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LA PLUME ET LE ROULEAU

LA PLUME ET LE ROULEAU

200 chroniques éclairent le Présent à la lumière de l'Histoire


1948 : On a tué GANDHI !

Publié par La Plume et le Rouleau sur 30 Janvier 2002, 16:56pm

Catégories : #Personnalités célèbres

Mes Chers Amis,
 
Retrouvons-nous le 30 janvier 1948, à Delhi (Inde), chez un homme d’affaires important, un dénommé G.D. Birla. Celui-ci est le bailleur de fonds attitré d’un homme fort célèbre : Gandhi lui-même, lequel séjourne chez lui exceptionnellement (traditionnellement, lorsqu’il vient dans la capitale, il préfère loger dans un quartier d’Intouhables « bhangis », les vidangeurs de latrines).
 
C’est l’heure pour Gandhi de sa séance quotidienne de prière publique ; Soudain, un homme fend la foule et brandit un revolver. Il s’appelle Nathuram Godse, c’est un nationaliste hindou. Il abat Gandhi qui, à l’âge de 79 ans, décède quasiment sur-le-champ.
 
Cet acte fut-il l’oeuvre d’un fou ? Pouvait-on l’éviter ? Aurait-on pu le prévoir ? Comment fut-il perçu, jugé, puni ? 
Rappelons que Mohandas Karamchand Gandhi, ancien avocat, décide, dans les années 1920, d’élaborer une doctrine fondée sur la non violence (inspirée de l’ « ahimsa » hindoue, littéralement « absence de désir de tuer ») et la non coopération avec l’occupant anglais. Au-delà du combat politique, l’homme aspire (tout un programme) à « changer les coeurs » et met les réformes sociales au centre de son action. Sans responsabilité politique directe et quoiqu’il ne fasse pas l’unanimité, il exerce une grande influence politique. L’Inde devient indépendante en 1947.  
 
La même année, c’est la partition du pays et la création d’un état musulman, le Pakistan : s’ensuivent un transfert massif de populations et des centaines de milliers de morts. Déjà, le Pakistan revendique le Cachemire.
 
Gandhi, lui, arpente le pays, appelle à l’unité, au dialogue entre les religions et les communautés, à l’arrêt des violences, exhorte ses concitoyens au dialogue. Sans succès.
 
Quelques semaines avant sa mort, Gandhi, usé de tant de combats, écrit : « Je crois que j’irrite tout le monde. Les gens devraient me dire que je suis vieux, que je ne sers plus à rien et que je ne devrais pas me mettre en travers de leur chemin ».
 
Le 12 janvier 1948, le Mahatma engage sa dernière grande action publique : il entame, à Delhi, une grève de la faim pour protester contre les affrontements qui ont lieu au Punjab (coupé en deux par la partition) entre hindous et musulmans.
 
Son ami Nehru, Premier Ministre, cède alors en restituant au Pakistan une partie des avoirs de la Reserve Bank of India, soit 550 Millions de roupies. Des notables hindous signent un document par lequel les hindous de Delhi, pour la plupart expulsés du Punjab, évacuent les mosquées qu’ils occupaient en représailles.
 
Pour les nationalistes hindous, c’en est trop. Dès l’annonce du début du jeûne, Nathuram Godse, 38 ans, né dans une famille brahmane (la plus pure) de caste « chitpavan » (moyenne inférieure) décide d’assassiner Gandhi. Lui et ses amis n’admettent pas la doctrine de la non-violence à laquelle ils reprochent de conduire à l’irruption des castes inférieures sur la scène politique, au bouleversement de l’ordre millénaire socio-cosmique et, bien sûr, à la partition du pays, la « vivisection de la mère-Inde » comme ils l’appellent. Pour les nationalistes, Gandhi apparaît comme l’incarnation de l’hindou efféminé, incapable d’insuffler au peuple la vigueur martiale nécessaire pour résister aux menaces et aux exactions des musulmans et de leur nouveau pays, le Pakistan.
 
Le 20 janvier 1948, Godse et trois amis, dont l’un a servi au sein de l’armée britannique, préparent un attentat à la grenade contre Gandhi. Mais leur organisation laisse à désirer, leurs armes sont défaillantes et, au dernier moment, leur complot échoue. L’un d’entre eux est arrêté par la police.
 
Gandhi, lui, refuse pourtant que les personnes assistant à ses prières publiques soient fouillées. Lassitude, résignation, aveuglement ?
 
Godse décide alors d’agir seul. Il quitte Delhi quelques jours pour s’entraîner au tir. Le 30 janvier 1948, il est à la Birla House.
 
Il abat Gandhi de trois balles puis se laisse arrêter.
 
A son procès, Godse et son complice Narayan Apte, explique longuement leur geste : comment l’Inde pourrait-elle résister à l’agressivité du Pakistan si, sous la pression de Gandhi, le gouvernement faisait à celui-ci des concessions incessantes ? Gandhi avait certes mérité le respect pour avoir débarrassé l’Inde de l’occupant britannique, il n’en incarnait pas moins aujourd’hui le renoncement et l’apaisement face au Pakistan. La politique de non-violence touchait ses limites face aux menaces musulmanes. L’influence de Gandhi sur le gouvernement de Nehru était trop grande. Il devait être éliminé.
 
Parallèlement, et ceci est loin d’être négligeable, le procès démontre l’incurie des services de police qui, s’ils avaient correctement opéré à l’issue du premier attentat du 20 janvier 1948, auraient pu remonter rapidement jusqu’à Godse et l’arrêter pour l’empêcher de perpétrer son geste fatal... Le gouvernement indien avait-il fait tout ce qu’il fallait ou avait-il, délibérément, continué à laisser les menaces s’accumuler sur la personne de Gandhi dans un fatalisme et une négligence coupables ? Un gouvernement qui, du reste, s’opposera par la suite résolument à la publication de la déposition de Godse qui ne sera diffusée qu’en... 1989 ! 
Le tribunal condamne finalement Godse et Apte à la pendaison, leurs complices à la prison et fait arrêter près de 20 000 militants nationalistes (en Inde, on ne fait pas dans la demi-mesure !).
 
La sentence sera exécutée le 15 novembre 1949. Les condamnés iront au gibet avec, à la main, un drapeau ocre (symbole de l’hindouisme) et une carte de l’Inde d’avant la partition en chantant « Avant de mourir, nous te saluons, divine mère-patrie ».
 
Bien qu’élevé au rang de héros national pour son succès dans la lutte contre le colonialisme anglais, Gandhi et sa magistrature morale appartenaient désormais au passé. Ses méthodes avaient fait leur temps. La décolonisation, la guerre froide, l’émergence du Tiers Monde nécessitaient d’autres moyens d’action, plus réalistes, plus énergiques, pour faire face à une donne qui avait désormais changé.
 
Chacun salue le courage du choix de la non-violence à cette époque. Mais face aux menaces terroristes actuelles, Gandhi aurait-il réellement choisi d’être hindou plutôt qu’un dur ?
 
Bonne journée à tous.

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La Plume et le Rouleau © 2002

Scène de l'assassinat du film "Gandhi" (1983)

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