ?

Impossible de le savoir. Pourtant, une découverte avait déclenché l’enthousiasme quelques années plus tôt : en 1799, on avait découvert en Egypte, dans la ville de Râchid (que les Croisés appelaient « Rosette ») une stèle très récente (196 av JC) et qui portait en 3 langues différentes (hiéroglyphes, démotique, grec) le même décret du pharaon Ptolémée V Epiphane.

Les meilleurs orientalistes avaient jubilé : enfin une base rationnelle et logique pour travailler !

Le français Sylvestre de Sacy, le suédois Âkerblad, l’anglais Young avaient tour à tour déchiffré quelques mots. Mais l’ensemble du texte, dans sa construction, sa grammaire et sa syntaxe, demeurait un mystère. Depuis 1500 ans, les hiéroglyphes ne se laissaient plus déchiffrer.

Jean-François Champollion (car il s’agit de lui, vous l’aurez reconnu) était un homme d’une érudition, d’une persévérance et d’une intelligence extraordinaires, qui étudiait, sans succès, la pierre de Rosette depuis 1808.

En décembre 1821, il fait une observation de bon sens : pour traduire 500 mots grecs, il faut environ 1500 hiéroglyphes.

Conclusion : certains idéogrammes expriment des sons (comme les lettres) mais aussi des idées. C’est l’emploi conjoint de ces deux formes d’écriture (sons + idées) qui rend les hiéroglyphes si complexes à déchiffrer.

Champollion est alors aux portes du secret mais il ne l’a pas encore percé. Il travaille alors tout l’été 1822 à valider sa théorie par l’étude d’une stèle astrologique, le « Zodiaque de Dendéra » (aujourd’hui exposé au Louvre). Il découvre deux choses : d’abord que les égyptiens n’écrivent que les sons issus des consonnes et non des voyelles, ensuite que certains idéogrammes servent aussi de « déterminatif » : un peu comme l’accent sert à différencier le « à » de « a »...

Si l’écriture hiéroglyphique apparaît de plus en plus complexe, les problèmes à résoudre sont maintenant presque entièrement identifiés.

Le 14 septembre 1822, Champollion décide, un peu par hasard, de tenter de décrypter deux inscriptions qui lui ont été récemment envoyées d’Egypte par l’architecte Huyot. Il applique ses hypothèses : sur la première, il lit « Ramsès », sur la deuxième, il déchiffre « Thoutmôsis » !

Champollion bondit de joie. « Je tiens l’affaire ! » crie-t-il : il a découvert le secret des hiéroglyphes ! ! ! 

Le 27 septembre suivant, il publie un opuscule (la « Lettre à M. Dacier ») où il déroule sa méthode.

Ce sera le début d’une carrière et d’une (courte) vie entièrement vouée à l’ « égyptologie » : une discipline qu’il créera ex nihilo comme, du reste, le département des Antiquités du musée du Louvre.

Je passerai brièvement sur les démêlés de Champollion avec :

- le pouvoir politique de Louis XVIII et de Charles X (il est un républicain convaincu)

- l’Eglise (la chronologie biblique officielle de l’époque situe la création du monde en 4 053 av JC et le Déluge en 2 396 av JC, ce qui ne cadre pas avec la datation, ne serait-ce que de la pyramide de Khéops - de 2 500 av JC -)

- mais aussi, hélas, avec la maladie, qui mettra fin prématurément à ses jours à l’âge de 42 ans.

Tandis que les noms de Rawlinson (déchiffreur du cunéiforme, l’écriture sumérienne), de Hrozny (déchiffreur du hittite) ou de Ventris (déchiffreur du minoen) restent ignorés du grand public et connus seulement de quelques érudits (dont vous, maintenant), la renommée de Champollion reste universelle, comme la fascination qu’exerce l’Egypte sur nous.

Alors, si vous aller un jour admirer les collections égyptiennes du musée du Louvre ou la reproduction de la pierre de Rosette à Figeac, attardez-vous un instant et, dans le silence des musées, imaginez le cri soudain de Champollion : « Je tiens l’affaire ! »

Bonne journée à tous.

La Plume et le Rouleau © 2001

Et pour d'autres mystères résolus et secrets levés, lisez La cinquième nouvelle...

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