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LA PLUME ET LE ROULEAU

LA PLUME ET LE ROULEAU

200 chroniques éclairent le Présent à la lumière de l'Histoire


1883 : MUSSOLINI, le pouvoir et les femmes

Publié par La Plume et le Rouleau sur 25 Juillet 2002, 16:01pm

Catégories : #Personnalités célèbres

Mes Chers Amis,

Consultons notre éphéméride historique : le 25 juillet 1883, Benito Mussolini naissait en Romagne et le jour de ses soixante ans, le 25 juillet 1943 exactement, il était destitué de ses fonctions de chef suprême de l’Etat fasciste par le… Grand Conseil Fasciste. « Sic transit gloria mundi » a pu se dire celui qui, se piquant de romanité, et après plus de vingt ans de pouvoir absolu, venait d’être jeté comme un malpropre par ceux-là même qu’il avait promu au rang de dignitaires de son régime...

L’occasion nous est donc donnée de revenir quelque peu sur ce personnage à la destinée hors du commun, achevée tragiquement le 28 avril 1945. Plus encore qu’à l’habitude, je me suis efforcé de vous servir une chronique historique de qualité, avec l’espoir de vous intéresser par son contenu sans jamais vous ennuyer par sa rigueur.

On effectuera quelques rappels de bon goût sur le « fascisme », terme complètement galvaudé aujourd’hui par des masses ignorantes de sa réalité historique et qui le collent à toutes les sauces électorales.

On prendra quelques points de repères sur la vie de Benito Mussolini, comment il vécu, comment il est mort (Ca vous a plu, hein ? Vous en demandez encore ?)

On émettra un éclairage spécifique sur l’admiration irrationnelle dont il fit l’objet, d’une dimension aujourd’hui oubliée, admiration de tous, y compris Adolf Hitler lui-même

On s’interrogera enfin : Mussolini, qui fut adulé par les masses, le fut-il aussi par les femmes et en tira-t-il partie ?

 

Qu’est-ce que le fascisme, d’abord ? Prenons garde aux idées reçues : le fascisme n’est pas un simple autoritarisme et tous les dictateurs passés, déchus, présents et à venir ne sont pas pour autant des « fascistes ». De « simples » propos xénophobes et bellicistes ou une dictature personnelle n’ont rien à voir avec un caractère strictement « fasciste ». Franco, Pinochet ou Saddam Hussein ne furent pas des « fascistes » à proprement parler.

Le fascisme est une idéologie née en Italie au début des années 20 du XXème siècle et qui se caractérise par un projet de société révolutionnaire et totalitaire au sein de laquelle le culte du chef et de la guerre tiennent une place centrale. Mussolini souhaite une régénération individuelle et collective par l’avènement d’un homme nouveau dont la conscience individuelle serait entièrement mise au service d’une conscience collective. L’individu devient un moyen comme un autre pour la collectivité de tendre vers le but assigner par le Chef. Le fascisme est évidemment une révolution sociale, prolétarienne, antibourgeoise et anticapitaliste. C’est l’exaltation du peuple emmené par son chef.

C’est aussi une révolution nationaliste : l’Italie doit retrouver la grandeur passée et s’affirmer sur la scène internationale. Il s’agit de laver les humiliations subies depuis cinquante ans : développement économique insuffisant qui en fait le parent pauvre de l’Europe, absence du partage colonial (spécialement africain), sous-représentation diplomatique consécutive au revirement de 1916 qui a conduit les vainqueurs de 1918 à négliger l’Italie, considérée comme un allié tardif et peu fiable. Pour cette régénération, tous les moyens matériels et humains doivent être mis en oeuvre : nationalisations, politique de grands travaux permettant l’autosuffisance alimentaire du pays, dirigisme économique par l’Etat qui favorise tel ou tel secteur, empêche les défaillance d’entreprise et oriente la production comme l’investissement.

Cette recherche de l’autarcie s’accompagne évidemment d’une idéologie fortement nationaliste, auquel chaque individu doit adhérer en se mettant corps et âme au service de la collectivité. La propagande insiste donc sur la valorisation du sacrifice individuel, notamment au combat. Le fascisme est une idéologie qui débouche naturellement sur la guerre : l’Italie s’engagera dans une conquête incertaine et non aboutie de l’Ethiopie et bien sûr aux côtés de l’Allemagne nazie à partir de 1937.

Passons sur les parentés évidentes avec le nazisme et le communisme pour noter que l’Italie fasciste ne pratiqua cependant jamais la terreur de masse associée au système concentrationnaire et pour souligner que, du point de vue de nombreux historiens, le fascisme fut (heureusement ?) un totalitarisme inachevé, incapable notamment d’éradiquer la mafia.

Le fondateur du « fascisme » est Benito Mussolini. Né en 1883, il fait d’abord ses classes politiques à gauche (comme de nombreux hommes politiques européens, y compris en France, qui virèrent plus tard à l’ultra-nationalisme), au Parti Socialiste italien dont il fut exclu en 1914. Il y fait rapidement preuve de son aisance dans les discours, la captation de l’attention du public, bref, d’une forme de charisme. Mussolini est un « showman » qui maîtrise les effets de manche et les formules-choc. La première guerre mondiale le voit caporal (comme Hitler) et blessé gravement (lors d’un exercice de tir en 1915).

En 1919, il fonde les « faisceaux de combat » : un parti nationaliste aux idées sociales qui lutte contre l’influence des communistes italiens. En 1922, à la suite d’une agitation grandissante, il est légalement appelé au poste de Premier Ministre par le roi Victor-Emmanuel III. Il va concentrer désormais tous les pouvoirs, nommer les ministres, légiférer par décret, etc…En 1939 il s’engage aux côtés de l’Allemagne de Hitler dans la guerre.

Mais la guerre tourne mal pour Mussolini, ses armées subissent des revers en Afrique du Nord tandis que Hitler comptait justement sur lui dans cette zone. Le 25 juillet 1943, alors que l’Italie est partiellement envahie par les Alliées, Mussolini est destitué par les Fascistes eux-mêmes. Le nouveau gouvernement recherche l’armistice tandis que Mussolini est emprisonné. Il sera délivré par un commando allemand avant d’être installé par Hitler à la tête de la « République de Salo », état fantoche finalement emporté par la poussée alliée. Tentant de fuir, Mussolini sera arrêté par un groupe de partisans communistes le 28 avril 1945, lesquels le fusilleront immédiatement avant de le pendre par les pieds et d’exposer son cadavre (ci-dessus).

Triste épilogue pour celui qui fut l’objet d’une véritable adoration de la part de son peuple : la question de l’adhésion du peuple italien, en masse, à l’homme a suscité de vives controverses dans la péninsule. Les historiens étaient en effet largement marqués par une culture démocrate-chrétienne ou socialisante qui répugnait à reconnaître que la population italienne dans son ensemble marqua un culte non feint pour Mussolini, individu authentiquement issu du peuple dont la popularité fut réellement immense.

Car il est vrai que l’Italie trouva avec le fascisme une période de paix civile inédite. Mise au pas des mouvements syndicaux et ouvriers mais possibilité d’ascension sociale via le parti pour les couches défavorisées, exaltation des valeurs rurales et redressement économique incontestable pour les couches paysannes, succès sportifs (victoires en 1934 et 1938 à la coupe du monde de football !) et réconciliation du pouvoir politique avec le Vatican (accords de Latran de 1929) et donc les catholiques : Mussolini sut rassembler la nation et s’affirma comme le « Duce », le guide que celle-ci attendait et qu’elle vénéra sans mesure. Le Duce fut représenté comme l’incarnation même du renouveau de la nation à travers l’idéologie fasciste. L’iconographie et la propagande le représentèrent à l’envi dans toutes les postures et toutes les situations : fier, méditatif, jovial, seul, en famille, en uniforme, en civil, en paysan (conduisant le tracteur labourant la terre ou moissonnant, en bras de chemise, les Marais Pontins récemment asséchés), en maillot de bain ou en tenue de sport (car le Duce excelle dans tous les sports, naturellement).

Outre Churchill, Roosevelt et même Ghandhi (!) qui saluèrent au début les succès de sa politique économique et sociale, Mussolini fit surtout l’admiration de Hitler en 1934, lors de leur première rencontra à Stra, en Italie. A ce moment, vêtu d’un uniforme d’apparat rutilant, il avait accueilli avec faste un chancelier modestement attifé d’un imperméable couleur mastic. L’admiration n'avait pourtant pas été réciproque  : Mussolini confia à cette occasion à ses proches à l’époque qu’il avait eu l’impression d’avoir devant lui un « dégénéré mental » et un « obsédé sexuel » ! mais Hitler, de retour en Allemagne se dit « enthousiaste de sa rencontre avec le Duce » : « un homme comme cela ne naît que tous les mille ans ! ».

Toutefois, omnipotent, omniscient et paré de toutes vertus, on n’en est pas moins homme. Quels furent donc les rapports entretenus par Mussolini avec les femmes, outre celle légale, Rachele, avec laquelle il eut trois enfants ?

Passons rapidement sur l’hagiographie officielle et les souvenirs romancés de son chambellan Quinto Navarra : Mussolini y apparaît évidemment comme un surhomme accordant ses faveurs quotidiennes à des visiteuses auxquelles, par ailleurs, il ne consacrait pas plus de considération qu’à la « corporation des industries sidérurgiques ». Ce type de mythe ressort largement d’une culture méditerranéenne où virilité et machisme sont partie intégrante de la panoplie du surhomme. Mussolini, forcément, ne pouvait y couper…

Mussolini, en réalité, fut, bien souvent comme tous les hommes de pouvoir, un homme solitaire, entouré de peu d’amis masculins et peu soucieux de conquêtes féminines. On peut dire que trois femmes, en revanche, eurent une grande influence sur lui en dehors de son épouse).

La première fut une ukrainienne du nom d’Angelica Balabanoff. C’est avec elle qu’il débuta en politique et c’est elle qui assura sa formation intellectuelle aux idées révolutionnaires. Le Duce dira d’elle : « Si je ne l’avais pas rencontrée (en 1902), je serais resté un petit activiste de parti, un révolutionnaire du dimanche ». Une femme de tête, donc, avec laquelle la relation fut sans doute plus amicale qu’amoureuse, plus intellectuelle que charnelle.

La seconde fut une bourgeoise juive vénitienne fortunée du nom de Margherita Sarfatti (ci-dessus), une socialiste qu’il rencontra en 1912, peu avant son éviction du Parti Socialiste. Mariés l’un et l’autre, ils eurent une liaison passionnelle jusque dans les années 30. Par son comportement de femme libre, elle influença très notablement les idées et la personnalité du Duce jusqu’en 1932, date à laquelle ils se séparèrent. En 1938, l’Etat fasciste proclamera les lois antisémites et Margherita Sarfatti s’exilera en Uruguay.

La troisième fut une toute jeune fille du nom de Clara Petacci qui devint sa maîtresse en 1936, quand il a 53 ans : celle-ci, nourrissant un culte idolâtre pour le Duce, se contenta d’une existence clandestine et de rares moments d’intimité. Elle permit à Mussolini de renouer avec une fraîcheur, une frivolité, un imprévu, bref une jeunesse que la maturité et le pouvoir lui avait depuis longtemps enlevé. Frivole la jeunette ? A l’examen pas tant que cela : dans la chute, la débâcle et la fuite, elle ne le lâcha pourtant jamais et fut au final avec lui fusillée, pendue et exposée (voir en haut de page)...

La raison, la passion, la distraction…  

Bonne journée à tous.

La Plume et le Rouleau © 2002

 

Et pour un récit de passion et de mystères, lisez La cinquième nouvelle...

Commenter cet article

chaplin 14/08/2010 03:05


Il me semble que le film "Vincere", parle de la première femme du Duce, une femme qui prétend l'avoir épousé, mais Mussolini n'aurait pas reconnu ce mariage. Est-ce une fiction ? ou bien a-t-il
effectivement renié sa première femme ?


Hervé 16/08/2010 11:31



Vous faites allusion au film "Vincere" sorti en 2009 mais cette chronique y est malheureusement bien antérieure. Je n'ai pas la réponse à votre question. Sans doute cette chronique
mériterait-elle effectivement d'être réactualisée. Je vais y réfléchir. Merci de votre sagacité.



chaplin 14/08/2010 03:01


Les programmes d'histoire que l'on étudie à l'école, sont un peu trop rapides sur ce qu'est le fascisme. La dimension socialiste de ce type d'idéologie à laquelle vous faite allusion et en fait
très présent dans le fascisme ou le nazisme. C'est très étonnant de voir que pour le peuple, ce type de régime était la possibilité de pouvoir en finir avec la main mise de la bourgeoisie sur les
moyens de production et de l'accaparement des bénéfices et richesses qui en découlent. J'ai lu quelques passages de Mein Kampf tout à fait par hasard il y a quelques semaines, et j'ai été stupéfait
de voir qu'il y a des similitudes frappantes entre l'idéologie marxiste et l'idéologie nazie. Je me demande désormais si, au delà du culte du chef, il n'y a pas là une explication au ralliement du
peuple à ces hommes, que nous ne voyons aujourd'hui que comme des tyrans monstrueux et inhumains. Il se pourrait que l'idéologie qu'ils portaient, soit en fait une idéologie "humaniste", où la
richesse crée, revient à ceux qui travaillent dans un partage équitable.


Hervé 16/08/2010 11:29



L'anticapitalisme est certainement la chose la mieux partagée entre l'extrême droite et l'extrême gauche : sans doute parce que l'une et l'autre prétendent incarner une alternative à
l'organisation de la société. Parler d'"humaniste" est certainement excessif mais l'idée d'une mise en commun des richesses produites sous-tend certainement beaucoup d'idéologies ou
d'organisation sociale qui prétendent "transcender" les clivages sociaux. Le kibboutz sioniste en est par exemple l'illustration. Même si les moyens sont communs et les méthodes
similaires (vous lirez, j'espère, ma chronique sur Staline), il me semble toutefois tout de même que les idéologies fascistes et nazies accordent au culte du chef, du leader, une
importance singulière que l'on retrouve avec peu d'acuité dans les écrits de Lénine, par exemple.



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