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LA PLUME ET LE ROULEAU

LA PLUME ET LE ROULEAU

200 chroniques éclairent le Présent à la lumière de l'Histoire


1791 : Qui veut la peau de MIRABEAU ? (1)

Publié par La Plume et le Rouleau sur 10 Août 2008, 00:05am

Catégories : #Personnalités célèbres

Cher(e)s Ami(e)s et abonné(e)s des chroniques de la Plume et du Rouleau,

 

« La mort met tout le monde d’accord mais les morts ne sont pas égaux en dignité. Là où certains défunts illustres continuent des milliers d’années après leur décès à arpenter les tapis rouges les pieds devant, d’autres sont réduits pour l’éternité à l’état de pantin désarticulé » nous dit joliment Clémentine Portier-Kaltenbach dans l’excellent « Histoire d’os et autres abattis » (éd. JC Lattès, 2007).

 

Nous allons en voir l’illustration avec le cas d’un « grand homme », ou supposé tel, tant, en réalité, sa personnalité sera plus contestée que vous ne le pensez. Nous y évoquerons ce faisant les fièvres des débuts de la Révolution française et nous découvrirons comment, déjà, la mort d’un homme put être à la fois controversée, confisquée et instrumentalisée aux fins de servir les luttes politiques de ses amis comme de ses adversaires.

 

Sans plus de prolégomènes, entrons dans le vif du sujet.

 

1749 : Le 9 mars, c’est la naissance d’Honoré Gabriel Riqueti, comte de Mirabeau (appelons-le « Mirabeau » pour simplifier). Il est le fils aîné de Victor Riqueti, économiste de renom, et de Marie-Geneviève de Vassan, Mirabeau est issu de la moyenne noblesse provençale, en proie à cette époque à de grandes difficultés économiques.

 

D’un physique disgracieux, Mirabeau est handicapé par un pied tordu, deux dents proéminentes et, surtout une tête énorme (on pensera ultérieurement qu’il était « hydrocéphale »). À l’âge de trois ans, il est de surcroît défiguré par une petite vérole mal soignée.

 

En 1768, à 19 ans, il entre dans l’armée où il ne se signale pas par son ardeur au combat mais par les dettes qu’il contracte et par son goût pour… le libertinage. En 1769, à vingt ans, Mirabeau épouse la jeune Émilie, fille du puissant marquis de Marignane. Ils auront un fils mort en bas-âge. Mirabeau, soyons clair, n’est pas un mari fidèle et casanier. Non, c’est un fêtard, un rebelle à l’ordre établi qui se pique de philosophie et rédige des écrits érotiques. C’est un libertin qui dépense sans compter et qui, pour répondre à ses besoins importants, emprunte de l’argent. Son existence est tumultueuse et jalonnée de procès, d’adultères (réprimé pénalement à l’époque) et d’emprisonnements.

 

Sur l’instigation de son père, tout à la fois furieux de ses errements et inquiet de son devenir, et afin d’échapper à ses créanciers, Mirabeau est enfermé à diverses reprises, au fort de Vincenes près de Paris. Puis il est exilé au château de Joux, dans le Doubs. De là, il s’évade en compagnie de la marquise de Ruffey, épouse du président de la Cour des comptes de Dole dont il a fait sa maîtresse !

 

En 1776, toujours en fuite, Mirabeau publie « Essai sur le despotisme » : il y dénonce ouvertement l’arbitraire du pouvoir royal en des termes sans équivoque : « le despotisme n’est pas une forme de gouvernement (...) s’il en était ainsi, ce serait un brigandage criminel contre lequel tous les hommes doivent se liguer. » Evidemment, de tels écrits ne peuvent guère être tolérés par un pouvoir royal, même si il est celui (depuis 1774) du Louis XVI libéral et soucieux de réformes, reste au final… clairement absolutiste.

 

Mirabeau est donc condamné à mort par contumace, puis extradé et emprisonné au château de Vincennes de 1777 à 1780.

 

Il y écrit des lettres, qui seront publiées après sa mort sous le titre de « Lettres à Sophie », chef d’œuvre de la littérature passionnée ainsi qu’un virulent libelle contre l’arbitraire de la justice de son temps, « Des lettres de cachet et des prisons d'Etat ».

 

En 1782, sa femme Emilie finit par demander la « séparation de corps » (le divorce n’existe pas, alors) en justice. L’avocat d’Emilie est le brillant Jean Etienne Portalis (qui sera par la suite l’un des rédacteurs du code Civil). Mirabeau, quant à lui, se défend lui-même. Il compte sur son éloquence Mais il perd le procès. Qu’importe. C’est dans le cadre de la contestation naissante contre le système monarchique que ses qualités de tribun vont trouver à s’exercer.

 

Car, en France, la situation commence à se tendre sérieusement. La crise est d’abord financière, budgétaire puis sociale et finalement politique. On le sait, elle va emporter la monarchie française.

 

Comme toujours en matière historique, une bonne chronologie permettra de saisir l’enchaînement des faits.

 

1783 : La guerre anglo-américaine (1777-1783) s’achève, pour la France, par des gains géopolitiques minces en comparaison des efforts consentis : 2 000 soldats français tués et 2 milliards de livres englouti (sur 6 ans) : l’équivalent de cinq années de budget !  Déjà, la France est proche de la faillite.

 

En 1784, l’hiver 1784 est particulièrement rude. Jusque-là, le peuple ne développait pas d’animosité particulière vis-à-vis du roi et de son entourage immédiat. Mais les temps changent et l’année 1785 marque un infléchissement de l’état de l’opinion publique du fonctionnement de la cour avec, cette année-là, le scandale dit de l’« Affaire du collier ». Nous l’avons évoquée en 2006 : le cardinal de Rohan se fait l’intermédiaire entre des bijoutiers parisiens et des aristocrates déclassés de province qui leur font croire à tous que la reine Marie-Antoinette veut acheter un collier en secret. Les diamants s’évaporent, les escrocs s’enfuient, la justice s’en mêle, le pape réprouve l’arrestation du prélat, le couple royal s’indigne de l’indépendance et de la lenteur des juges, les attaques contre le système monarchique pleuvent, le peuple commence à gronder. Bonaparte estimera, plus tard, que cette affaire « people » constitua un puissant catalyseur des mécontentements de l’époque.

 

D’une façon générale, dans les années 1780, la rigidité d’un système social en « ordres » apparaît en effet de plus en plus inadaptée à la crise généralisée que traverse le royaume. Louis XVI et son ministre des Finances Calonne souhaitent développer le principe d’un impôt applicable à tous les sujets du royaume sans exemption (une idée déjà évoquée par Vauban auprès de Louis XIV). Ils se heurtent évidemment à une opposition farouche de l’Eglise et de l’aristocratie qui disposent de relais de résistance puissants dans les « Parlements », ces cours de justice censées donner sa pleine force à la loi, supprimés par Louis XIV mais rétablis par Louis XVI dans un esprit que nous qualifierions aujourd’hui d’« ouverture »…

 

En 1787, pour faire passer ses réformes fiscales, Louis XVI réunit une « assemblée des Notables » : des « Etats Généraux » en miniature. C’est un échec, les 144 membres refusent en bloc la mise en place d’un impôt pour tous qui ruinerait la distinction sociale en « ordres » (Clergé, Noblesse, Tiers Etat). Sentant que la charge financière va s’accroître et, fatalement, lui incomber, le Tiers Etat exige de pouvoir, enfin, s’exprimer.

 

Le 8 août 1788, le roi accepte d’avancer la convocation des Etats Généraux pour le printemps 1789. Ceux-ci n’ont pas été réunis depuis… 1614.

 

En janvier 1789 parait la brochure de l'abbé Sieyès « Qu'est-ce que le Tiers état ? ». L’auteur y répond d’emblée « Tout ! » avant d’ajouter « Et qu’a-t-il été jusqu’à présent ? Rien. ». Voilà un homme qui a le sens de la formule.

 

Le 26 et 27 janvier 1789, de sévères échauffourées ont lieu entre la noblesse et la bourgeoisie rennaise. Il est vrai que la Bretagne est une région très particulière du royaume de France : par exception, les Etats généraux y siègent en permanence. Cela a permis à la Bretagne de négocier avec le « fisc royal » des exemptions d’impôts très importantes : à cette époque, un paysan breton paie trois fois moins de taxes qu’un paysan normand ! Pourtant, la montée d’une bourgeoisie d’affaires active, éduquée, enrichie mais fiscalement imposée, entre en conflit avec une noblesse bretonne soucieuse d’éviter son déclassement et désireuse de garder ses privilèges. Toute la problématique du royaume de France est donc déjà concentrée dans ces incidents bretons.

 

En février 1789, partout dans le royaume, on commence à rédiger les « cahiers de doléances ».

 

De mars à mai 1789, chaque province s’active ensuite pour choisir ses députés, lesquels sont désignés au sein de chaque ordre (Clergé, Noblesse, Tiers état). Il y en aura 270 pour la noblesse, 291 pour le clergé et 584 pour le Tiers état. A cette occasion, Mirabeau est libéré de sa prison de Vincennes : il se présente en Provence aux élections des Etats Généraux, dans les rangs de la Noblesse.

 

Mais il est repoussé par celle-ci, peu soucieuse de s’encombrer d’un personnage aussi sulfureux. Vexé et furieux, Mirabeau publie un discours véhément adressé aux nobles provençaux puis propose sa candidature… au Tiers Etat, qui en fait alors son représentant pour Aix et à Marseille.

 

Elargissons un peu notre angle de vue pour nous intéresser à ce qui, globalement, se passe dans le pays.

 

Les 1 145 députés sont présentés le 2 mai 1789 au roi (par ordres). Trois jours plus tard, le 5 mai 1789, les Etats généraux du royaume s’ouvrent officiellement à Versailles, dans la salle dite « des Menus Plaisirs ».

 

Les délibérations se font par ordre : la séparation, au départ, est étanche mais, dès le 13 juin, deux membres du clergé font défection et se joignent au tiers Etat.

 

Le 17 juin 1789, face au refus du Clergé et de la Noblesse de délibérer conjointement en assemblée avec les roturiers (mince, quoi !), le Tiers état décide de se proclamer directement « Assemblée nationale » : ses députés représentent en effet 51 % de ceux des Etats généraux et 90 % de la population.

 

Cette décision hardie, inouïe, provoque un effet d’entrainement. De nouveaux députés font défection : il y a maintenant 2 issus de la noblesse et 149 issus du clergé qui sont « passés » au tiers !

 

Le 20 juin, c’est le « Serment du jeu de paume » (du nom de la salle de sports où l’on pratiquait un genre de tennis et que le roi fait fermer pour empêcher toute réunion) : « là où sont les représentants du peuple, là est l’assemblée nationale » disent les députés du Tiers état. Et ces derniers décident de ne se séparer qu’après avoir donné une « constitution » à la France.

 

Se rallier à cette « assemblée nationale » autoproclamée est tentant pour nombre de représentants de la Noblesse et du Clergé : refuser de participer aux débats qui y seront menés, n’est-ce pas s’exclure de facto des décisions éventuelles qui seront prises ? Faut-il ou non pratiquer la « politique de la chaise vide » ?

 

Louis XVI va-t-il accepter que les délibérations se fassent dans le cadre d’une seule assemblée, fusionnant alors les trois ordres ensemble ? Le roi rend sa réponse le jour même, 20 juin 1789.

 

Le 20 juin 1789, Louis XVI refuse de se voir imposer la « fusion » des trois ordres au sein d’une seule assemblée et dénie toute légalité à cette assemblée du Tiers état qui entend, avec impudence, être désormais « constituante ».

 

L’enjeu, en effet, est de taille : la monarchie française date de 987 (avènement d’Hugues Capet). Elle s’est construite autour de la sacralité religieuse de la personne du monarque, par ailleurs incarnation de la volonté divine sur Terre : le roi incarne le royaume, sa permanence, son immanence, et cela indépendamment de ses sujets et des lois qui régissent ceux-ci. Cela fait mille ans que ça dure.

 

Certes, il existe des « lois fondamentales » qui sont une sorte de constitution avant l’heure et qui encadre la « dévolution » de la couronne et, partiellement, l’exercice du métier de roi. Il y en a quatre : hérédité, primogéniture, masculinité, indisponibilité de la couronne. Il est ainsi impossible pour le roi d’abdiquer, de déshériter un héritier légitime, de léguer la couronne à quelqu’un de son choix et surtout pas une femme. Mais ces lois sont coutumières, non écrites : elles résultent autant de traditions diverses (franques…) que de circonstances qui les ont fait émerger (guerre de Cent ans, régence…).

 

La rédaction d’une constitution marquerait donc une rupture complète avec ce qui existe depuis dix siècles :

Ø       ce serait ainsi le peuple qui, par ses représentants, se donnerait une loi suprême

Ø       dans celle-ci, la volonté divine (incarnée jusque-là par le roi) compterait désormais pour rien

Ø       et le roi ne serait plus un personnage sacré mais le simple rouage d’un processus décisionnel politique validé par des normes juridiques qui, elles, deviendraient immanentes (droit du peuple à disposer de lui-même, vote à la majorité, etc…)

 

La constitution écrite, ce serait tout bonnement l’émergence de « citoyens » : des membres autogouvernés d’une nation et la disparition des « sujets », ce serait la « mort » du roi en tant que personnage sacré, immuable et inaliénable. Et Louis XVI n’a évidemment pas du tout envie de se « suicider » !

 

Alors, le 23 juin, Louis XVI fait porter un message à l’assemblée constituante :

 

ü       il rappelle la nécessité de délibération par ordre

ü       il en conclut sur le caractère invalide de l’assemblée en question

ü       et sur l’invalidité également des décisions qui y seront prises.

 

Les membres de celles-ci, évidemment, s’indignent de cette décision despotique. On attribue, de façon lapidaire et largement inexacte cette phrase à Mirabeau « Nous sommes ici par la volonté du peuple et nous n'en sortirons que par la force des baïonnettes ».

 

Cette phrase, au contenu largement apocryphe et à l’origine douteuse n’en sera pas moins promise à une longue postérité.

 

Les jours suivant se passent dans l’agitation et, surprise, Louis XVI fait volte-face : le 27 juin 1789, il… ordonne à la Noblesse et au Clergé de se joindre au Tiers état ! Le processus révolutionnaire est en marche.

 

Le 9 juillet 1789, la nouvelle assemblée plénière prend officiellement le titre d’« Assemblée nationale constituante ». La France est prête à basculer dans la modernité. Cela ne sera pas sans difficulté.

 

L’agitation demeure vive et, bien souvent, ce sont des nobles ralliés à la cause du peuple qui assurent le rôle de « leaders » de troubles qu’ils tentent de canaliser. C’est notamment le cas du marquis de la Fayette, héros de la guerre d’indépendance américaine et véritable boutefeux des idées républicaines en France (voir en cela l’excellente biographie publiée en 2007 par Gonzague Saint-Bris).

 

14 juillet 1789 : la foule envahit la prison de la Bastille. Le symbole est immense même si la portée immédiate est faible : des canons et des fusils ainsi que quelques prisonniers qui sont libérés (mais dont la plupart sont réincarcérés immédiatement).

 

Louis XVI n’était pas à Paris ce jour-là. Il notera dans son journal personnel, à cette date : « Rien. J’ai chassé. »

 

La clairvoyance n’est pas le fort de ce monarque dont les manuels d’histoire du primaire résument aujourd’hui le caractère en disant de lui « Louis XVI est un roi bon mais faible ». Sous les vivats de la foule, le 17 juillet, il arbore ostensiblement la cocarde tricolore bleu-blanc-rouge (réunion du blanc de la royauté et des couleurs de la ville de Paris). Ces trois couleurs deviennent rapidement le symbole de ceux qui veulent une « rupture » avec l’Ancien Régime.

 

A la mi-juillet, les premières grandes familles de l’aristocratie (Condé, Artois… : familles dites « du sang », c’est-à-dire apparentés à la famille royale des Bourbons) commencent à « émigrer ». En province, c’est la « Grande Peur » : une panique irraisonnée qui saisit les sujets du royaume, angoissés par des rumeurs fausses et alarmistes d’armées de brigands envoyées par les monarchies étrangères pour piller le royaume. On brûle des châteaux, on pille pour ne pas être pillé. C’est le désordre le plus complet.

 

Le 4 août 1789 : les privilèges (= le régime féodal) sont officiellement abolis. Le 26 août, c’est la proclamation de la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen.

 

Le 6 octobre, la pression populaire (« marche des femmes sur Versailles ») conduit Louis XVI à accepter de retourner habiter au cœur de Paris, dans le Palais des Tuileries (aujourd’hui détruit et situé à côté du Louvre, dans le jardin qui porte actuellement ce nom).

 

Le 14 décembre 1789, une loi réorganise les municipalités en France et, bientôt, on supprime les différentes provinces du royaume, pourtant multiséculaires pour y substituer 83 départements administratifs créés de toutes pièces.

 

Quand on voit l’émoi causé, en 2008, par la simple perspective de la disparition éventuelle des numéros de ces départements sur les plaques d’immatriculation des automobiles, on se dit que, vraiment, en France, on ne sait plus faire de réformes !...

 

De nombreux « clubs » se créent pour participer à la conquête politique tandis que, pas à pas, l’autorité royale recule. Leur noms sont bien souvent (mais pas toujours) celui de la rue où ils se réunissent : clubs des Jacobins, des Cordeliers, des Feuillants, etc… La presse, libérée, se développe.

 

L’Assemblée nationale, de son côté, ne chôme pas en matière de législation : après avoir nationalisé les biens du clergé, elle dissout les ordres monastiques début 1790 (nous l’avons vu dans une précédente chronique sur la laïcité). Elle crée une monnaie fiduciaire (sorte de traite sur l’Etat : les « assignats », qui resteront de triste mémoire auprès de milliers d’épargnants ultérieurement ruinés) et supprime la gabelle (un impôt spécifique sur le sel).

 

Elle supprime aussi la noblesse puis institue (toujours en 1790) la « fête de la fédération » le 14 juillet : cette date deviendra ainsi la Fête nationale. A cette occasion, le roi Louis XVI… prête serment à la constitution !

 

Quant au drapeau tricolore, il est adopté comme drapeau officiel de la France le 21 octobre 1790.

 

Et Mirabeau dans tout cela ? Il n’a pas tardé pas à devenir l’un des plus énergiques orateurs de l'Assemblée nationale. Mais Mirabeau n’est pas un extrémiste ni un forcené de la « république » tels que des hommes comme Brissot, Marat ou Camille Desmoulins : il est partisan d’une monarchie constitutionnelle qui intégrerait les idées nouvelles, ce qui lui permettrait de subsister. C’est le modèle anglais, d’un Parlement fort et d’un roi symbole de la nation, qui l’inspire. Il a de la sympathie pour la famille royale. Il a donc des ennemis acharnés.

 

Le juriste Portalis (qui, rappelons-nous, avait assuré la défense de… la femme de Mirabeau lors du procès en divorce avec celle-ci en 1782) le décrira en ces termes : « Il portait la tête haute et renversée en arrière. Son épaisse chevelure relevée et crêpée sur son large front se terminait à la hauteur des oreilles en épaisses boucles. Sa laideur, enfin, avait quelque chose d’imposant. »

 

On le surnomme le « Shakespeare de l’éloquence » et sait à merveille jouer de son sens de la répartie pour emporter la conviction des députés lors des débats.

 

Car Mirabeau a un une habitude qui en irrite plus d’un car il sait, là encore, en jouer à plein. Dès qu’il sent qu’il ne pourra prendre un ascendant rapide par la voie parlementaire, dès qu’il se sent en difficulté (suite aux attaques de députés qui lui sont hostiles), dès qu’il commence à être la cible de rumeurs insistantes et plus ou moins exactes sur sa scandaleuse et dissolue prie privée : il en appelle systématiquement au peuple par voie de presse, notamment.

 

Et il contre-attaque ainsi grâce à sa popularité, qui est immense.

 

Il est donc une des figures principales de cette Révolution qui commence dans un tumulte où s’aiguisent les appétits de pouvoir, où bruissent les rumeurs de complot les plus folles, où s’exercent déjà des tentatives de désinformation sans merci entre les différentes factions en présence. Mirabeau incarne « la transition rapide d’un système politique à un autre » (Antoine de Baecque).

 

Mirabeau est ainsi élu président de l'Assemblée nationale le 30 janvier 1791. Il est là à l’apogée de son prestige, de la puissance de son éloquence, de l’impact de ses discours. Il se dépense beaucoup, sans compter. Trop ? Qu’importe, Mirabeau est d’une constitution physique à toutes épreuves, il est d’une vitalité exceptionnelle et semble indestructible. Il a par ailleurs le soutien du peuple et de nombreux députés qui l’admirent. Mais il a aussi des ennemis qui le détestent.

 

C’est dans ce contexte, que, à la fin mars 1791, une nouvelle alarmante se répand dans Paris : Mirabeau serait à l’agonie ! C’est la stupéfaction, l’inquiétude, aussi. Le peuple est à la recherche d’informations, de nouvelles. La rue de la Chaussée d’Antin est couverte de paille pour ne pas troubler le repos de l’orateur. Elle sera rapidement carrément interdite de circulation.

 

Le journal le « Courrier de Provence » du 31 mars signale ainsi dans ses colonnes que, la veille, « un concours prodigieux et continuel de citoyens de tous les rangs et de tous les partis » a afflué dans la rue parisienne de la Chaussée d’Antin, où se trouve le domicile du plus célèbre provençal de l’Assemblé nationale. Des « bulletins de santé » sont publiés heure par heure. De nombreuses personnalités l’approchent une dernière fois car, on le pressent, l’issue est fatale.

 

Le 2 avril 1791, à huit heures et demie du matin, Mirabeau demande qu’on ouvre la fenêtre. Il meurt peu après.

 

La nouvelle de son décès fait le tour de Paris. Elle suscite la tristesse mais aussi l’incompréhension. Sa mort est, si l’on peut dire, le début d’une nouvelle phase de la « vie » de Mirabeau, laquelle va déchaîner au moins autant de passion que du temps du vivant du grand orateur.

 

Comment et pourquoi ? Nous allons le voir ci-après…

 

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