Vendredi 23 novembre 2001
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Mes Chers Amis,
Certains d’entre vous, parmi les plus assidus, ont souligné récemment le caractère aléatoire de mes élucubrations blogiennes et néanmoins
électroniques. Je le déplore autant que vous mais je ne suis, hélas, pas payé à la chronique historique.
C’est la triste
condition humaine.
Habile transition avec le sujet d’aujourd’hui, vous en conviendrez car on a fêté ces temps-ci le
centenaire de la naissance d’André Malraux. Très exactement le 3 novembre 1901.
On a salué à cette occasion sa vie et son oeuvre. Avec raison, certes. Mais sachez que ce mois de
novembre est également l’anniversaire de la mort, le 23 novembre 1976 du grand homme.
Ces chroniques historiques, vous le savez, n’aiment pas sacrifier au prêt-à-commémorer des éditions du
journal de 20 heures, réservées à Monsieur tout-le-monde. Ses lecteurs, sagaces et exigeants, sont à la recherche d’autre chose que du demi-sourire quotidien, aseptisé, compassé et multi-usage de
Claire Chazal.
C’est pourquoi il est heureux de t’accueillir et de te dire aujourd’hui « Entre ici, André
Malraux ! »... Tu es un héros pour beaucoup ? Enlève donc ton masque que l’on voit ton vrai visage...
Car nous allons nous attarder, non pas comme tant d’autres sur tes exploits militaires, l’énergie de
tes engagements politiques ou tes idées visionnaires, mais sur tes impostures, tes mensonges et tes tartufferies.
Car il y en eut. Et énormes ! A ceux qui me reprocheront de vouloir, une fois de
plus, briser gratuitement des mythes, je répondrai "halte !" Détrompez-vous.
Ces dissimulations et ces affabulations, au contraire, font de Malraux un personnage encore plus riche, encore plus humain et encore plus romanesque qu’on ne le croit.
Voyons cela.
Rappelons par préambule que celui qui sera un jour ministre de la culture commence par
dégrader dans les années 20 le temple cambodgien de Benteay Rei, ce qui lui vaut d’être inculpé pour vol (de bas-reliefs) et mutilation de monuments publics. Ses
motivations ? Simples : il lui faut de l’argent pour vivre et, dit-il à l’époque à sa femme, il n’est pas question pour lui de « travailler pour
vivre ».
Revenu en France, il ne rêve que de retourner en Asie. Pour financer ses projets, il vend des faux Picasso et des faux Derain et se prétend
diplômé des Langues Orientales ainsi que Docteur ès lettres (c’est en réalité un pur autodidacte).
Forgeant sa propre légende auprès de journalistes avides de sensationnalisme et peu regardant sur la
véracité des faits, il raconte être allé en Asie comme « chargé de mission archéologique » (un comble !) puis avoir participé à la révolution du
Kuomintang en Chine avant de séjourner au Pamir. Inutile de dire qu’il n’a jamais mis les pieds dans ces régions, pas plus qu’il ne lit le persan ou le sanskrit ainsi qu’il
l’affirme...
En 1933, c’est le Goncourt avec « La condition humaine ».
Il part en voyage au Yémen où il affirme sans preuve avoir retrouvé les ruines du palais de la reine de Saba. Puis il retourne en Asie où il s’engage résolument en faveur des
mouvements anticolonialiste indochinois. Sa haine du nazisme le pousse dans les bras du communisme et il visite l’URSS en 1934 : curieusement dépourvu d’esprit critique, il
est subjugué par la propagande stalinienne.
Il s’engage ensuite aux côtés des nationalistes espagnols contre les franquistes
(1936). Son courage et sa hardiesse font certes l’admiration de ses compagnons d’armes. Mais, revenu en France, Malraux en profite pour forcer le trait : il s’invente la
destruction de l’aéroport d’Alvida et affirme avoir reçu une balle dans le bras. Pures affabulations.
L’aplomb incroyable du personnage trouvera à s’épanouir lors de la seconde guerre mondiale. Ce n’est
que fort tardivement (en mars 1944) que Malraux se jette dans la Résistance. Mais il le fait à corps perdu.
Et il s’octroie directement des galons de colonel ! Sous le nom de
« Berger » (le nom d’un héros de l’un de ses romans), il s’attribue le mérite de parachutages et de faits d’armes imaginaires, en parvenant à faire croire qu’il
est investi directement par De Gaulle et Koenig ! Sans la moindre troupe sous ses ordres, il se donne pour chef des FFI de Dordogne et multiplie les actions aux côtés des
vrais résistants en exposant largement sa vie. Il est arrêté par les Allemands à Gramat à l’été 1944. Dans leur retraite précipitée, ceux-ci le libèrent : il prétendra dans
ses « souvenirs » qu’il fut mis au peloton d’exécution et libéré par une attaque de commando.
C’est plus romanesque.
Malraux, à l’époque, reste toutefois critique à l’égard de De Gaulle qu’il prend pour
un fasciste. Il change résolument d’opinion après avoir été reçu par le Général en août 1945. Il sera son ministre de l’Information en novembre 1945 puis plus tard, bien sûr, son
Ministre de la Culture (1958).
En 1971, avec « Les chênes qu’on abat », Malraux offre à son public une ultime pépite littéraire avec la relation d’une entrevue avec le Général
qui, dans son contenu comme dans sa forme, n’eut jamais lieu que dans l’imagination de l’écrivain !
En 1996, c’est la « Panthéonisation ».
Ouf ! Malraux aura au final autant « vécu » que « rêvé » une vie par
ailleurs bien remplie. Aussi la postérité pardonne-t-elle à ce grand écrivain des mensonges absolument éhontés et ces chroniques, habituellement promptes à pourfendre les
usurpateurs, lui accordent-elles les honneurs de leurs colonnes.
Car, comme le dit l’historien Michel Winock : « L’univers de Malraux ne sent pas la
naphtaline. Mais l’opium et la poudre. Ses personnages ne s’épuisent pas en introspections mais parlent de la guerre, de la révolution, de la mort et de Dieu ».
Sacré Malraux, vraiment, tu exagères. Mais comme le dit un film, « Tu nous
étonnes ».
Bonne journée à tous.
Un autre écrivain de génie ? Lisez Alexandre
Dumas !
Un autre affabulateur à démasquer ? Dessinez Saint-Exupéry !
La Plume et le Rouleau © 2001
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